• Le policeman, Fort Apache the Bronx, Daniel Petrie, 1981

     Le policeman, Fort Apache the Bronx, Daniel Petrie, 1981

    Les années 80 ont été dans l’ensemble d’assez bonnes années pour Paul Newman. The policeman est un peu injustement oublié dans l’excellente carrière de la star. C’est pourtant un bon film, finalement assez atypique pour l’époque. C’est un film noir qui se veut proche de la vie réelle et ordinaire des Newyorkais. Situé dans le Bronx, un poste de police se trouve confronté en permanence à la misère du quartier. Presqu’abandonné de sa hiérarchie, le 41ème district essaie de faire son travail dans des conditions difficiles, la population lui est hostile. L’histoire est basée sur le récit de Tom Walker, un flic du 41ème justement, son livre aura un gros succès et a accompagné la prise de conscience progressive des problèmes engendrés par les ghettos urbains. Il aura une suite. Il est très significatif que le film ait été développé par des personnalités de gauche comme Paul Newman ou le réalisateur Daniel Petrie, car il rompait assez avec une image un peu angélique que projetait encore trop souvent les intellectuels de gauche qui ont l’habitude de minimiser les problèmes de violence urbaine et aussi les tensions qui peuvent exister entre des communautés de culture et d’origine différente.

      Le policeman, Fort Apache the Bronx, Daniel Petrie, 1981

    L’histoire est celle de deux flics du 41ème district, Murphy et Corelli. Ils font un métier des plus difficiles dans le Bronx, à une époque où le quartier était dévasté par la misère, les immeubles s’en allaient en lambeaux comme après une guerre. Evidemment la criminalité est élevée, et Murphy l’expliquera justement par des raisons essentiellement économiques : une vie bouchée, sans perspective de s’améliorer. Si le film est une approche semi-documentaire de la vie du 41ème disctrict, il va y avoir plusieurs fils qui permettent de faire évoluer d’histoire et les personnages. Murphy tombe amoureux d’une jeune infirmière d’origine portoricaine, cette histoire n’est pas simple parce qu’Isabela se drogue aussi. Le second fil est que Connolly le nouveau patron du 41ème district veut des résultats, des chiffres, que son commissacriat soit respecté dans le quartier, résultat il va déclencher des émeutes sanglantes. Le troisième fil est la saga meurtrière de Charlotte, prostituée et droguée.

    Le policeman, Fort Apache the Bronx, Daniel Petrie, 1981 

    Charlotte tue deux flics 

    La mécanique du film repose sur des anti-héros qui, au quotidien font un travail sordide, essuyant les retombées d’un mode de vie déprimant, d’une ségrégation sociale. Les services publics, l’hôpital, la police, sont débordés et ne peuvent pas suivre la demande. Tourné en décors naturels, le film montre combien le Bronx était à cette époque un ghetto pourri avec des zones entières détruites. Apparemment cela a changé un peu aujourd’hui, mais c’est toujours une zone ghettoïsée où la criminalité et le trafic de drogue sont importants. Le principe du film va être de se servir de ces décors et d’en faire un des éléments moteurs. Que ce soit le jour ou la nuit, la misère suinte immeubles en perdition. Petrie utilise des plans larges, des panoramiques pour montrer comment ces hommes et ces femmes sont littéralement enterrés dans un quartier qui ressemble à un cimetière. En refusant de faire des policiers des héros, le scénario évite le piège d’une intrigue où les policiers découvriraient les  criminels. Ils ont plus dans un rôle de maintien de l’ordre. Murphy c'est l'inverse de l'inspecteur Harry.

     Le policeman, Fort Apache the Bronx, Daniel Petrie, 1981 

    Le nouveau chef du 41ème district arrive 

    L’ensemble est d’abord un véhicule pour Paul Newman. Sachant son engagement politique à gauche, libéral comme on dit aux Etats-Unis, le sujet lui donne tout à fait la possibilité de porter un discours social sur la crise qui sévit et qui fait des ravages à New-York à cette époque où les taux de criminalité atteignent des sommets. Ce sont les années Clinton qui vont faire changer les choses puisqu’à partir de ce moment le chômage va baisser radicalement et le crime aussi. Paul Newman, même si ce n’est pas le sommet de sa carrière est très bon dans le rôle d’un flic aussi humain que désabusé, en butte à la bêtise de sa hiérarchie. Le jeune Ken Wahl est Corelli. C’est un acteur peu connu, surtout parce qu’il a travaillé pour la télévision. Isabella est interprétée par l’énergique Rachel Tricotin qui a pour particularité d’être originaire du Bronx. Même s’ils ne font pas de l’ombre à l’immense star Paul Newman, ils occupent suffisamment bien l’espace et font ressortir le côté passéiste de Murphy. Le reste de la distribution est complétée par de vieux routiers comme Danny Aiello qui interprète le brutal Morgan, ou Edward Asner qui est Connolly le chef un peu borné du 41ème. On note encore la présence de Pam Grier dans le rôle de Charlotte.

     Le policeman, Fort Apache the Bronx, Daniel Petrie, 1981 

    Murphy tomba amoureux d’une jeune infirmière 

    Sur le plan cinématographique proprement dit, on note d’abord cette vision apocalyptique du Bronx qui agit comme la dénonciation d’un mal sociétal. Daniel Petrie qui a fait sa carrière surtout à la télévision, s’était fait remarquer au début de celle-ci par son implication sociale par A raisin in the sun avec Sidney Poitier, film contre le racisme. Ce n’est pas un grand cinéaste. Mais ici le poids des décors urbains est tel qu’il s’en tire plutôt à son avantage. Il y a une parenté avec The naked city de Dassin. Mais les scènes d’action, que ce soit les émeutes ou que ce soit les poursuites de Murphy, ou encore l‘intervention de la police dans l’hôpital, sont rondement menées et donnent un rythme fort à l’ensemble. Des misères du Bronx, rien n’est épargné au spectateur, des immeubles en ruine comme des parcs mal entretenus ou des décharges publiques dans lesquelles il est possible de trouver aussi des cadavres de filles. Le souci de réalisme n’épargne personne. La communauté portoricaine n’a rien d’angélique, on y trouve des criminels et des trafiquants de drogue, mais la police n’est pas épargnée non plus. Morgan se révélera un assassin de la pire espèce, les bavures sont légion.

    Le policeman, Fort Apache the Bronx, Daniel Petrie, 1981 

    Le zèle de Connolly entraîne des émeutes 

    Le public a suivi, même si en France cela n’a pas été un immense succès. Et le film se revoit très bien malgré les années qui ont passé. Probablement si le film a mieux marché aux Etats-Unis qu’en France c’est parce qu’à l’époque la dégénérescence de New-York prenait des allures préoccupantes. Curieusement le tournage a été dénoncé par des associations de Portoricains qui dénonçaient le film comme raciste parce qu’il mettait en scène la criminalité d’un quartier où les noirs et les portoricains sont évidemment majoritaires, les blancs ayant fui depuis longtemps le Bronx. Il va de soi que le film n’a aucune intention malveillante à l’endroit de quelque communauté que ce soit. Sans doute ces associations cherchaient-elles à obtenir des compensations financières. En tous les cas le tournage a été retardé par de nombreuses manifestations comme si Paul Newman était juste un vulgaire John Wayne.

     Le policeman, Fort Apache the Bronx, Daniel Petrie, 1981 

    Morgan assassine un jeune portoricain

     Le policeman, Fort Apache the Bronx, Daniel Petrie, 1981 

    Murphy fait part à Corelli de son intention de dénoncer Morgan

     Le policeman, Fort Apache the Bronx, Daniel Petrie, 1981 

    Murphy a donné sa démission

    Le policeman, Fort Apache the Bronx, Daniel Petrie, 1981

    Le policeman, Fort Apache the Bronx, Daniel Petrie, 1981 

    « William Friedkin, Police fédérale Los Angeles, Live and die in L.A., 1985L’étranger, Lo straniero, Luchino Visconti, 1967 »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    1
    Philip
    Lundi 31 Juillet à 20:17
    "Ce sont les années Clinton qui vont faire changer les choses puisqu’à partir de ce moment le chômage va baisser radicalement et le crime aussi." En fait, le chômage ne va significativement baisser qu'à partir de 1983 (octobre précisément) lorsque les effets de la récession, qui débutèrent après le choc pétrolier de 1973, vont véritablement s'estomper. On peut lire les stats du Dept. of Labor qui remontent à 1939 : https://data.bls.gov/timeseries/LNS14000000 Clinton, bien entendu, accompagnera ce mouvement de prospérité économique. Quant à la criminalité, elle ira en diminuant depuis 1990 (Clinton n'est pas encore président) et se prolongera jusqu'à aujourd'hui indépendamment du gouvernement en place. Il n'y a pas vraiment d'explications monocausales, ce phénomène s'observant dans l'ensemble du monde occidental depuis les années 90...
    2
    Lundi 31 Juillet à 20:43

    Merci pour ce commentaire

    Il ne me viendrait pas à l'idée de dire que le crime s'explique seulement par un seul facteur. Par contre il est clair que c'est à partir de l'élection de Bill Clinton que le chômage baisse, il avait beaucoup augmenté sous la présidence de George Bush le père, et que le crime baisse radicalement et durablement. Tout le monde s'accorde pour dire que les années Clinton ont marqué une rupture sur ces deux paramètres. En France on n'observe pas de mouvement semblable de cette ampleur. Par ailleurs le nombre de meurtres aux USA ne commence à baisser sérieusement qu'à partir de 1993. 

    Parmi les paramètres qui expliquent le crime, il y a aussi 1. l'élargissement des inégalités 2. mais aussi le degré d'hétérogénéité ethnique. 

    Le film de Daniel Petrie s'inscrit dans un contexte de ras le bol des américains face au délabrement de la vie dans les grandes agglomérations. J'étais aux Etats-Unis à la fin des années soixante-dix, à New York et à Boston précisément, et j'ai ressenti exactement ce que décrit le film.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :