• Les flics ne dorment pas la nuit, The new centurions, Richard Fleischer, 1973

     Les flics ne dorment pas la nuit, The new centurions, Richard Fleischer, 1973

    C’est adapté du premier roman de Joseph Wambaugh, paru aux Etats-Unis en 1971 et qui fut un best-seller, on dit qu’il se serait vendu à plus de sept millions d’exemplaires. Wambaugh était un flic du LAPD, sa carrière dans la police ne fut pas très longue, mais il s’en servit fort bien pour alimenter ses œuvres de fiction. The new  centurions est sans doute le roman qui est le plus proche de son expérience personnelle de policier, il l’aurait écrit alors qu’il était en encore membre du LAPD. On y trouvera des thèmes qui vont devenir récurrent par la suite dans son œuvre : l’interrogation permanente de flics ordinaires sur leur mission difficile quand ils sont confrontés au pourrissement continu de cette ville tentaculaire, l’amitié entre les flics, les clans qui se forment dans cette étrange profession, les problèmes avec la hiérarchie, et aussi l’humour très singulier qu’ils pratiquent et qui les aident à vivre. Le métier n’est pas facile, mais la plupart des flics du LAPD aiment pourtant faire la rue. 

    Les flics ne dorment pas la nuit, The new centurions, Richard Fleischer, 1973

    Roy intègre le LAPD et va être en quelque sorte formé par Andy, un vieux routier qui doit partir dans quelques mois à la retraite. Rapidement une amitié se noue entre les deux hommes, et peu à peu le métier de policier va prendre Roy. Si au début sa femme semble le soutenir dans son nouvel emploi, elle va rapidement s’aigrir de ne plus l’avoir à sa disposition. Les choses empirent quand lorsqu’Andy et Roy ont repéré des braqueurs. Roy va prendre une décharge de fusil dans le ventre et se retrouver à l’hôpital. Pendant quelques semaines il se fait soigner, mais bientôt il reprend son travail dans la rue. Les relations avec sa femme se tendent et celle-ci finit par le quitter, comme  la femme d’Andy l’avait quitté. Roy est amer, mais Andy va partir à la retraite : tout le monde le regrette. Mais il ne supporte pas cette mise à l’écart et se suicide. La mort d’Andy et ses déboires familiaux entraînent de plus en plus Roy sur la pente de l’alcoolisme. Pourtant, alors qu’il doit constater le cambriolage chez Lorrie, il va retrouver le goût de vivre. Celle-ci est en effet une des infirmières qui l’avait soigné lorsqu’il avait été durement blessé. Mais au départ elle ne tient pas à avoir une relation avec lui. Cependant, alors qu’il s’est laissé entraîné imprudement dans une arrestation dangereuse, il va se tourner vers elle. Ils vont avoir une relation apaisée et peu à peu il va se détacher de son métier si prenant. Mais à la suite d’une opération de police ordinaire, Roy va être mortellement blessé, alors qu’il faisait des projets de remariage. 

    Les flics ne dorment pas la nuit, The new centurions, Richard Fleischer, 1973 

    Une vieille femme dénonce un voleur à la chemise rouge 

    L’ouvrage de Wambaugh est plus choral que le film, mais plus touffu aussi. C’est un gros volume qu’il fallait élaguer pour le porter à l’écran. Il aurait pu donc être à l’origine d’une série télévisée. Il fallait pour le grand écran faire de choix et réorganiser le récit autour d’un moins grand nombre de personnages. Mais l’esprit demeure. Cette histoire est émaillée de la vie turbulente au quotidien des policiers du LAPD qui affrontent toutes les turpitudes de la ville, mais aussi leurs propres démons. Parfois drôle, souvent dramatique, la vie ordinaire des policiers n’est pas de tout repos.  Elle est ici saisie de manière quasi documentaire à travers des petites scènes qui rythment la transformation des caractères de Roy et Andy. Cependant, le film est porteur d’une sorte de philosophie particulière. The new centurions renvoie aux centurions de l’Empire Romain qui tentaient de protéger l’intégrité de la civilisation, du moins d’en retarder l’effondrement. Los Angeles est en quelque sorte la pointe avancée de l’Occident, et c’est là que se manifeste la barbarie ordinaire qui mine et détruit ce que les hommes tentent de construire. Mais le message n’est pas réactionnaire, en ce sens que la délinquance qui s’étend et corrompt les quartiers est le résultat de la pauvreté et de l’abandon des populations par les édiles de la ville. Le film montre par exemple de l’empathie pour ces misérables prostituées qu’Andy comprend si bien et refuse de harceler trop. Ou encore on verra un marchand de sommeil qui abuse de sa position dominante face à des immigrés mexicains qui sont en situation irrégulière, ce qui mettre Andy dans une colère noire. Les policiers sont des sortes de prolétaires eux-mêmes et tentent de faire le travail le plus souvent – malgré les bavures – avec intelligence et humanité. 

    Les flics ne dorment pas la nuit, The new centurions, Richard Fleischer, 1973 

    Ils ramassent des prostituées 

    Filmé en Panavision, en utilisant des décors bien réels et bien tourmentés, c’est un film qu’on pourrait dire semi documentaire. On ne verra pratiquement rien de Los Angeles côté riches. Bien qu’il y ait des scènes d’action assez nombreuses, Richard Fleischer évite volontairement le côté spectaculaire ou héroïque de l’action de la police. Ce gommage est accentué par le fait que la photo ne cherche pas à briller, à lisser les visages ou à contraster trop fortement les couleurs pour leur donner un côté glamour. Au contraire le côté terne des lieux traversés et des visages fatigués est rendu au plus près dans une sorte de néo-réalisme revisité. C’est filmé au ras de la vie ordinaire, des magasins qui tombent en morceaux, des routes défoncées, des appartements pauvres et mal meublés. Tous les personnages qu’on voit à l’écran ont la vie dure : que ce soit les flics, les petits délinquants ou encore la femme de Roy, une petite secrétaire, et Lorrie qui est infirmière. Même au LAPD il y a une hiérarchie des services et les Mœurs sont plutôt déconsidérées qui qui se livrent à des besognes peu passionnantes, voire ridicules quand il s’agit de traquer les homosexuels. 

    Les flics ne dorment pas la nuit, The new centurions, Richard Fleischer, 1973 

    Gus cherche un agresseur armé 

    L’interprétation est excellente. On retrouve George C. Scott dans le rôle du flic vieillissant et solitaire. Stacy Keach est Roy. C’est un excellent acteur au physique étrange sans doute à cause de son bec de lièvre. Dans le début des années soixante-dix qui furent de très grandes années pour le cinéma américain il enchainait les très bons rôles : La ballade du bourreau, le superbe Fat city qui est sans doute un des meilleurs films de John Huston, ou encore Juge et hors la loi. Les femmes aussi sont très bien que ce soit Jane Alexander dans le rôle de Dorothy ou Rosalind Cash dans le rôle de Lorrie. Evidemment les flics sont particulièrement bien choisis pour leur physique désabusé et usé sans doute par tout ce qu’ils ont pu rencontrer comme échantillon la misère humaine. 

    Les flics ne dorment pas la nuit, The new centurions, Richard Fleischer, 1973 

    Andy et Roy arrêtent un petit délinquant qui a grillé un feu rouge 

    C’était il y a 44 ans. Le pessimisme de ce film pouvait encore surprendre. Il annonçait le déclin de l’Amérique après la bouffée d’euphorie de la fin des années soixante, et depuis rien ne l’a démenti, bien au contraire ce déclin s’est approfondi. Le film a été jugé très violent à sa sortie, mais c’est l’ordinaire du LAPD. Depuis on nous a habitué à bien pire : le trafic de drogue s’est amplifié, et les gangs latinos ne se battent plus à coups de batte de base ball, mais directement à l’arme automatique. Le film avait connu un petit succès aux Etats-Unis, mais en France il était quasiment passé inaperçu. C’est qu’à cette époque on préférait les films romantiques sur les voyous plutôt que les films réalistes sur les misères de la vie policière. Il faut dire qu’en France nous étions encore un peu épargnés par la montée en puissance de la violence. Au fil des ans The new centurions apparaît comme un jalon important du néo-noir, on a revu sa réputation à la hausse, mais on a aussi réévalué la carrière de Richard Fleischer qui était considéré plutôt comme un réalisateur commercial sans caractère. Notez que ce film a son pendant en Italie avec les poliziotteschi qui ont commencé à la même époque à filmer la vie des policiers ordinaires en l’insérant dans un contexte social singulier, encore qu’en Italie on torde un peu plus les réalisations vers le côté spectaculaire de l’action. 

    Les flics ne dorment pas la nuit, The new centurions, Richard Fleischer, 1973 

    Sur le parking les flics traquent de dangereux malfaiteurs 

    Les flics ne dorment pas la nuit, The new centurions, Richard Fleischer, 1973 

    Roy semble s’apaiser avec Lorrie

    « La veuve noire, Black widow, Bob Rafelson, 1987Tueurs de flics, The Onion Field, Harold Becker, 1980 »
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