• Le dernier round, Kid Galahad, Michael Curtiz, 1937

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    Si ce n’est pas un très grand film, Kid Galahad est intéressant à plus d’un titre. D’abord parce qu’il s’agit d’un film sur la boxe qui va ouvrir la voie à un tas de films noirs sur le même sujet. Tous les ingrédients sont là : deux managers, l’un plus mauvais et sournois que l’autre, passent leur temps à se faire des entourloupes, truquant les combats, visant à évincer le concurrent, etc., le boxeur est une âme simple qui rêve de s’acheter une ferme avec l’argent de son dernier combat. Il y a des morts, des coups de revolver et des bagarres. Pourtant on n’est pas dans un film noir, essentiellement parce que le ton du film reste tout de même bon enfant et optimiste. Il y a un côté comédie qui domine l’ensemble. On se moque de la niaiserie de Wayne Morris, on sourit devant les sentiments étalés par les jeunes amoureux ou à la rivalité outrancière des deux managers. Les combats de boxe n’ont d’ailleurs pas l’intensité qu’ils auront dans les films du cycle noir. Malgré cela, le film recèle des qualités indéniables. D’abord parce que les acteurs sont formidables. La distribution est dominée par Robinson dans le rôle de Donati, mais Bogart, jeune et taciturne, n’est pas mal du tout en méchant. Notez bien qu’il s’agit de Bogart avant Bogart, c’est-à-dire avant la guerre. Son jeu est bien moins expressif qu’il le sera ensuite à partir de 1941, de High Sierra et du Faucon maltais.

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    Mais on trouve une manière de filmer qui préfigure le cycle noir : que ce soit le jeu des ombres et des lumières – preuve s’il en était qu’on n’a pas attendu les émigrés allemands pour donner dans l’expressionisme, ou que ce soit dans la profondeur des plans – les couloirs de l’hôtel, les combats de boxe. Le scénario réserve de bonnes surprises. Par exemple, celle de faire de Bette Davis une femme jalouse, mais au grand cœur, ou encore de Robinson, un homme finalement assez droit, car s’il est curieusement jaloux de sa sœur, il ne l’est pas de sa compagne, il comprend même assez bien, le premier moment de stupeur passé qu’elle le quitte. Car ce film est avant tou un film sur la jalousie : Morgan est jaloux de Donati, Fluff est jalouse de Mary qui elle-même est jalouse de Fluff, tandis que  Chuck McGraw est jaloux de Kid Galahad. Seul ce dernier n’est pas jaloux. Bien qu’il soit le mopins voyant, et pour cause, c’est finalement le personnagé le plus intéressant. Incarné par le très fade Wayne Morris, on a l’impression bizarre que la droiture ne va de pair qu’avec la niaiserie imbécile. Malgré son sourire plein de dents, il n’accroche jamais le regard et on se désintéresse assez vite de son sort. Il est inexistant. Et c’est probablement cela que le film veut dire, de tels caractères n’ont pas de place dans la vie réelle.

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    La paire Bogart Robinson fonctionne bien et se reformera souvent entre 1936 et 1948, de Bullets or ballots à Key largo, en passant par Brother orchid. Bette Davis cabotine pas mal, mais c’est toujours cela qu’elle a su le mieux faire. C’est aussi assez drôle de voir Robinson, juif américain d’origine roumaine, jouer les italiens et vanter les qualités du minestrone de sa mamma. On retiendra aussi la scène de la fiesta que paye Donati pendant trois jours dans son hôtel et qui nous laisse entendre qu’avant on savait s’amuser ! Il y a une audace assez curieuse quand on voit toutes ces filles qui en veulent ouvertement à la braguette du futur boxeur.

    Si le film se voit encore bien aujourd’hui, malgré tout, ce n’est pas un grand film, la raison principale semble être qu’il a du mal à choisir entre l’histoire du boxeur, celle de la jalousie entre les deux femmes ou encore la rivalité entre les deux managers.

    On remarquera que les affiches ont changé en fonction de l’évolution de la carrière des acteurs. Dans l’affiche originale, Bogart n’est qu’un second rôle. Dans la reprise, c’est au contraire sa figure qui est mise en avant. Mais enfin, déjà en 1936, Bogart avait un nom important s’il n’était pas encore le premier.

    Le film engendra un remake avec Elvis Presley, Un direct au cœur, tourné en 1962 par Phil Karlson un des vieux routiers du film noir et avec quelques chansons en plus. Mais dans ce remake c’est le boxeur qui sera le centre du film et non plus la rivalité entre les deux managers. 

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    Edgar G. Robinson et Bette Davis sur le tournage de Kid Galahad, en train de se restaurer

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    Michael Curtiz dirigeant Edgar G. Robinson dans Kid Galahad



     

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