• Le voyage de la peur, The hitch-hicker, Ida Lupino, 1953

    Le voyage de la peur, The hitch-hicker, Ida Lupino, 1953 

    Ida Lupino est une icône du film noir. Certes en tant qu’actrice elle n’a pas fait que des films noirs, mais ce sont ceux-là qui restent accrochés à nos mémoires. Elle a en outre la qualité rare, surtout à son époque, d’être une réalisatrice reconnue. Elle ne se contentait pas seulement d’être une actrice de talent, ou même une réalisatrice reconnue, il lui arrivait aussi d’écrire le scénario, comme par exemple sur le très bon film de Don Siegel, Private Hell 36.

    Très souvent cependant, ses films souffrent d’avoir des petits budgets, des vedettes peu attractives, ce qui l’empêche d’atteindre des scores importants. Pour ma part, je pense que ce manque de moyens évident n’est pas du tout un handicap pour elle, elle trouve des solutions toujours très intéressantes.

    On aurait tort de passer rapidement sur la carrière de réalisatrice d’Ida Lupino, ses films contiennent toujours de belles qualités. The hitch-hicker est sans doute son film le plus connu. C’est le premier film noir mettant en scène les hasards d’une rencontre douteuse sur le bord de la route. Il inaugure ce qui va devenir un sous-genre du film noir, le film d’auto-stop. La force de ce film est de mettre des gens ordinaires face à une situation inattendue et terrifiante. C’est pourquoi souvent les films noirs fondés sur un autostoppeur qui apporte le malheur sur le bord de la route, virent parfois à l’horreur.

     Le voyage de la peur, The hitch-hicker, Ida Lupino, 1953 

    Emmett Myers s’est évadé et traverse la Californie pour aller au Mexique 

    Emmett Myers est un tueur qui s’est évadé. Il va essayer en faisant de l’autostop, de se cacher au Mexique pour embarquer vers des destinations où il n’est pas connu. En chemin il assassine plusieurs personnes qu’en même temps il dévalise. Il va finir par tomber sur un couple de vieux copains qui sont partis au prétexte de faire une partie de pêche pour faire une virée au Mexique. Ils rêvent de s’amuser, de prendre du bon temps en oubliant leur famille et leurs soucis quotidiens. Ils ont le malheur de prendre Myers en stop et ainsi ils deviennent leurs otages. Tandis qu’ils prennent des chemins détournés pour éviter les barrages, les polices mexicaine et américaine sont à leur recherche. Leur voiture ayant rendu l’âme ils vont faire le reste du chemin à pied pour rejoindre un petit port d’où Myers veut embarquer. Mais Myers sera finalement arrêté et tout rentrera dans l’ordre.

     Le voyage de la peur, The hitch-hicker, Ida Lupino, 1953 

    Collins et Bowen sont pris en otages par Myers 

    Le scénario s’est inspiré d’une histoire vraie, celle du tueur Billy Cook. Mais ce n’est pas le plus important parce qu’aux Etats-Unis la galerie des tueurs en série est tellement longue qu’on n’a que l’embarras du choix pour y trouver son inspiration. On dit aussi que Daniel Mainwaring – connu aussi sous le nom de Geoffrey Homes, auteur d’Out of the past – serait le véritable auteur de ce scénario, mais qu’il n’aurait pas été crédité au générique parce qu’il était blacklisté. Si cela n’est pas tout à fait certain, il est assez cocasse de voir qu’un des principaux protagonistes est incarné par Franck Lovejoy qui tourna dans le très douteux film de Gordon Douglas, I was a communist for the FBI, un des rares films anticommunistes de la période de la chasse aux sorcières qui eut un peu de succès.

    C’est un film noir à petit budget tourné pour la RKO ce qui semble expliquer qu’une grande partie du film se passe au Mexique avec des acteurs mexicains. Cette firme avait pris l’habitude de délocaliser ses productions au Mexique pour des raisons budgétaires, mais en même temps cela permettait de mettre en valeur un exotisme à la portée des Américains. Il dure à peine 70 minutes. Il réussit cependant à faire évoluer l’histoire et les personnages suffisamment pour faire oublier les répétitions presque inévitables des scènes de cruauté ou des ennuis qui guettent le trio tout au long de leur périple.

    Le voyage de la peur, The hitch-hicker, Ida Lupino, 1953  

    Le sadique Myers oblige Bowen à tirer sur une canette que tient Collins 

    La distribution repose sur un trio d’acteurs de qualité. D’abord il faut saluer la performance de William Talman dans le rôle du tueur cruel et un peu fou. Il est bien aidé il est vrai par son physique qui lui a fait endossé très souvent des rôles de mauvais sujets. C’est un habitué des films noirs de cette époque, plutôt cantonné aux seconds rôles. Il fera ensuite carrière à la télévision. Il manifeste une cruauté ordinaire en tourmentant ses deux prisonniers, son visage manifeste plusieurs fois une sorte de jouissance. Mais il est aussi très bon quand il exprime la peur lorsqu’il est finalement coincé par la police.  Et puis il y a ce couple interprété par Edmond O’Brien et Frank Lovejoy. Ce sont des Américains un rien ordinaires, au physique passe partout. Les deux acteurs sont très bons. Edmond O’Brien est lui aussi un pilier du film noir. Ils représentent bien une forme de lâcheté ordinaire qui les empêche d’agir et de se libérer de leur tourmenteur. C’est donc une interprétation à trois, une sorte de huis clos qui est bien représenté aussi bien par l’enfermement dans l’automobile que par l’isolement dans le désert de tous les dangers. Le reste de la distribution est faite surtout d’acteurs mexicains. Curieusement il n’y a pas de femme dans ce film pourtant réalisé par une femme. On ne verra même pas les femmes de Collins et Bowen. A peine une Mexicaine qui accompagne son mari dans une automobile, mais elle ne dit rien.

     Le voyage de la peur, The hitch-hicker, Ida Lupino, 1953 

    Myers les menace tout le long du voyage 

    Evidemment il y a quelques absurdités dans le scénario, par exemple on ne comprend pas pourquoi Myers ne se débarrasse pas plus tôt de ses deux otages qui, une fois la voiture liquidée, ne lui servent à rien. Mais cette insuffisance est assez vite oubliée par la vigueur de la réalisation. Ida Lupino n’est pas seulement une femme réalisatrice, elle a un talent certain. Témoin, ces scènes en plan large qu’elle sait intercaler avec des plans moyens ou rapprochés pour donner de la profondeur à  son histoire. Ou encore cette facilité à déplacer la caméra pour suivre l’action dans la très belle scène finale qui se passe de nuit avec des ombres qui se déplacent le long des quais. La photo est du grand Nicholas Musuraca qui est sans doute un des piliers de la photographie du film noir. On lui doit entre autres la photographie d’Out of the past. Ce qui n’est pas rien ou de Cat people.

     Le voyage de la peur, The hitch-hicker, Ida Lupino, 1953 

    Les polices mexicaine et étasunienne coopèrent pour retrouver le trio 

    Malgré les années qui passent, The hitch-hicker est un film incontournable, à la fois dans ce qu’il inaugure un sous-genre de films noirs, le film d’autostop, sous genre propice à l’expression de l’ambiguïté jusqu’à la paranoïa, mais aussi par ses qualités formelles et la rigueur de son approche. Mais il rappelle aussi qu’Ida Lupino n’était pas une réalisatrice d’occasion.

     Le voyage de la peur, The hitch-hicker, Ida Lupino, 1953 

    Sous la menace Bowen et Collins volent de l’essence

     Le voyage de la peur, The hitch-hicker, Ida Lupino, 1953 

    La fin du voyage se fera à pied

     Le voyage de la peur, The hitch-hicker, Ida Lupino, 1953 

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  • Commentaires

    1
    Samedi 1er Juillet à 06:29

    grand article. merci pour cela.

    2
    Vendredi 14 Juillet à 11:20

    horrible.

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