• Le traître, Decision before dawn, Anatole Litvak, 1951

     

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    Un très bon film du trop sous-estimé Anatole Litvak. La guerre est en train de se terminer, mais les Allemands refusent de cesser les combats et se proposent de mener une contre-offensive. Les Américains veulent accélérer les choses et vont se servir d’Allemands pour repérer les positions adverses et prévenir toute attaque ruineuse sur le plan humain. Ils vont donc embaucher deux espions allemands : l’un fait cela par intérêt personnel, plutôt cynique, et l’autre par idéal car il se rend compte que le régime hitlérien à mener son pays à la ruine. Toutefois les Américains se méfient de lui. Cependant, il mènera sa mission à bien.

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    L’histoire en elle-même n’est pas très intéressante, mais ce qui importe ici c’est le traitement, le parcours dans une Allemagne en ruine, ravagée par la guerre. Tourné dans des décors réels, le film est parfois proche du documentaire. Il n’y a rien de glorieux dans l’étalage de cette misère, de la boue et des larmes. Il fait froid, la faim est omniprésente. 

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    Les Américains ne sont pas plus des héros, ce sont juste des soldats qui languissent que la guerre se termine, mais ils ont tout de même le sentiment de travailler pour une bonne cause.

    C’est un film sombre dominé par le jeu mélancolique d’Oskar Werner incarnant le jeune Karl Maurer qui a pitié de cette Allemagne qui a sombré pour avoir écouté les sirènes nazies. Par le ton, ce film est à rapprocher d’un autre excellent film de Litvak, Un acte d’amour qu’il tournera en 1953 avec Kirk Douglas. Mais il s’inscrit aussi par son réalisme dans la lignée des films de guerre de Samuel Fuller, par exemple Verboten !, qui viendra un petit peu plus tard.

    Litvak utilise des décalages intéressants, comme par exemple cette séquence assez bizarre où l’on voit des Allemands tenter de s’amuser, en dépit des consignes données par l’administration. Ils chantent, dansent, boivent. Des femmes donnent un sketch complètement surréaliste avec une jeune femme qui a été amputée d’une jambe. 

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    Le film donne dans la nuance, ainsi, ainsi ce très jeune adolescent nazi qui hésitera mais ne trahira pas le soldat américain qui se cache pour éviter les soldats allemands. Ce n’est donc pas à proprement parler un film de guerre, mais plutôt un film noir, une tragédie, construite comme une succession de portraits.

    On retiendra aussi l’assassinat d’un soldat allemand par d’autres soldats allemands qui ont encore la nostalgie du régime hitlérien qui s’effondre, mais que leur situation de prisonniers réduit au rang de bêtes.

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    L’autre originalité est que la guerre et ses conséquences, sont vues du point de vue d’un Allemand. D’ailleurs les Américains, Richard Basehart en tête se contentent de seconds rôles. Les visages qui marquent sont ceux d’Oskar Werner, on l’a déjà dit, mais aussi d’Hildegarde Knef. Celle-ci incarne une prostituée qui n’en a pas vraiment la vocation mais que les circonstances ont entraînée dans une situation dont elle ne peut sortir. Pour toutes ces âmes en perdition, l’amour est une impossibilité.

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    Sur le plan technique il n’y a pas grand-chose à redire, la profondeur de champ est parfaitement utilisée dans les scènes de foule et de mouvement, donnant de l’ampleur aux ruines que Karl traverse. De nombreuses scènes à l’intérieur des maisons, ou de ce qu’il en reste, rendent compte de cette absence de lumière, de ce manque d’air et d’espace, accentuant cette idée de fin du monde et de désastre. Sûrement un des meilleurs films de LItvak dont la carrière fut tout de même inégale.

     

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