• Le tueur de Boston, The strangler, Burt Topper, 1964

     Le tueur de Boston, The strangler, Burt Topper, 1964

    Les films d’étrangleur sont très nombreux, c’est presqu’un genre à part, et le plus souvent ils s’appuient sur des faits divers authentiques. Il y avait eu dans les années quarante, le film de William Wellman, Lady of burlesque qui ajoutait au thème de la strangulation le monde du spectacle, comme dans Hangover square. Le thème de la strangulation renvoie souvent à la perversité du monde moderne, soit la trop grande licence des mœurs, la liberté des femmes, soit le monde de la consommation. Il va toujours y avoir une idée du puritanisme excessif à l’origine de ces crimes. Au début des années soixante, un tueur en série sévissait à Boston, étranglant une série de jeunes femmes, mais aussi de femmes moins jeunes. En deux ans, il tuera 13 femmes, entre 1962 et 1964. Cette affaire a fait beaucoup de bruit, puis la police arrêtera un homme Albert De Salvo. Il sera condamné à la prison à vie, s’évadera, puis sera repris et assassiné en prison. The strangler de Burt Topper n’a que des liens ténus avec cette affaire criminelle, sans doute parce que le scénario a été écrit avant que l’affaire ne soit résolue. C’est le film de Richard Fleischer, The Boston strangler, qui sera véritablement inspiré des meurtres d’Albert de Salvo. Ce film est assez étrange parce que tourné en 1964 et qu’il ressemble à une sorte de film de série B fait avec des moyens étriqués. Mais surtout il est le seul film je crois qui a pour vedette l’incroyable Victor Buono, un habitué des rôles de tordus, un homme grand et obèse, homosexuel et qui décédera d’une crise cardiaque à l’âge de 44 ans. Il obtiendra plusieurs nomination pour son interprétation de Flagg dans What Ever Happened to Baby Jane? D’Aldrich qui le réemploiera à nouveau dans Hush… Hush, sweet Charlotte. Burt Topper lui n’est connu pour presque rien, sauf pour un petit film qui date de 1969, The devil’s 8, qui est une sorte de Dirty dozen qui chasse la mafia désignée comme l’ennemi de l’intérieur.

     Le tueur de Boston, The strangler, Burt Topper, 1964 

    Le lieutenant Benson et l’inspecteur Posner sont désarmé dans leur enquête 

    Leo Kroll est un employé de laboratoire qui assassine des jeunes femmes qu’il a croisé dans l’univers médical où il travaille. C’est un personnage très frustré qui vit tout seul, sous la coupe de sa vieille mère acariâtre et handicapée. L’enquête est dirigée par le lieutenant Benson, mais elle n’avance pas. Il interrogera Kroll une première fois, mais sans le soupçonner véritablement. Cependant celui-ci supporte de moins en moins sa mère. Il va étrangler son infirmière, puis il va provoquer une crise cardiaque pour sa mère en lui dévoilant que son infirmière préférée, Clara, est morte. Il pense être amoureux d’une jeune femme, Tally, qui tient un stand de jeu où il gagne très souvent au jeu de l’anneau des poupées qu’il collectionne. La police finit par le soupçonner, il passe au détecteur de mensonge, mais cela ne donne rien. Il faut le relâcher. Il va tuer la compagne de Tally, Barbara, puis il va finir par déclarer sa flamme à Tally, en lui proposant le mariage et en lui offrant une bague de sa mère. Mais celle-ci lui dit qu’elle ne ressent rien pour lui. Leo se fâche, Tally a peur, et finalement la police comprend que cet homme est peut-être le tueur. Tally les aide à en dresser le portrait-robot. La police comprend alors qu’elle est en danger. Et à son insu, Benson décide de la surveiller. Tally a tellement peur qu’elle décide de faire ses valises et partir au loin. Mais c’est trop tard, Leo est là. Heureusement la police arrivera à temps et l’abattra alors qu’il est en train d’étrangler Tally.

     Le tueur de Boston, The strangler, Burt Topper, 1964 

    Leo Kroll s’occupe de sa mère handicapée et tyrannique 

    Le scénario est dû à Bill Ballinger un solide auteur de romans noirs qui travailla aussi pour la télévision notamment sur la série Mike Hammer et pour Alfred Hitchcock presents. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages d’espionnage. Le sujet est donc le portrait psychologique d’un serial killer. Il s’agit moins de le poursuivre et de l’arrêter, que de comprendre comment et pourquoi il est devenu une sorte de monstre. Dans l’opposition avec sa mère, se trouve les racines de son mal. Il tue des femmes parce qu’il les déteste et les craint, parce qu’elles sont comme un reflet déformé de ce qu’est sa mère. S’il tue, c’est donc pour se libérer de ses chaînes. Dans ses rapports au sexe et à la figure maternelle, mais aussi en insistant sur le fétichisme de Leo, le film se rapproche de Psycho. Le portrait de ce solitaire, manifestement malade, est aussi à rapprocher des deux films de John Brahm, The lodger, mais aussi Hangover square pour la manière dont Leo ressent douloureusement le refus de Tally[1]. D’ailleurs dans sa démarche, comme dans sa silhouette massive et empruntée, Victor Buono fait penser à Laird Craigar qui lui aussi décédera très jeune. Le côté étrange de l’histoire est renforcé par le fait qu’elle se passe dans le milieu médical, comme si celui-ci amenait nécessairement des comportements déviants.

    Le tueur de Boston, The strangler, Burt Topper, 1964 

    Leo a le béguin pour Tally 

    Le film est évidemment limité dans ses ambitions par le budget étriqué qui lui a été accordé. Il semble que le poste principal ait été le cachet de Victor Buono. Néanmoins, Burt Topper s’en tire plutôt bien. Le rythme est très bon. Et les scènes de meurtre sont filmées avec beaucoup de précision, opposant la masse de Leo à la fragilité de ses victimes. Sans doute les passages les plus intéressants sont lorsque Leo se retrouve au sein de cette sorte de fête foraine, au milieu des barraques à sou où il vient s’exercer au jeu de l’anneau. Il apparait comme gênant, déplacé, une sorte d’éléphant dans un magasin de porcelaine. Ce lieu, avec ses lumières et sa musique tapageuse représente la modernité de l’époque par opposition au côté vieillot de Leo qui ne vie que comme le prolongement malheureux de sa propre mère. Il n’y a pas vraiment d’innovation à attendre de Topper en ce qui concerne la mise en scène, mais il maitrise suffisamment les codes du film noir pour donner du style à son film, comme dans les scènes d’interrogatoire de Leo, ou le parcours des couloirs de l’hôpital. Dans les scènes qui décrivent le travail de laboratoire de Leo, on remarque aussi une belle profondeur de champ. L’utilisation des points lumineux, mais aussi des plans obliques au moment des strangulations fatales est parfaitement maîtrisée. 

    Le tueur de Boston, The strangler, Burt Topper, 1964 

    La police soupçonne Leo Kroll, mais il passera le test du détecteur de mensonge avec succès

    L’interprétation c’est d’abord Victor Buono. C’est un acteur extraordinaire, qui sait parfaitement jouer de son physique pachydermique. Rien que pour les nuances qu’il apporte à son personnage, entre colère et désespoir, il faut voir ce film. On a évoqué Laird Cregar, mais on aurait pu aussi bien avancer les noms de Sydney Greenstreet ou de Raymond Burr. Il est dans la lignée de ses gros dont l’apparente placidité s’avère tout de suite menaçante pour qui les fréquente. Il s’est murmuré que la direction de Victor Buono n’a pas été facile pour Topper. Le capricieux acteur avait des difficultés à se retrouver face à des jeunes femmes à moitié dénudées. Ce qui explique peut-être le caractère elliptique des scènes de strangulation. Les autres acteurs sont plutôt bien, mais ils ont sans doute été choisis pour leur physique passe-partout et apparaissent comme neutres, des personnages ordinaires de la vie quotidienne. Les jeunes femmes ne sont pas particulièrement sexy, c’est plus leur métier qui motive Leo que leur plastique. 

     Le tueur de Boston, The strangler, Burt Topper, 1964 

    Tally aide la police à dresser le portrait-robot de celui qui l’a menacée 

    Le film vaut donc le détour. C’est le genre de production qu’on aurait complètement oublié sans les facilités de la numérisation. Le DVD qui circule de ce film a été gravé à partir d’une copie du film assez misérable, pleine de rayures et de tâches.

    Le tueur de Boston, The strangler, Burt Topper, 1964 

    Leo veut étrangler Tally

     

     


    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/jack-l-eventreur-the-lodger-john-brahm-1944-a130505830 et http://alexandreclement.eklablog.com/hangover-square-john-brahm-1945-a130513170

    « Mort à l’arrivée, D.O.A, Rudolph Maté, 1950A cry in the night, Frank Tuttle, 1956 »
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