• Le jour et l’heure, René Clément, 1962

     Le jour et l’heure, René Clément, 1962

    La Résistance a été un thème très important dans le cinéma d’après-guerre. Et les réalisateurs de la génération de René Clément ont été fortement marqués par elle. Ce fut le cas de Jean-Pierre Melville avec le très beau L’armée des ombres, il avait été lui-même résistant. Clément également. Son premier film de long métrage fut d’ailleurs La bataille du rail, à la gloire aussi bien de la Résistance que des cheminots. Ce film avait été salué à Cannes en 1946 où il avait obtenu le Grand Prix du festival, l’équivalent à l’époque de la Palme d’or.  Mais Clément avait mis également en scène Le père tranquille, et puis Les maudits relatait la fuite éperdue d’anciens collaborateurs. Ce dernier film obtiendra le Grand Prix à Cannes en 1947. Il reviendra encore à l’Occupation et à la Résistance avec Paris brûle-t-il ?

      Le jour et l’heure, René Clément, 1962

    Thérèse accompagne les aviateurs chez le pharmacien 

    René Clément avait travaillé sur le scénario du Jour et l’heure avec André Barret et Roger Vailland qui lui aussi avait eu un rôle très actif dans la Résistance et qui avait connu ses premiers succès littéraires avec Drôle de jeu, un roman réécrivant avec beaucoup de fiction son activité de résistant qui avait obtenu le prix Interallié en 1945. Clément et Vailland se sont d’ailleurs aux dires du premier très bien entendus.

      Le jour et l’heure, René Clément, 1962

    Elle va héberger Alan chez elle 

    Thérèse Dutheil qui s’est rendu dans un village pour trouver des produits de la ferme va se retrouver embarquée contre son gré dans l’accompagnement de trois aviateurs, deux anglais et un américain. Elle les guide dans Paris jusqu’à une pharmacie qui fait partie d’un réseau de Résistance et qui est chargé de les évacuer sur l’Espagne. Mais le pharmacien est surchargé, et Thérèse va finalement s’occuper du pilote américain. Elle l’héberge chez elle où elle vit seule avec ses deux enfants depuis que son mari a été fait prisonnier. Elle va aider aussi Alan à prendre le train pour Toulouse avec un de ses compatriotes, Pat. Mais les choses vont mal tourner, repérés par la Gestapo, Thérèse et Alan ne doivent leur salut qu’à l’élimination de l’agent de la Gestapo. Mais Pat trouve la mort. Arrivés à Toulouse grâce à l’aide des cheminots, ils vont assister à l’assassinat par les Résistants d’un procureur dont le passe-temps est de faire condamner les patriotes. Raflés par la police française, ils ne s’en tireront que grâce à une astuce de Thérèse qui endosse pour la circonstance le costume d’une résistante activement recherchée, Sophie. Ils finiront par être recueillis par le maquis et ils se sépareront, alors même qu’on apprend le débarquement des alliés en Normandie.

    Le jour et l’heure, René Clément, 1962  

    Pour passer en Espagne il faut prendre le train 

    Le scénario est assez linéaire et aussi plutôt fidèle à l’esprit de la Résistance. Mais au-delà de cet aspect, il y a bien sûr la manière d’aborder ce thème. C’est à la fois l’aventure entre un jeune américain et une mère de famille un peu isolée et aussi une description minutieuse de cette période très confuse de l’Occupation. Bien entendu on y trouvera la peur, les collaborateurs, la Milice, les difficultés d’approvisionnement ou encore celles de se déplacer sans trop de danger. Le flirt entre Thérèse et Alan ne débouchera pas vraiment sur une histoire d’amour. Il y a au-delà de l’exaltation de l’esprit de la Résistance la vie de gens ordinaires qui se retrouvent plongés dans des actions héroïques autant que nécessaires. Quelques signes montreront que la population, même si elle comprend ses traitres et ses miliciens, est plutôt du côté de la Résistance. Par exemple cette vieille femme qui adressera un signe à Thérèse pour lui signaler la présence de policiers allemands. De même on verra que le maquis est dans une relation d’identité avec les villages qu’ils contrôlent.

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    Un cheminot aide Alan à se débarrasser de ses menottes 

    On peut reprocher au film de s’attarder un peu trop longuement sur la relation entre Alan et Thérèse. Mais la seconde partie, à partir du moment où il faut fuir pour tenter de rejoindre Toulouse, est très rythmée et excellemment filmée. Il y a ce long passage dans un train surchargé qui est sensé s’en aller vers Toulouse mais qui sera stoppé pour cause de bombardement. Et dans le train il va se passer des choses dramatiques. C’est la mort de Pat qui se fait assassiner par l’agent de la Gestapo, mais c’est aussi les vérifications des papiers et l’arrestation d’Alan par l’homme de la Gestapo qu’il faudra bien assassiner à son tour pour survivre encore un peu. Tout cela se passe dans une cohue épouvantable et claustrophobique, avec les pèlerins qui s’en vont à Lourdes en entonnant « Pitié mon Dieu sauvez la France au nom du Sacré Cœur ». C’est filmé tout en longueur, par-delà les têtes qui dépassent. À Toulouse l’assassinat du procureur plonge Alan et Thérèse dans de grandes difficultés.  Le meurtre commis par les résistants qui sont arrivés et qui repartent en vélo est absolument saisissant, avec une belle perspective sur le bistrot dans lequel le procureur veut se rendre. Et puis ce sera la longue randonnée pour rejoindre le maquis avant de passer les Pyrénées. Là, la perspective change, l’atmosphère s’apaise en devenant plus rurale, avec un petit bal champêtre qui annonce en fait le retour des temps heureux, mais la tension ne retombe pas pour autant parce que Thérèse et Alan vont devoir se séparer très vite.

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    A Toulouse Alan et Thérèse se font arrêter 

    La direction d’acteurs est comme toujours avec Clément excellente. Simone Signoret, actrice très engagée, donne beaucoup de poids et de nuance à son personnage. Elle avait l’année précédente tourné Les mauvais coups d’après Rçoger Vailland déjà. Thérèse est une femme qui découvre sa force en l’exerçant. C’est autour d’elle que le film est construit. Stuart Withman est moins intéressant, un peu pâle, mais il tient tout de même sa place. Les seconds rôles sont particulièrement soignés. Michel Piccoli interprète Antoine, un ami d’enfance de Thérèse, un résistant, Marcel Bozzuffi un peu pourri et nerveux, méchant même. La palme du salaud revient pourtant à Reggie Nalder qui incarne avec son physique des plus particuliers l’homme de la Gestapo. D’autres comme Karl Studer ou Bill Kearns sont des habitués des rôles d’Américains dans les films français. Studer se retrouvera plusieurs fois dans des réalisations de Melville et Bill Kearns était déjà présent au générique de Plein soleil. On reconnaitra encore Henri Virlojeux dans le rôle du pharmacien résistant et Géraldine Page, actrice française ayant fait par ailleurs une carrière internationale dans le rôle de la belle-sœur un rien acariâtre. Les deux sœurs Azoulai qui jouent les filles de Thérèse montrent à quel point Clément savait diriger les enfants et en obtenir le meilleur.

    Le jour et l’heure, René Clément, 1962  

    Le commissaire croit avoir capturé une résistante du nom de Sophie 

    Le film est tourné en écran large ce qui facilité l’utilisation des profondeurs de champ et la complexité des décors. Le mouvement de caméra panoramique est très juste lors de la scène de l’attentat contre le procureur, permettant de saisir en un clin d’œil l’ensemble du carrefour et ses dangers. La photo est signée Henri Decae, le photographe attitré des films de Melville. Il y a donc un côté film noir qui ressort très bien. Le montage a été réalisé par René Clément lui-même et donne une grande vivacité au film. Les assistants réalisateurs sur ce film étaient Claude Pinoteau et Costa-Gavras que Clément aimait beaucoup. Ils auront beaucoup appris de Clément et feront somme toute une très bonne carrière aussi.

    Le jour et l’heure, René Clément, 1962  

    §e police veut faire parler Alan 

    Film à gros budget, le succès a été international et le film a été très bien distribué aux Etats Unis. Il a été bien accueilli en France par la critique sauf évidemment par les couillons de la Nouvelle Vague et par cette bourrique de François Truffaut. Le prochain René Clément sera Les félins et sera un nouveau succès.

      Le jour et l’heure, René Clément, 1962

    Les adieux sont difficiles

    Le jour et l’heure, René Clément, 1962  

    René Clément dirigeant Simone Signoret et Stuart Whitman

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