• Le cinéma de Frédéric Dard : M’sieur la Caille, 1955, André Pergament

     

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    C’est la seconde collaboration entre Frédéric Dard et André Pergament, la première étant L’irrésistible Catherine, sorti la même année que M’sieur la Caille. A cette époque il se lance avec enthousiasme dans l’aventure cinématographique, il multiplie les scénarios, les dialogues. Il pense que c’est là qu’il trouvera sa voie, avec le théâtre bien sûr.

    Fernande, jeune et belle prostituée, tombe amoureuse de Jésus-la-Caille qui vient de perdre sa marmite dans une rafle, en même temps Pépé-la-vache la poursuit de ses assiduités. Lorsque son maquereau ira en prison, elle quittera Jésus-la-Caille pour se mettre en ménage avec Pépé-la-vache. Mais Dominique sort de prison et décide de se venger de Pépé-la-vache qui l’a balancé aux poulets.

    Jésus-la Caille fut un immense succès pendant des décennies, on ne compte plus les éditions. Mais la pièce aussi avait bien marché. Dard avait eu l’idée de la porter à la scène, à une époque où Carco était un peu dans l’oubli. Pour cette raison Carco aimait bien Dard. L’adaptation du roman de Francis Carco, Jésus la Caille, est due d’abord à Frédéric Dard qui en avait tiré déjà une pièce. C’est en effet à partir de cette pièce que le film a été construit.

     

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    L’adaptation du roman présente de nombreuses difficultés. D’abord Carco avait situé son récit dans les années 1910. Or pour des raisons bien compréhensibles, le film se passe dans les années cinquante. Ce n’est plus le même monde, ni le même milieu. Le deuxième problème est que l’ouvrage est particulièrement glauque et audacieux. En effet, Jésus-la-Caille est un jeune adolescent, homosexuel, qui vit plus ou moins bien de ses charmes.  La plupart des personnages de Carco sont très troubles, que ce soit Pépé-la-vache qui fait profession d’indicateur ou même Fernande qui tombe amoureuse de Jésus-la-Caille par désœuvrement, pressentant qu’elle va attirer bientôt sur elle les foudres de son maquereau, le Corse Dominique. C’est bien là le paradoxe, le  film manque d’audace, comme si en quarante années, la société française était devenue bien plus puritaine. Mais une partie vient probablement. Il manque cette épaisseur humaine que Carco savait si bien raconter. Par exemple dans le film Fernande paraît excessivement capricieuse, comme quelqu’un qui ne sait pas choisir, alors que dans le roman, c’est une pauvre fille perdue qui aimerait être amoureuse. Le manque d’audace peut aussi tout à fait provenir de la censure. On sait que le titre avait dû être changé, initialement il devait s’appeler Jésus-la-Caille, mais la pression de l’Eglise aboutit à M’sieur la Caille.

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    Carco avait fait dans son roman une description précise du monde de la nuit, des homosexuels, des travestis, de la prostitution enfantine. Il l’avait fait sans le juger, avec tendresse aussi. Or tout cette manière trouble de vivre l’amour a disparue ici. C’est à peine si la Caille apparaît efféminé, un peu lâche. Si dans l’ouvrage sa lâcheté était compensée par une forme de mélancolie, ici elle ne ressemble plus à rien.

    L’autre difficulté est que le film peine à transcrire la langue poétique de Carco. C’est un peu le même problème qu’a eu Frédéric Dard avec les adaptations cinématographiques de San-Antonio. Ce ne sont pas seulement les dialogues, mais c’est aussi les descriptions précises et poétiques qui font le charme du roman. Or le film ne donne qu’une image convenue aussi bien du métier de la prostitution que des lieux traversés. L’œuvre de Carco devient ainsi une suite de tableaux très convenue sur Pigalle, ses petites femmes et ses souteneurs. Il s’inscrit banalement dans la longue cohorte de ce type de films qui se tournaient dans les années cinquante parmi lesquels on peut citer Les impures ou Les compagnes de la nuit.

    Ni la mise en scène, ni l’interprétation, sans être remarquables, ne sont vraiment en cause, c’est plutôt l’idée même de la transposition qui pêche. Bref, malgré notre admiration pour Carco et Dard il faut bien convenir que le film n’a pas un grand intérêt.

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    « Samuel Fuller, Un troisième visage, Allia, 2011Roger Le Taillanter, Les derniers seigneurs de la pègre, Julliard, 1985 »
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