• Le fils de Dracula, Son of Dracula, Robert Siodmak, 1943

     Le fils de Dracula, Son of Dracula, Robert Siodmak, 1943

    Ce film a été tourné par Siodmak avant que celui-ci se lance dans le film noir proprement dit. Le thème est éculé, déjà à l’époque, et les acteurs sont des vedettes du genre horrifique. Si ce film intéresse c’est avant tout parce qu’il démontre la filiation qu’il y a entre le « gothique » et le film noir justement. Le film suivant de Siodmak sera Phantom lady, cette fois un film noir, un vrai, mais qui utilise certaines recettes du film d’horreur. A vrai dire Siodmak n’est pas le seul réalisateur à passer du film d’horreur au film noir. C’est aussi le cas de Jacques Tourneur qui réussira dans les deux styles avec Cat People en 1942  et I walked with the zombie en 1943, avant de réaliser son chef-d’œuvre du film noir, Out of the past en 1947. Robert Wise avait suivi la même voie, réalisant une sorte de suite à The cat people, The curse of the cat people en 1943, puis The body snatcher en 1944, avant de réaliser Born to kill en 1947 puis The set-up en 1949.

     Le fils de Dracula, Son of Dracula, Robert Siodmak, 1943 

    Les prédictions de la vieille gitane sont sombres 

    L’action se passe à la Nouvelle Orléans, terre de marais plutôt marécageuse, pleine de mystères. Kat a invité le comte Alucard, anagramme de Dracula, dans sa propriété de Dark oaks. Celui-ci arrive d’une manière inattendue, alors qu’on l’attend à la gare, il n’apparait que le soir. En vérité il est une réincarnation de Dracula qui a quitté sa Transylvanie natale pour prospecter de nouvelles âmes en Amérique, pays jeune  et dynamique. En fait Kay a vendu son âme à Dracula pour la vie éternelle. Elle aime Frank Stanley, un ami d’enfance avec qui elle doit se marier. Son plan est simplement d’éliminer Dracula et ensuite de rendre aussi Frank éternel. Mais Frank surprend qu’elle s’est mariée avec le comte Alucard. Celui-ci est fou de jalousie, et dans une altercation avec le comte il lui tire dessus. Mais les balles le traversent et tuent Katherine. Perdant presque la raison, il se livre à la police. Pendant ce temps le docteur Brewster rentre en contact avec le professeur Lazlo et comprend qu’il lui faut retrouver la tombe de Dracula pour le détruire avant qu’il n’ait fait des ravages dans la contrée. Ils arriveront à leur fin, et Frank sera contraint de détruire Kay et sa tombe afin de sauver son âme.

    Le fils de Dracula, Son of Dracula, Robert Siodmak, 1943  

    Le comte Alucard apparaît à Dark Oaks 

    Ce scénario minimaliste et sans surprise est signé Curt Siodmak, le frère de Robert Siodmak. Le film ne vaut évidemment que par la mise en scène de Robert Siodmak. Film de genre, il contient énormément d’éléments qu’on retrouvera dans ses chefs d’œuvre du film noir et qui deviendront des formes typiques par la suite. Servi par une photo impeccable de George Robinson, un spécialiste du genre horrifique, le film développe une esthétique propre à Robert Siodmak. Au-delà de cette manière de filmer des contrastes qui magnifie le noir et blanc, on y reconnait cette façon de filmer les escaliers, mais aussi cette mobilité de la caméra qui à partir de longs travellings donne à l’espace une forme claustrophobique en saisissant la lumière nocturne dans sa profondeur.

    Le fils de Dracula, Son of Dracula, Robert Siodmak, 1943  

    Katherine retrouve en cachette le comte Alucard 

    Les prouesses techniques abondent. L’arrivée du comte au moment de la petite sauterie que donne Katherine relie le mystère de la Nouvelle Orléans aux intentions morbides de Katherine. Même si le scénario parait très convenu, tant la saga de Dracula est connue, on retrouve des formes que Siodmak utilisera dans ses films noirs. D’abord le portrait de Katherine, celle-ci décide contre toute raison, et malgré les mises en garde qui arrivent de tous les côtés de poursuivre son but d’accéder à la vie éternelle. Frank est un homme faible, thème récurrent du film noir et plus encore de Siodmak. C’est Katherine qui décide au nom d’un amour fou immatériel de poursuivre une aventure morbide au-delà du monde ordinaire des vivants. Et si elle n’entraîne pas Frank jusqu’au bout de sa folie, celui-ci ne doit son salut qu’à un ressaisissement ultime qui lui permettra en sacrifiant Katherine et de rester dans le monde des vivants.  

     Le fils de Dracula, Son of Dracula, Robert Siodmak, 1943 

    Le comte Alucard veut faire un mauvais sort à Stanley 

    Toute une partie du film est centrée sur le trouble mental de Frank. Il ne sait pas réagir face à l’incongruité du plan diabolique de Dracula, mais aussi de sa fiancée. En effet, celle-ci qui l’aime plus que tout, se marie avec le comte Dracula pour mieux l’utiliser. C’est une manière de commettre l’adultère pour des fins particulières. Mais poursuivant toujours ce but de la vie éternelle, elle détruira aussi sa famille : le comte Dracula tue son père, et elle-même envisage de tuer aussi sa sœur pour avoir les mains libres. Malgré tout ce plan n’est pas mesquin, ni matériel. La rédaction d’un faux testament lui permet de conserver la propriété de son père, abandonnant volontairement le reste de sa fortune à sa sœur Claire. 

    Le fils de Dracula, Son of Dracula, Robert Siodmak, 1943

    Katherine est  bien vivante 

    Il y a une opposition entre le monde matériel et la science d’un côté, et des rêves supérieurs. D’un côté Frank, lui aussi très riche, le docteur Brewster et le professeur Lazlo, qui veulent encore que le monde ait un sens au cœur de la tradition américaine : la famille, le monde des vivants, de l’autre Dracula et Katherine qui poursuivent leurs rêves de vie éternelle nimbée de mystères. C’est la vieille gitane qui est en quelque sorte le lien entre ces deux mondes dont la logique diffère.

    Le film débute à la gare. Le comte Alucard est attendu par deux hommes en costume et chapeau, dont le professeur Brewster, c’est une scène qu’on a vu et revu dans de très nombreux films noirs. Mais la logique de cette attente est troublée par le fait que le comte n’apparait pas, seules ses malles sont là. Non seulement elles portent la marque étrange du comte, mais elles viennent déranger par leur encombrement l’ordre de la petite ville.

    L’ensemble repose comme c’est la tradition sur une autre opposition entre la nuit et le jour. La nuit est le domaine de Dracula et des morts-vivants. Le jour celui de la vie ordinaire et de l’ordre économique. Cette lutte entre le jour et la nuit est aussi celle des rêves et de la réalité quotidienne.  Ce sont bien sûr les rêves qui seront vaincus. On glissera rapidement sur les poncifs, les policiers un peu stupides qui ne comprennent rien à l’au-delà ou les pauvres serviteurs noirs qui par nature sont craintifs.

     Le fils de Dracula, Son of Dracula, Robert Siodmak, 1943 

    Le professeur Lazlo met en fuite Dracula avec une simple croix 

    On a parlé pour ce film de parodie. C’est évident, mais n’est-ce pas aussi la loi d’un genre que de développer une distance entre le sujet et son traitement ? Cette forme parodique éclate dans l’opposition entre un scénario somme toute convenu et un traitement cinématographique d’une grande rigueur formelle, comme si Siodmak prenait au sérieux cette histoire de vampire.

    Cette vision parodique est encore plus affirmée par le jeu des acteurs. Lon Chaney jr, le fils de l’immense Lon Chaney surnommé l’homme aux mille visages, interprète Dracula avec beaucoup de raideur, il ressemble un peu à un garçon coiffeur de l’ancien temps. Spécialiste des rôles fantastiques, il roule des yeux, impose un physique menaçant. La plus remarquable est sans doute la sulfureuse Louis Allbritton qui interprète Katherine avec beaucoup d’ironie autant que de glamour. Elle a malheureusement très peu tourné pour le cinéma, s’orientant très vite vers la télévision.  Sa présence fait pâlir celle de Robert Paige, une sorte de faux Tyrone Power qui ne tournera guère dans des films importants, si ce n’est pour Jack Bernhard dans le remarquable Blonde Ice. Il a quelques scènes intéressantes, notamment quand il se trouve en prison face à celle qu’il aime. Le reste du casting est juste ronronnant et sans grand intérêt

     Le fils de Dracula, Son of Dracula, Robert Siodmak, 1943

    Frank emprisonné reçoit la visite de Katherine 

    Ce n’est pas un des meilleurs Siodmak et le film est plutôt apprécié par les amateurs du genre horrifique. Mais il vaut le détour par la magistrale leçon de cinéma dont il est le véhicule. C’est sans doute le succès de ce film qui va permettre ensuite au réalisateur de se lancer dans cette série de films noirs qui en ont fait le maître incontesté du genre. Après The son of Dracula, il tournera Phantom lady. Le titre du film reste assez mystérieux parce que si Dracula est incarné ici par le fils de Lon Chaney, son « fils » ne semble ni devoir exister, ni apparaître non plus. 

    Le fils de Dracula, Son of Dracula, Robert Siodmak, 1943

    Frank retrouve Katherine dans son cercueil

    « San-Antonio, Viva Bertaga, Fleuve noir, 1968Le convoi de la peur, Sorcerer – Wages of fear, William Friedkin, 1977 »
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