• Le grand sommeil, The big sleep, Howard Hawks, 1946

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    Il est toujours très bon de revisiter les classiques, parfois on a de mauvaises surprises, d’autrefois, non. The big sleep est l’archétype du film de détective, peut-être plus encore que Le faucon maltais tourné avec le même Bogart. Beaucoup de choses ont été dites sur ce film, notamment que l’histoire est incompréhensible, ce qui est faux. Mais le plus important est sans doute qu’il s’agit d’une adaptation assez fidèle de l’ouvrage de Raymond Chandler. Certes on peut discuter du choix d’Humphrey Bogart à l’infini, Chandler lui aurait préféré Cary Grant, beaucoup ont pensé que le meilleur Marlowe aurait été Robert Mitchum. Ce dernier l’incarna d’ailleurs deux fois, mais à vrai dire, malgré les grandes qualités de l’acteur, sans résultat très convaincant, probablement parce qu’il était trop âgé. Marlowe a connut un grand nombre d’interprètes, de Dick Powell à Mitchum en passant par Robert Montgomery, c’est pourtant Bogart qui reste le meilleur, comme pour Sam Spade d’ailleurs, au point que ces deux héros lui collent à la peau.

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    Marlowe se rend chez le général Sternwood qui lui demande d’enquêter sur un chantage qu’on exerce sur sa seconde fille, Carmen, droguée et nymphomane. Au passage il croise Vivian, l’aînée des filles du génral, qui essaie de lui tirer les vers du nez. Ses premières démarches vont l’amener du côté d’une librairie  où il semble qu’on se livre à des trafics douteux. Mais le patron de cette librairie va être assassiné en présence de Carmen. Marlowe va se démener non seulement pour éviter que Carmen soit impliquée dans le meurtre de Geiger, mais également pour mettre un terme à de multiples chantages qui semblent venir d’un truand qui fait son beurre dans les jeux. Bien sûr derrière cette évidence Marlowe retrouvera au fil de l’histoire un certain nombre de cadavres et de secrets plus ou moins bien cachés. Son enquête sera un succès puisqu’il découvrira et éliminera les coupables et qu’en outre il entamera une idylleprometteuse avec Vivian. Entre temps il aura eu le temps de faire de nombreuses filatures, de se faire rosser par des truands sadiques et de risquer de se faire tuer plusieurs fois. Battu, humilié, Marlowe se relèvera grâce à son obstination.

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    Ce n’est pas Chandler qui a adapté son ouvrage, alors qu’il était déjà un scénariste reconnu. Il avait travaillé avec succès sur le film de Billy Wilder, Assurance sur la mort. C’est plus prosaïquement William Faulkner et Leight Brackett qui s’en sont chargé, encore que Faulkner n’ait semble-t-il pas fait grand-chose.

    L’humour de Philip Marlowe est respecté, comme le regard ironique que porte Chandler sur ses personnages. On peut reprocher à Hawks, ou aux studios, de ne pas avoir filmé la dernière scène de l’ouvrage qui donne le sens au titre. Mais ce sont des détails.

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    La réalisation est solide, l’image et les décors de qualité. On peut reprocher cependant à Hawks de manquer de fluidité au montage, ce qui donne un aspect un peu sautillant au film. Dans le même ordre d’idée on notera que la multiplication des angles de prise de vue nuit parfois à l’histoire. On peut reprocher bien des choses à Hawks, mais il a une qualité qui se révèle ici, notamment dans la scène introductive : le sens de l’espace. Lorsque Marlowe se rend chez le général Sternwood, Hawks filme différemment la confrontation entre celui-ci et Marlowe dans la serre où il fait très chaud, et la double rencontre avec les deux sœurs. Les scènes dans la serre sont très reserrées, tandis que celles dans la maison restituent grâce à des plans larges l’immensité des pièces.

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    The big sleep n’a pas beaucoup vieilli. L’interprétation est solide. Dominé par Bogart au mieux de sa forme, les femmes sont nombreuses à éclairer le film. D’abord bien sûr Lauren Bacall qui incarne Vivian, tout à la fois femme de tête et romantique, mais également Dorothy Malone dans le rôle d’une libraire à la fois très érudite et très sexy derrière ses lunettes, et Martha Vickers dans celui de la jeune sœur dépravée et droguée. Toutes ces femmes trouvent Marlowe bien séduisant et se jette avec plus ou moins de précipation dans ses bras. Mais la qualité du casting se trouve aussi du côté masculin. Charles Waldron interprète Sternwood, son rôle est bref, mais étonnant. Il est d’ailleurs meilleur que James Stewart qui le remplacera dans la version donnée en 1978 par Michael Winner. Les truands ont des gueules patibulaires à souhait, en tête Bob Steele dans le rôle de Canino, acteur à l’étrange regard qu’on retrouvera dans La femme à abattre aux côtés de Bogart. On retrouve Elisha Cook jr, une des figures emblébatiques du Faucon maltais, également avec plaisir dans le rôle d’un petit voyou qui par amour protégera jusqu’à la mort une femme qui pourtant ne vaut pas grand-chose.

     

    Anecdote, 2013 devrait voir le retour de Philip Marlowe dans une œuvre de fiction cette fois imaginée par John Banville. Gageons que cette idée saugrenue va faire grincer des dents. Un récent projet impliquant Clive Owen dans le rôle de Marlowe semble avoir été abandonné.

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    L’ouvrage de Chandler, paru en 1939, est le premier roman de la saga du détective privé Philip Marlowe. Si Chandler connut bien des difficultés dans sa carrière, Le grand sommeil fut d’emblée un succès. Raymond Chandler n’a pas eu de chance en France où ses romans, en dehors de The long goodbye, ont été honteusement traduits et trafiqués par la Série noire et Boris Vian. Alors que Dashiell Hammett a bénéficié d’une traduction excellente et complète de l’ensemble de ses romans grâce à Nathalie Beunat et Pierre Bondil, Chandler attend encore que l’ineffable maison Gallimard fasse son travail en présentant enfin au public français une traduction acceptable.

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    Répétition sur le tournage du Grand sommeil, sous la direction de Hoxard Hawks.


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    Bogart et Bacall à la tête d’une délégation d’artistes en 1947 s’en allant protester contre les pratiques de la commission des activités antiaméricianes 

    « La femme à abattre, The enforcer, Raoul Walsh, Bretaigne Windust, 1951Le film noir, vrais et faux cauchemar, Noël Simsolo, les Cahiers du cinéma, 2005. »
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