• Les incorruptibles contre Al Capone, The scarface mob, Phil Karlson, 1959

     

     

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    C’est de l’increvable histoire d’Al Capone dont il s’agit ici et du rôle d’Eliot Ness dans la chute de celui-ci. Quoiqu’elle s’inspire de personnages ayant existé, il n’y a aucun rapport entre ce film et la réalité des faits.

    Tourné pour la télévision ce film fut à l’origine de la série télévisée des Incorruptibles. Face à la corruption endémique de la police de Chicago, le FBI recrute une poignée d’incorruptibles qui sera dirigée par Eliot Ness. Dès lors la bataille contre la mafia peut être engagée. Elle est menée à l’aide de pratiques très douteuses de la bande à Eliot Ness qui n’hésite pas à pratiquer le chantage, le mensonge, la destruction des biens d’autrui, utilisant des personnages plus ou moins douteux dont il met la vie en danger. Bien sûr la police aura le dernier mot et Capone sera condamné à 11 ans de prison et terminera sa vie rongée par la syphilis.

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    Tout cela est bien connu, rappelé par le remake récent et insipide de Brian de Palma, Les incorruptibles en 1987, film qui connu un très gros succès public. La différence entre le film de Karlson et de De Palma ne tient pas au scénario, c’est presque le même. Elle réside dans la manière de filmer. Le film de Karlson est un vrai film noir, tandis que celui de De Palma est une sorte de conte de fées complètement aseptisé – mais De Palma est coutumier du fait puisqu’il fit de même avec Scarface. Karlson au contraire filme l’ambiguité : l’obstination de Ness apparait très louche dans ses déterminations. Et cela est tout à fait bien porté par l’aspect impavide du jeu de Robert Stack. Il ne présente guère d’émotion, sauf quand Fuselli se fait tuer à sa place, mais alors on ne sait ce qu’il pleure, son ami, ou sa peur d’être tué lui aussi. Cette ambiguité de la lutte contre le trafic d’alcool disparaîtra dans la série télévisée qui suivra, mais ici elle est manifestée par les consommations d’alcool de Ness lui-même. On la retrouve aussi à la fin quand le supérieur de Ness transige avec les avocats de Capone pour obtenir une sentence très légère par rapport à la saga criminelle du balafré. D’ailleurs la voix off nous dit bien que cette lutte contre le crime est loin d’être gagnée car après Capone viendront d’autres gangsters encore plus terrible qui nous le ferons presque regretter !

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    Mais tout cela ressort de la finesse du scénario à laquelle nous devons ajouter la manière de filmer. La violence rentrée de Ness est patente, on se rend bien compte qu’il a un problème avec sa mission et la façon de la mener. Il a beaucoup de mal à rester dans les clous de la morale ordinaire. Il frappe les témoins, menace, prend du plaisir à détruire les brasseries clandestines. Seule sa femme ne semble pas se rendre compte que son mari a un réel problème psychologique. Phil Karlson a une grande capacité à filmer la violence en acte.

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    Au-delà du portrait de Ness, on retrouve la patte de Karlson dans sa façon de filmer les coins de rue la nuit, les crises de folie de Capone. La scène où les hommes de Capone oscillent entre rire et crainte, ne sachant trop l’attitude qu’ils doivent prendre, est très intéressante. Certes Neville Brand n’est pas trop taillé pour jouer Capone. Ce ne sont pas ses qualités d’acteur qui sont en cause, mais plutôt son physique, il est assez grand, blond, il a la peau claire, soit l’exact inverse du vrai Capone.

    Le film se donne un ton semi-documentaire, comme c'est souvent le cas chez Karlson, avec une voix off qui explicite le propos de la caméra. Mais les scènes de destruction de brasserie, la sauvagerie des affrontements qui tournent à peu près à la guerre civile relève du grand cinéma, même si à l’évidence le film souffre d’un budget assez maigre.

    Terminons sur le reste du casting. Il est excellent, Karlson utilise au mieux les trognes des tueurs mafieux, ombrageux, tendus, il choisit aussi des femmes assez étonnates, que ce soit la strip-teaseuse Barbara ou la fiancée un peu cruche de Ness.

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    Souvent considéré comme un vulgaire tacheron, Karlson a été un très bon metteur en scène de films noirs. Il m’apparait comme un réalisateur incontournable du genre, même s’il n’est pas l’un des plus grands. La preuve, The scarface mob, qui malgré le côté déjà-vu de l’intrigue soutient notre attention.

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