• Le maitre de la Comorra, il camorrista, Guiseppe Tornatore, 1986

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    Il camorrista est un film sur la vie de Raffaele Cutolo. Celui-ci est une sorte de héros négatif qui, en affrontant les anciennes familles de la Camorra, va déclencher une guerre de plusieurs années qui fera plusieurs milliers de morts dans la région de Naples.  Adapté d’un ouvrage à succès de Giuseppe Marrazzo qui n’a malheureusement pas été traduit en français, ce film, assez long, il dure près de 3 heures, a été produit par Silvio Berlusconi et a donné lieu également à une version télévisée qui dure plus de cinq heures. Cette production à gros budget  est en même temps la première réalisation de Guiseppe Tornatore. Celui-ci, d’origine sicilienne, plus connu en France pour ses films mélancoliques comme Cinema Paradisio, ou Ils vont tous biens, avait déjà travaillé sur le sujet de la mafia puisqu’il avait co-écrit le scénario de l'excellent Cent jours à Palerme.

    Comme toujours avec ce genre de film, il faut démêler ce qu’il y a d’intéressant dans le scénario de la mise en scène. Le sujet est facilement attractif, l’ascension d’une personnalité bien réelle comme celle de Cutolo, la guerre des Camorras, suffisant presque à satisfaire la clientèle. Le film se passant sur plusieurs décennies, il rappellera aisément Le parrain. Ce n’est pourtant pas ce qui en fait son intérêt. Le film de Tornatore s’inscrit dans la longue lignée des films italiens qui ont pour but de dénoncer la mafia et ses cousines, la Camorra ou la ‘Ndrangheta. Le boss Cutolo n’est pas du tout glamour. Par le côté sordide et dégénéré du caractère de Cutolo, il est plus proche du film qu’on tirera du livre de Saviano, Gomorra. 

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    Cutolo est un personnage assez extraordinaire, mi fou, mi génie criminel, il a construit l’essentiel de son pouvoir alors qu’il était en prison pour un crime assez débile. C’est en prison qu’il sera appelé le professeur du Vésuve. Même s’il semble qu’aujourd’hui Cutolo n’ait plus guère de pouvoir, il est toujours en prison et a eu un fils en 2007, rejeton qu’il a conçu depuis sa cellule !

    Il est donc le fondateur d’une nouvelle Camorra (Nueva Camorra organizzata – NCO) qui devint une véritable armée de plusieurs milliers de soldats ! Le film est bien documenté, très réaliste dans la description des rouages de la corruption. Construit sur des moments très forts, par exemple les tractations entre Cutolo et les Brigades rouges, il ne cache rien de la confusion des genres entre le pouvoir politique de la Démocratie chrétienne et celui des différentes mafias. 

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    Le vrai Rafaelle Cutolo

    Le principal défaut du scénario est d’aligner les scènes de genre et de manquer de continuité. Le caractère heurté du découpage nuit beaucoup. Mais cela vient peut-être du fait que je n’ai vu que la version filmée et non pas la série télévisée. C’est ainsi que le personnage de la sœur de Cutolo n’est pas très fouillé, alors qu’elle est un élément clé de la prise du pouvoir passagère d’il professore.

    L’essentiel du film se passe en prison, avec des scènes convenues de meurtre, de délation et de soumission. La réalisation laisse un souvenir ambigu. D’abord parce que l’image n’est pas belle, peu soignée, ensuite, parce que Ben Gazzara en fait des tonnes. Même si Cutolo avait tendance à faire le clown pour amuser la galerie, il ne semble pas qu’il roule des yeux comme un illuminé. Mais on a comme compensation le fait que le film utilise les décors réels et misérables de Naples. Une scène intéressante est celle d’un gamin qui se croit poursuivi par la police dans les vieilles rues de Naples et que la foule encourage à courir encore plus vite.

    L’interprétation n’est pas non plus remarquable. Les deux principaux acteurs ne sont pas italiens, Ben Gazzara était américain, et Laura del Sol qui n’est pas mal, mais sans plus, est espagnole. C’est un peu gênant parce que le doublage en italien de ces deux acteurs est parfois en léger décalage.

    Le film n’a eu aucun succès à sa sortie et a dû être retiré des écrans après des poursuites judiciaires. Mais quelques années plus tard, grâce à la version télévisée, il devint un film culte qui a marqué, comme le signale d'ailleurs Roberto Saviano dans Gomorra, les esprits et le langage des voyous de la Campanie qui ne se sont pas aperçu que le film mettait avant tout en scène une conception plus que misérable de l’existence.    

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    Même si Il camorrista n’est pas un film qui n’a pas la qualité des films de Damiani ou que Gomorra sur le plan artistique,  il en reste néanmoins intéressant pour tous ceux qui s’intéresse à l’aspect sordide de ce que sont les mafias.

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