• Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979

     Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979

    Cette deuxième incursion de Domenico Paolella peut être qualifiée de poliziottesco dégénéré. En effet sous prétexte de  renouveler les codes du genre, le scénario en oublie un peu trop les principes ce qui ruine rapidement l’entreprise. Si le thème est celui d’un honnête citoyen s’élevant contre la mafia pour palier les carences de la police, il tente d’y mêler une forme un peu rigolarde qui empêche de le prendre au sérieux. Or comme on l’a vu, et c’est encore plus vrai dans le précédent poliziottesco de Paolella, le genre ne s’accommode pas vraiment avec l’absence de sérieux qui est la contrepartie de l’ancrage dans le réel. Cette dégénérescence peut s’expliquer par le fait que le genre a vieilli et que la situation en Italie si elle n’est pas idyllique est maintenant apaisée, nous sommes sortis des années de plomb. Tourné rapidement en 1979, alors que la fréquentation des salles de cinéma est encore à son apogée, il ne sera projeté en France d’une manière restreinte qu’en 1983. La version originale de ce film est d’une durée d’une heure quarante, mais la version que je possède est de seulement un heure vingt-sept, ce qui semble vouloir dire que le film a été raccourci pour le rendre un peu plus digeste. 

    Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979

    Sous la houlette de Don Salluzo les gangsters montent un vaste trafic de drogue 

    Gardenia est le propriétaire d’un restaurant huppé de Rome. Il a une clientèle de choix, et les femmes lui courent toutes après, bien qu’il soit en couple avec la belle Regina. De son côté Don Saluzzo tente de mettre en place un vaste trafic de drogue qui aurait pour point pivot le restaurant de Gardenia. Il convoque à cet effet d’autres bandits afin qu’ils participent à cette entreprise. La plupart animés par la cupidité et par la crainte acceptent de miser sur ce projet. Nocita cependant refuse, arguant qu’il veut rester maître de ses propres activités. Don Salluzo le fait abattre. La phase suivante consiste à faire accepter à Gardenia son rôle dans la distribution des stupéfiants. Comme il refuse, il est méchamment battu et il aura les deux bras cassés. La pression continue à monter et son cuisinier est tué par une grenade. Regina prend peur et décide de le quitter. Gardenia entreprend alors de se venger. Avec l’aide de ses employés dévoués, et aussi grâce aux informations que lui donne la femme de Don Saluzzo, la belle Consuelo, avec qui il entretient une liaison, il kidnappe l’homme qui a lancé la grenade, le fait parler et le tue. Don Saluzzo en représailles va faire détruire le Mayfair. Mais Gardenia a de la ressource, il apprend que la bande à Caruso qui est associé avec Don Saluzzo va commettre un hold-up. Il se débrouille donc pour les devancer et vider la banque de ses liquidités avant l’arrivée des voleurs. Cet argent va lui servir à remonter son restaurant. Don Saluzzo vient le voir et lui fait toujours la même proposition. Gardenia feint d’accepter. Mais entre temps il apprend qu’un Irakien transporte une forte quantité d’héroïne. Gardénia et ses hommes vont l’intercepter à l’aéroport et voler la drogue, la remplaçant par du talc. Don Saluzzo furieux de cet échec va tuer l’Irakien. Mais de plus en plus les gangsters associés à Don Saluzzo se méfient. Pour tenter de redorer son blason Don Saluzzo va inviter Gardenia à une partie de billard. S’il gagne Gardenia se couchera, Gardenia pouvant emporter avec lui la belle Consuelo, et s’il perd, il laissera la place. C’est évidemment Gardenia qui va gagner. Mais Don Saluzzo est fourbe et ne tient pas ses promesses. Il veut retrouver Gardenia. Pour cela il enlève un employé de Gardenia et le torture dans un cirque avec une lionne. Mais il n’obtient pas l’adresse de Gardenia qui se cache dans une caravane mise en vente chez un concessionnaire d’automobiles. Dans une ultime confrontation, il va tuer Don Saluzzo. Cela va lui permettre de retrouver l’estime de Regina qui est maintenant mariée, et aussi de Tony Caruso qui, bien qu’associé à Don Saluzzo a toujours eu de l’estime pour Gardenia. 

    Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979

    Nocita et ses hommes seront punis pour ne pas avoir suivi Don Salluzo 

    Le film recycle plusieurs éléments des cinématographies célèbres du passé. Par exemple les parties de biller et les bras cassés de Gardenia viennent du film de Robert Rossen, The hustler[1], chef d’œuvre du néo-noir. L’attitude désinvolte de Gardenia avec les femmes comme avec les truands sensés être dangereux rappelle un peu le Belmondo des comédies policières des années soixante-dix comme L’incorrigible ou Le guignolo. A cela se mêle les scènes de violence sanglante traditionnelles du poliziottesco, avec des explosions en tout genre. Mais tout cela n’aurait pas d’importance si le scénario n’était pas volontairement si creux. Le poliziottesco demande en effet un minimum de réalisme. Ici de ce sous-genre, il ne reste que l’idée d’un citoyen honnête qui s’élève contre la mafia. Mais généralement le poliziottesco met en scène des citoyens ordinaires qui, même quand ils se révoltent ne sont pas des surhommes. Or ici Gardenia est une sorte de Superman qui assassine de sang froid des méchants, qui vole de la drogue ou qui encore monte des hold-ups astucieux. La police est d’ailleurs totalement absente du tableau, on se demande même si elle existe, étant donné que le grand nombre d’explosions et de morts aurait dû au moins attirer son regard. 

    Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979

    Gardenia est méchamment battu 

    Au-delà de l’aspect criminel, le film est le portrait d’un homme assez bouffon, machiste, qui traite avec condescendance la plupart de ses employés qui l’admirent pourtant et qui donneraient leur vie pour le tirer des mauvais pas où il se trouve. Il y a un éloge de la petite entreprise qui met en scène du mauvais côté si on peut dire la lutte des classes. Si Gardenia apparaît comme un homme riche – il a de beaux costumes – ses employés qui semblent faire de lourds horaires ressemblent à des clochards. Certes, il est bon, n’oubliant jamais de glisser une petite pièce au mendiant ou au jeune garçon pour les récompenser au fond de leur admiration. Don Saluzzo c’est plutôt la grande entreprise multinationale qui a des accointances dans le monde entier, y compris avec les louches Irakiens. Il y a donc une forme de concurrence entre les deux hommes. Mais Gardenia est aussi celui qui traite les femmes comme des objets. Et il ne semble s’intéresser qu’à des représentantes de l’espèce particulièrement tordues. Dans un autre genre elles sont aussi fourbes que Don Saluzzo. Les relations qu’il a avec les femmes qui passent à sa portée sont opposées justement à l’amitié virile qui existe par-delà les classes sociales avec ses employés qui semblent le remercier de leur avoir donné du travail. A l’irréalisme factuel dont nous avons parlé plus haut, s’ajoute l’irréalisme psychologique des rapports humains.   

    Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979

    Le cuisinier de Gardenia est mort 

    Reconnaissons cependant des astuces scénaristiques intéressantes. Par exemple le sas fait de deux portes blindées qui permet à Don Saluzzo de piéger ses ennemis et de les éliminés. Ou cette idée de réaliser un hold-up quelques minutes avant ceux qui en ont conçu le plan. Mais cela est largement compensé par des incongruités qui se veulent drôles : la torture avec la lionne, ou encore l’enlèvement à l’aéroport d’un petit bonhomme qu’on mettra dans une valise pour le réexpédier au Canada. 

    Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979

    Gardenia et ses hommes ont attrapé le lanceur de grenade 

    Sur le plan cinématographique c’est assez faible. Bien que par intermittence on retrouve des qualités qu’on avait entre-aperçues dans La polizia e’sconfita. Bien que le film soit tourné à Rome, il n’utilise guère les décors naturels qui restent assez neutres. La majeure partie des scènes sont tournées en studio dans les décors qui figurent les établissements de Gardenia ou de Don Saluzzo. Cela nuit évidemment à la mise en scène du mouvement, ça reste très statique. Quelques scènes d’actions comme la raclée que reçoit Gardenia ou le hold-up sont bien enlevées, mais dans l’ensemble le rythme n’est pas très bon. Les parties de billard paraissent extrêmement longues et ennuyeuses. Mais on peut dire ici que les lacunes de la mise en scène sont la conséquence des lacunes du scénario. La photo de Sergio Rubini est cependant intéressante, elle joue sur les bronzes et les verts pastellisés et met très bien en lumière les ruelles pauvres et sale de Rome. 

    Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979

    Le restaurant de Gardenia est détruit 

    La distribution est calamiteuse. Dans le rôle principal on trouve Franco Califano, chanteur à succès qui a tenté de se recycler en tant qu’acteur, sans beaucoup de réussite cependant. Il est mauvais tout simplement, mais en plus de cela, une calamité n’arrivant jamais seule, il a aussi composé la musique. Sa régulière, Regina, est aussi interprétée par Eleonora Vallone, femme de télévision, elle n’est pas une actrice et cela se voit. Derrière, c’est un peu mieux. Martin Balsam est Don Saluzzo. Cet acteur américain, bien mis en vedette par Damiano Damiani, avait refait sa vie en Italie. Il tournait dans les années soixante dix les poliziottesco à la chaîne. Il est toujours très bon. Il y a également Robert Webber dans le rôle de Tony Caruso. En difficulté aux Etats-Unis, il s’était lui aussi reporté sur les films de genre italien. Bien que son rôle soit étroit, il est très bon. Venantino Venantini est Nocita, mais son rôle est petit, il meurt rapidement et on n’a pas le temps de se faire une idée de ses qualités. Lorraine de Selle est Consuelo. C’est la française de l’équipe. Abonnée aux rôles érotiques dans le cinéma de genre italien, elle s’en tire ici très bien. Et puis il y a Franco Diogène qui apporte la touche « rigolote » dans le rôle de l’ami dévoué de son patron. Sa corpulence et sa figure suffise à lui assurer une présence. 

    Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979

    Tony Caruso et ses hommes mettent en place un hold-up 

    Comme on l’a compris ce n’est pas un bon film et son intérêt réside d’abord dans la démonstration de l’épuisement d’un genre. Certes après ce film il y aura encore des poliziotteschi de qualité, mais ils seront de moins en moins nombreux. Trop marqué par son époque le genre se meurt quand l’époque change. C’est un peu comme si l’Italie allait rentrer dans le rang et progressivement abandonner le cinéma populaire pour faire comme en France des films destinés d’abord à la classe moyenne semi lettrée. 

    Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979

    Gardenia fait semblant d’accepter les conditions de Don Salluzo 

    Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979

    Don Salluzo joue au billard avec Gardenia 

    Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979

    Don Saluzzo veut retrouver Gardenia 

    Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979

    Gardenia abat finalement Don Saluzzo



    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/l-arnaqueur-the-hustler-1961-a114844798

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