• Le démon des armes, Gun Crazy, Joseph H. Lewis, 1950

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    Gun Crazy est considéré à juste titre comme un des meilleurs films noirs. Film à tout petit budget, avec des acteurs de seconde catégorie, il est devenu au fil des années une référence incontournable.

    C’est un film curieux, à la fois errance désespérée d’un couple, méditation sur la solitude et l’amour, la complexité de ses références en fait un objet rare. C’est un film de la marginalité dans une Amérique en voie de normalisation.

    Bart est un enfant passionné par les armes. C’est un garçon gentil qui craint de faire du mal et qui se trouve bouleversé lorsqu’il tue un poussin. Il n’aime pas tuer.

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    Le film s’ouvre sur le vol d’un révolver après un bris de vitrine dans une petite ville sans histoire. Il pleut, c’est la nuit, mais le shérif qui le connait très arrête Bart. Le juge qui n’est pas particulièrement mauvais décide de le placer dans une maison de correction histoire de lui faire passer son goût pour les armes. Devenu adulte il s’engage dans l’armée où il devient moniteur de tir. Mais cette vie ne lui convient pas et il revient dans sa ville natale. Il y retrouve ses amis d’enfance qui sont tous deux devenus des hommes respectables et rangés : l’un est devenu shérif.

    Un soir qu’ils déambulent tranquillement dans une kermesse itinérante, Bart croise Laurie. Celle-ci est une championne de tir au pistolet. Cette passion des armes va les rapprocher. Après s’être débarrassé du patron qui les emploie, Bart et Laurie décident de se marier. C’est aussi simple qu’un coup de foudre ! Ils vont vivre ensemble une vraie passion amoureuse, mais très vite ils manquent d’argent et une vie rangée ne convient guère à Laurie. La scène la plus significative en ce sens est le regard que Laurie porte sur la sœur de Bart qui doit s’occuper de ses trois enfants pendant que son mari est à San Francisco. Celle-ci va les entraîner à commettre des attaques à main armée. Bart n’aime pas trop cela, mais il ne veut pas perdre Laurie et finalement il se lance avec elle dans une randonnée sanglante.

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    Si le reste du film est prévisible, l’important réside dans le traitement. Film rapide et percutant, c’est à travers cette course effrénée que les deux amants vivent leur passion amoureuse. Du reste quand ils ont terminé leur dernier gros coup, ils n’arrivent pas à se séparer, alors que précisément la prudence leur conseillerait de s’éloigner l’un de l’autre pendant quelques mois. Traqués, ils mourront ensemble.

    C’est donc un film sur la transgression : à quoi bon vivre si c’est pour ne pas connaître des sensations fortes, même si cela les mène au bord du précipice. N’étant pas fait pour assouvir le rêve américain, ils ne vivent que pour leur passion amoureuse et les coups qu’ils montent ensemble. C’est cette complicité dans la course à l’abîme qui est le cœur du film. Certes ils ont tous les deux été blessés par la vie, mais cela n’explique pas tout et certainement pas les pulsions sexuelles qui les animent tous les deux.

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    Sur le plan formel, le film est un vrai chef d’œuvre, l’alternance de plans rapprochés et de longs travellings, le jeu des acteurs ont été remarqué. Toutes les ficelles du film noir sont utilisées : que ce soit les flash-backs, les poursuites en voiture ou le hold-up très travaillé. Outre le rythme soutenu, cela renforce la passion amoureuse de deux êtres en train de se perdre. Ce n’est peut-être pas le meilleur film de Joseph H. Lewis, on peut lui préférer The big combo. Mais c’est un film qu’on peut voir et revoir sans se lasser. Il y a une force poétique qui empêche le film de sombrer dans le lieu commun. Si Laurie entraîne effectivement Bart sur la pente fatale, elle n’en aime pas moins Bart. Ce dernier est tout à fait conscient des risques qu’il prend, il sait que tout cela finira mal, mais il l’assume pour l’amour de Laurie. Les scènes où on voit Bart prendre Laurie dans ses bras pour la rassurer, la consoler sont parfaitement maîtrisées. Peggy Cummins qui n’a pas un physique affriolant joue à la fois de la froide détermination qui l’anime et de sa faiblesse toute féminine. John Dall est un innocent absorbé par la fatalité de sa propre trajectoire. Joseph H. Lewis joue du contraste entre les deux amants : l’un grand, la lèvre épaisse, l’air sain, l’autre frêle la bouche mince qui a besoin de protection. Aucun de ces deux acteurs qui semblaient s’entendre parfaitement dans ce film ne retrouveront des rôles à la hauteur de leur talent, mais aussi ils ne seront plus jamais dirigés par Joseph H. Lewis.

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    « 813, revue des amis de la littérature policière, n°113, 2012La peur au ventre, I Died a Thousand Times, Stuart Heisler, 1955 »
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