• Le parfum du diable, La citta’ gioca d’azzardo, Sergio Martino, 1975

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    Le temps ayant passé, on oublie que dans les années soixante-dix, l’Italie s’était faite, à côté des grandes comédies dramatiques, aussi une spécialité de petits films policiers nerveux, tournés en décors naturels et souvent violents. A mon sens, ils représente une catégorie à part en regard des films américains et français. Le plus célèbre des réalisateurs de ce genre était Umberto Lenzi, mais à côté de lui on trouve aussi Sergio Martino, dans un registre un peu plus léger tout de même. Il ne faudrait pas cependant que cela nous laisse croire que ces films n’ont comme qualités que d’alimenter une nostalgie, ils possèdent aussi des formes particulières de tournage sur lesquels on reviendra. Mais avant tout ces films visaient un public populaire en essayant d’en épouser la culture.

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    Luca commence à exercer ses talents dans un casino clandestin

     

    Luca Altieri est un tricheur qui joue au poker. Rafflant une somme importante, le patron du casino décide de l’engager pour qu’il travaille pour lui, en lui promettant 10% des bénéfices récoltés. Luca s’enrichit particulièrement vite, il porte des beaux costumes rayés, il remplace son vieux scooter par une puissante moto. Mais il va tombé amoureux de la femme du fils du patron. Maria-Luisa est en effet marié à Corrado, un rustre, arrogant, qui profite de son statut de fils du patron. Luca va donc vivre une histoire d’amour torride avec la belle Maria-Luisa qui ne vit avec Corrado que pour son argent. Mais elui-ci est un brin jaloux. Avec une grande lâcheté il va briser les mains de Luca, pensdant que celui-ci ne l’affrontera pas dans une partie de poker en tête à tête. Pourtant malgré ses blessures Luca sera là et emportera le duel.

    Mais Corrado ne se tient pas battu, il va envoyer ses tueurs à la recherche de Luca qui se remet tant bien que mal de ses blessures dans une ferme des environs de Milan. Luca échappe à la tentative d’assassinat et décide de partir avec Maria-Luisa sur la Côte d’Azur. Le père de Corrado leur ayant laissé un pactole de 70 millions de lires. Mais pendant ce temps, Corrado va faire un coup d’Etat et tuer son père pour s’emparer de son pouvoir. Pour lui les choses seront difficiles, car il n’a ni l’envergure, ni les relations de son père, et tout le monde le méprise. Victime d’un chantage de la part d’un policier véreux, il le fera abattre. Mais pour lui l’essentiel est de se venger de Luca qu’il considère comme la source de tous ses malheurs. Il y parviendra en l’attirant dans une partie piège. En effet, Maria Luisa est enceinte et Luca veut se refaire. Il va cependant s’apercevoir qu’il est traqué à nouveau par les tueurs de Corrado et s’enfuir avec Maria Luisa sur sa moto. Si les tueurs seront défaits et avec eux Corrado, Luca perdra à la fois Maria-Luisa et l’enfant qu’elle portait.

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    Séduit par la beauté de Maria-Luisa, il l’a séduit à son tour

     

    Comme on le voit les producteurs ont misé sur un scénario assez compliqué qui tente de prendre à revers le spectateur, notamment par une fin peu conventionnelle. Et même si les rapports entre le père et le fils, propriétaires d’un casino clandestin, sont en quelque sorte la clé du film, ceux-ci ne sont pas examiné du point de vue de la psychologie, mais plutôt comme un levier de l’action. Maria-Luisa est une femme vénale qui va trouver le chemin de la rédemption dans l’amour que révèle Luca. Mais celui-ci aura bien plus de mal à retrouver le droit chemin et à abandonner son vice : le jeu. Car Luca n’est pas un personnage tout à fait moral. Certes, il est léger, pas vraiment méchant, mais en même temps c’est un tricheur professionnel qui a peu de conscience de ce qu’il y a de mal à escroquer son prochain pour essayer de vivre sans travailler.

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    Le très violent et jaloux Corrado fait briser les mains de Luca

     

    Mais tout cela ne suffirait pas à faire un bon film si la mise en scène n’était pas à la hauteur. Or, elle l’est. Aussi bien dans l’utilisation des décors réels de Milan, que dans le développement des scènes d’action qui sont rapides et toujours assez brèves. Par exemple il y a de l’inventivité à filmer l’assassinat du policier corrompu qui essaie de faire chanter Corrado. Le montage qui alterne les plans généraux filmés à la grue et les plans rapprochés qui montrent l’étonnement du policier, la détermination des tueurs, est excellent. Les bagarres de rue sont plus conventionnelles, comme la poursuite finale sur la corniche. Parmi les scènes à retenir il y aussi le meurtre du Président par son propre fils qui le balance dans les escaliers, jouissant du spectacle, tout en en craignant l’issue.

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    Corrado en ayant assez de subir la loi de son père l’assassine

     

    La direction d’acteur est bonne. Dans le rôle du héros on retrouve un acteur français bien oublié depuis, Luc Mérenda. C’est un acteur méconnu essentiellement parce qu’il tourna principalement dans des films de genre de catégorie B, commençant d’ailleurs par incarner OSS 117 où il vaut largement le médiocre Jean Dujardin. Doté d’un physique athlétique et charmeur, il n’était pas un mauvais acteur. S’il a disparu, c’est probablement parce qu’il s’est encalminé dans le cinéma italien de genre, notamment sous la direction de Sergio Martino. Sans doute n’avait-il pas la volonté de mieux gérer sa carrière. Ici il est plutôt bon.

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    Luca et  Maria-Luisa accueille les sbires de Corrado

     

    Dayle Haddon est plus problématique, certes sa plastique est sans défaut, et elle a de beaux yeux, mais elle manque singulièrement de nerf. Toutefois cela n’a pas grande importance car son rôle est plutôt passif et en retrait. Le reste de la distribution est complétée par Corrado Pani qui est bon dans le rôel du fils névrosé, et par Enrico Maria Salerno, toujours égal à lui-même dans celui du président.

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    Corrado fait exécuter un flic corrompu

     

    L’ensemble présente une belle réussite dans le genre populaire, à la fois léger et nerveux, sans tomber dans la caricature, ni la niaiserie. Certes, les références du scénario sont largement empruntées à des films américains. On reconnaîtra l’écrasement des mains, ou la méditation entre Maria-Luisa et Luca au bord de la plage, comme dans The hustler, ou les parties de cartes issues de The Cincinatti kid.

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    Maria-Luisa doit subir une intervention chirurgicale

     

     

    Il est dommage que ce type de film ne soit plus connu aujourd’hui en France que des spécialistes. En tous les cas, sans être un chef d’œuvre, La citta’ gioca d’azzardo vaut le détour.

    « Le rideau déchiré, Torn curtain, Alfred Hitchcock, 1966The homesman, Tommy Lee Jones, 2014 »
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