• Le tournoi, Elodie Namer, 2015

    Le tournoi, Elodie Namer, 2015  

    Pour les amateurs de jeu d’échecs, il y a dans les tournois, les parties sérieuses, une tension, une forme de suspense qui est assez fascinante. Ce jeu a ses héros, ses légendes. S’il est compréhensible qu’il ait attiré de nombreux cinéastes et quelques romanciers, les réussites dans le genre ne sont pas très nombreuses. Probablement parce que les fortes sensations qu’on peut y éprouver se transmettent difficilement par l’image et passent par la compréhension d’une position, d’une partie, des aspects très techniques finalement du jeu. Pour cette raison ceux qui envisagent de faire un film autour du jeu d’échecs le font généralement en déportant l’histoire vers des enjeux qui sont extérieurs au jeu d’échecs proprement dit. C’est ce que réussit par exemple La diagonale du fou de Richard Dembo, tout en conservant un aspect très soigné, très documentaire à son film.

    Le tournoi, Elodie Namer, 2015

    Cal arrive ivrfe à la première partie du tournoi 

    Cal est un jeune champion de France qui se rend avec ses copains de l’équipe de France et sa fiancée Lou à un tournoi international à Budapest. Plutôt indécis sur ce qu’il veut faire de sa vie en dehors des échecs, il va rapidement être obsédé par un jeune prodige hongrois, Max, qui, à neuf ans seulement semble être promis au plus brillant avenir. Le film est donc une sorte d’initiation de Cal à la vie adulte : il se débarrassera d’une partie de ses obsessions à la fin du film en laissant la victoire à Max alors que celui-ci est perdu.

    Comme on le voit la trame est assez mince et Elodie Namer a tout misé sur une forme très réaliste dans la description d’un milieu très particulier – les échecs de haut niveau. Evidemment on peut discuter à l’infini de ce réalisme parce qu’en effet il est assez difficile de croire que Cal laisse la victoire à un petit garçon qui l’a beaucoup perturbé durant le tournoi. De même les relations entre Cal et Viktor son entraîneur me paraissent assez loin de la réalité. Mais enfin, il n’est guère possible de faire un film sur les échecs sans simplifier un peu. La première difficulté d’Elodie Namer est d’équilibrer l’aspect descriptif du milieu des échecs et l’histoire proprement dite et c’est sans doute là qu’elle échoue. Ainsi on ne comprend pas très bien la profondeur des relations entre Cal et Lou, ni à quoi ces tourments servent pour faire progresser l’histoire. L’importance accordée à Viktor dans le scénario est tout autant problématique. 

    Le tournoi, Elodie Namer, 2015

     

    Pour plaire à son sponsor il se livre à une simultanée à l’aveugle 

    Le film a connu un flop retentissant, à tel point qu’on ne sait même pas quel a été le nombre de spectateurs qui l’ont vu en salle. les critiques n’ont pas été très bonnes, sauf celles qui venaient du milieu échiquéen lui-même, les joueurs d’échecs étant contents qu’on mette en scène leur jeu favori autrement que comme quelque chose de poussiéreux. Ce serait pourtant un tort de croire qu’il ne recèle aucune qualité. Les décors, l’ambiance, sont soignés. Et Elodie Namer arrive bien à faire passer cette passion ludique et dévorante pour ce jeu. C’est surtout cet aspect qui domine dans la première partie. La seconde insiste plus lourdement sur les tourments de Cal, tourments auxquels on a du mal à participer, y compris quand il se rend compte que Lou couche aussi avec son entraîneur. Le film pourtant très court, 1 h 19 avec le générique de fin, s’essouffle assez vite, un peu comme si le scénario ne trouvait plus d’issue en dehors du tournoi lui-même. Il est d’ailleurs assez significatif que les extérieurs de Budapest ne soient pas plus utilisés.

    Le tournoi, Elodie Namer, 2015 

     

    Le tournoi réunit un grand nombre d’amateurs 

    Le film étant centré sur le personnage de Cal, c’est donc l’acteur Michelangelo Passanti qui va avoir la lourde charge de porter le film sur ses épaules. Comme il joue un personnage assez taciturne, ça passe presque, mais enfin on remarque assez vite que ses expressions sont assez limitées : il joue beaucoup du sourcil et de temps en temps il sourit d’une manière un peu niaise. Il n’est pas certain qu’il fera carrière dans ce metier. Lou de Laâge est Lou bien entendu. Elle a un peu plus de métier, mais les dialogues sont assez insipides – ça parle jeune quoi – et donc mettent difficilement en valeur les talents de la comédienne. Peut-être le plus étonnant, le plus convaincant est finalement le jeune Adam Corbier qui interprète le prodige hongrois Max. il a une grande facilité à mettre en avant l’insouciance et l’arrogance du personnage qu’il incarne.

    Parmi les astuces qu’a utilisées la réalisatrice, il y a celle de faire interpréter un membre de l’équipe de France par un vrai joueur d’échecs le grand maître Fabien Libiszewski qui s’en tire plutôt bien, compte tenu qu’il n’est pas un comédien de profession.  

    Le tournoi, Elodie Namer, 2015

     

    Lou, la fiancée de Cal est aussi une très forte joueuse 

    Au total le film qui est aussi le premier film d’Elodie Namer, n’est pas très réussi, mais grâce à une bonne maîtrise technique il y a quelques bons moments, plus sans doute pour les amateurs du noble jeu que pour le commun des spectateurs. Dans les jours qui viennent on devrait avoir un autre film sur le jeu d’échecs, Le prodige, une grosse production américaine qui se base sur le match très médiatisé entre Bobby Fischer et Boris Spassky. On peut craindre le pire, non seulement parce que les acteurs ne sont que des caricatures des vrais joueurs, mais parce qu’il semble que le film se centre sur l’affrontement entre les Etats-Unis et l’URSS. Nous verrons bien. 

    Le tournoi, Elodie Namer, 2015

     

    Cal est obsédé par le jeune prodige Max 

    Le tournoi, Elodie Namer, 2015

     

    Au terme d’une partie épique Cal laissera la victoire à Max

    Le tournoi, Elodie Namer, 2015

     

     

    Le film d’Edward Zwick sort le 16 septembre 2015 

    « La dernière minute, Count the hours, Don Siegel, 1953San-Antonio, Ça tourne au vinaigre, Fleuve Noir, 1956 »
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