• Le dernier passage, The secret ways, Phil Karlson, 1961

    Le dernier passage 

    C’est un film plutôt curieux qui a assez mauvaise réputation. Adapté d’un roman d’Alistair McLean, c’est l’histoire assez convenue d’un aventurier américain qui pénètre derrière le rideau de fer – en Hongrie – pour tenter d’en extraire un leader charismatique de l’opposition démocratique. Pour cela il va faire équipe avec la fille de ce professeur qui, elle, ne veut que retourner auprès de son père pour des raisons affectives. Il va s’en suivre des tas de scènes de genre où on croisera des policiers communistes plutôt cruels, des espions occidentaux aux objectifs assez louches. Le tout est émaillé de victimes qui se font descendre lorsqu’elles tentent de passer la frontière pour retrouver la liberté. Bien évidemment Michael Reynolds parviendra à ses fins et aura une histoire d’amour avec la fille du professeur.

     

    Le dernier passage 1

    Michael Reynolds en gare de Vienne

     

    Tout cela sent un brin le réchauffé et ne brille pas par une grande profondeur analytique. Malgré cela le film est intéressant à plus d’un titre. D’abord il a été produit par l’irascible Richard Widmark qui se disputa sur le tournage avec Phil Karlson, allant jusqu’à le renvoyer. La rumeur allant jusqu’à avancer qu’il l’aurait terminé lui-même. Ensuite, ce qui domine c’est un ton assez curieux pour un film de ce type. Il anticipe en réalité L’espion qui venait du froid et tous les films de ce type qui tenteront plus ou moins de donner une vision réaliste et humaine à la Guerre froide, dépassant le manichéisme traditionnel du genre qui vise à faire de l’Amérique le pays loyal, défenseur de la cause de la liberté. On pourrait dire que ce film, malgré ses aspects convenus anticipe la fin de la Guerre froide, ou du moins il entérine une certaine détente. Ce sont bien évidemment les conséquences de l’élection de John Kennedy à la présidence : peu à peu l’Amérique allait sortir de l’hystérie anti-rouge, sur le plan de la politique extérieure, mais aussi en ce qui concerne les listes noires d’Hollywood. Il y a ainsi toute une longue tirade du professeur sur la conception de la liberté telle que la défende les Américains qui est assez marrante.

     

    Le dernier passage 2

    Michael Reynolds et Julia doivent fuir

     

    Si ce film mérite d’être redécouvert, c’est aussi parce que c’est un film noir de Phil Karlson. Un des éléments de la publicité pour ce film était qu’il avait été tourné sur les lieux mêmes de l’action. Ce n’est évidemment pas vrai pour la partie censée se passer en Hongrie, mais c’est vrai pour le celle qui se passe à Vienne. Karlson va jouer remarquablement bien des décors à la fois labyrinthiques et décadents qui emprisonnent presque sûrement les héros dans des pièges dont ils se sortent avec une grande difficulté. Cela permet des scènes haletantes, avec des cadrages obliquent, l’usage d’une image en noir et blanc de haute qualité, et les habituels jeux d’ombre et de lumière qu’on trouve dans ce type de films.

     

    Le dernier passage 3

    Les labyrinthes de la ville

     

    Les acteurs n’ont pas grand-chose de remarquable. Richard Widmark cabotine un peu trop. Sonia Zieman reste assez effacée. Seule se fait remarquer Santa Berger qui couche subrepticement avec Richard Widmark et semble ainsi vouloir le détourner de son action. Curieusement on retrouve Howard Vernon, un habitué de longue date des rôles de méchants nazis, dans celui d’un colonel soviétique sûr de lui qui se propose de faire parler ses prisonniers à l’aide de tortures cruelles.

     

    Le-dernier-passage-4.png

    Une architecture particulière

    « Redoine Faïd suiteStéphane Zagdanski, La mort dans l’œil, Maren Sell éditions, 2004 »
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