• Le monde de San-Antonio, n° 94, printemps-été, 2021

     Le monde de San-Antonio, n° 94, printemps-été, 2021

    Le centenaire de la naissance de Frédéric Dard permet évidemment de se rapprocher de lui et de son œuvre. Les hommages pleuvent, et c’est tant mieux. Le monde de San-Antonio est la revue de l’association des Amis de San-Antonio qui entretient la flamme pour ceux qui sont attachés à l’œuvre très multiforme de Frédéric Dard. Il va de soi que cette revue qui n’a que deux numéros par an se devait d’appuyer l’hommage.

    Le dossier central de ce dernier numéro est composé à partir d’une grande quantité d’interviews qu’il a donné tout au long de sa longue carrière, découpés et reclassés si on veut par thèmes, le métier d’écrivain, la mort, le sexe. C’est très bien fait et passionnant pour ceux qui ne connaissent pas encore très bien Frédéric Dard. Il est accompagné d’interviews et de témoignages de ceux qui ont travaillé avec lui, par exemple le récit de Myriam Astruc qui fut son attachée de presse de 1994 à la fin de sa vie, ou qui l’ont côtoyé.

    Il y a aussi la recension de deux ouvrages, l’un San-Antonio international, qui regroupe les conférences du colloque de Belfast et qui traite de la relation de Frédéric Dard avec l’étranger, aussi bien en ce qui concerne la réception de ses œuvres à l’étranger, que la vision qu’il se faisait, en tant qu’auteur franco-français, des étrangers[1]. Et aussi le numéro 4 des Cahiers Frédéric Dard qui est, sous la direction d’Hugues Galli, consacré au Musée imaginaire de Frédéric Dard[2]. Frédéric Dard a toujours été intéressé par la peinture et les peintres, soit pour en faire des présentations lorsqu’il s’exerçait au journalisme, soit pour en faire des personnages de nouvelles et de romans.

    Daniel Sirach se plaint qu’on ne lise pas assez Frédéric Dard, les tirages des rééditions des San-Antonio ont en effet beaucoup baissé. Mais enfin on le lit encore régulièrement, il est pourtant décédé depuis plus de vingt ans, et la saga du flamboyant commissaire était un commentaire sur une époque qui n’existe plus que dans le souvenir.

    Pour ma part je pense que l’avenir de Frédéric Dard ne passe pas particulièrement par San-Antonio qui avec la modification de la langue va devenir de plus en plus ardu à comprendre pour les jeunes générations, mais par le reste son œuvre. C’est d’ailleurs l’idée que j’ai eu il y a une dizaine d’années en cherchant à éditer ses nouvelles et dont le Fleuve noir vient de publier le premier tome. Si je voulais les publier, c’est principalement leur lecture a été une découverte surprenante alors même que je connaissais le principal de son œuvre par ailleurs. Frédéric Dard en tant qu’auteur de romans noirs de grande qualité qui le hissent à la hauteur d’un William Irish, d’un James M. Cain ou d’un David Goodis, voire d’un Jim Thompson, est traduit en Angleterre et en Italie comme un « maître ». Il est vrai que traduire du Frédéric Dard c’est bien plus simple que de traduire du San-Antonio. Les « romans de la nuit » pour reprendre l’expression de Dominique Jeannerod, sont d’ailleurs toujours réédités et toujours lus. 

    Le monde de San-Antonio, n° 94, printemps-été, 2021 

    Le Fleuve noir a pensé longtemps que San-Antonio serait le moteur pour faire mieux connaître Frédéric Dard, ce n’est pas tout à fait faux. Mais je crois que ça peut passer par d’autres voies. Par exemple Pierre Assouline avançait que l’avenir de Frédéric Dard était le théâtre[3]. En effet plusieurs de ses pièces sont toujours jouées, Les brumes de Manchester, Les salauds vont en enfer, ou encore des mises en scènes de San-Antonio. C’est en effet par là que Frédéric Dard commença à se faire connaître, d’abord avec l’adaptation de La neige était sale de Georges Simenon, puis sa collaboration avec Robert Hossein au Grand guignol. Je pense qu’il faudrait par contre rééditer ce qui n’est pas connu de Frédéric Dard, c’est le travail que j’ai fait avec les nouvelles, et c’est aussi ce qu’on pourrait faire avec les romans dits érotiques qui sont trois romans publiés sous pseudonymes. Ce sont en réalité des romans sur la Seconde Guerre mondiale où l’érotisme est plutôt secondaire, c’est très bien écrit et bien construit. Mais il y a encore bien d’autres segments sur lesquels on peut travailler. Les universitaires pour l’instant ont surtout valorisé San-Antonio pour l’inventivité de la langue, mais tout un pan de son œuvre est rédigé dans une langue en apparence très simple et limpide – ce qu’on aurait pu dire de Simenon d’ailleurs – et tout cela est bourré de qualité. Les choses sont en train de changer petit à petit. Et même si les œuvres de cet auteur majeur des lettres françaises n’atteindront plus les tirages mirifiques d’autrefois, je crois que les jeunes générations le redécouvriront avec le temps comme une sorte de classique de la littérature populaire, sans mettre aucune intention péjorative dans ce terme, et c’est qui est important.  

    Le monde de San-Antonio, n° 94, printemps-été, 2021



    [1] Loïc Artiaga, Dominique Jeannerod (dir.), San-Antonio International - Circulation et imaginaire d’une série policière française, P.U. Limoges, 2020

    [2] Editions Universitaires de Dijon, 2021

    [3] Il pensait à l’adaptation de Liberty bar d’après Georges Simenon qui avait été signée Frédéric Valmain. Cf. Alexandre Clément, L’affaire Dard/Simenon, La nuit du chasseur, 2012.

    « Le justicier au gardénia, Gardenia, Domenico Paolella, 1979L’assassin habite au 21, Henri-Georges Clouzot, 1942 »
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  • Commentaires

    1
    Dimanche 27 Juin à 15:54

    Les amateurs trouveront le Collection San Antonio (175 volumes) ici : https://ww1.bookys-ebooks.com/romans/19630-collection-san-antonio

      • Dimanche 27 Juin à 23:01

        certes mais c'est mieux de le lire dans les vrais livres

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