• Les salauds vont en enfer, Robert Hossein, 1956

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    L’histoire est simple deux prisonniers vont s’évader ensemble de prison, chacun soupçonnant l’autre d’être un « mouton ». Leur fuite les amène sur une plage à peu près déserte où il trouve refuge dans une maison isolée où vivent un peintre et sa compagne. Ils abattent le peintre, et se retrouvent tous les deux seuls avec la jeune femme. Mais celle-ci ne leur pardonne pas d’avoir tué son amant, et finira par se venger, d’abord en les amenant à se battre pour elle, ensuite en les menant à la mort.  

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    C’est le premier film de Robert Hossein comme réalisateur et ce fut un succès public. Pour se lancer dans ce nouveau métier, il choisit le film noir et  de le faire en famille si on peut dire. Comme véhicule il choisira une pièce de théâtre de son ami Frédéric Dard qui connut un grand succès. Un roman sera tiré l’année suivante par Frédéric Dard de cette histoire. En fait il avait déjà écrit plusieurs nouvelles sur le même thème, et l’idée sera reprise dans Fais gaffe à tes os, sous le nom de San-Antonio. On en retrouve des traces dans Dernière mission ouvrage paru en 1950 au Fleuve noir et publié sous le nom de Frédéric Charles.

    Mais le film, même s’il conserve l’idée d’une amitié trouble entre deux ennemis, est assez différent du roman, qui n’est que la pièce novellisée. A mon sens les différences sont surtout l’apport de Robert Hossein. En effet, il abandonne l’idée d’expliquer la rencontre entre les deux protagonistes, alors que dans la pièce initiale il s’agissait d’une vague histoire d’espionnage, se passant de surcroit en Amérique, l’un des deux hommes agissant en service commandé pour faire parler un espion. L’autre différence tient au rôle de la femme qui dans l’histoire initiale était elle-même une espionne. Du coup le scénario devient plus simple. 

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    L’animosité, voire la haine règne entre les deux prisonniers 

    Beaucoup d’autres points démarquent le film de l’histoire initiale où, en effet, l’héroïne habite dans une maison riche, elle est elle-même une personne appartenant à la haute bourgeoisie et son mari est très riche. Ici elle est l’amante d’un artiste perdu au milieu de la nature sauvage de la Camargue. C’est à mon sens une amélioration par rapport à la pièce de Frédéric Dard.

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    Le caïd de la prison exerce une louche violence 

    Dans le traitement du film, Hossein donne une plus grande importance à la prison, avec parfois des accents qui rappellent Jean Genêt dont il avait interprété Haute surveillance en 1949, par exemple la scène où le frêle Jacques Duby est forcé de faire un strip-tease. Il y a également quelque chose de sadique dans la confrontation entre Henri Vidal et Robert Hossein, lorsque celui-ci l’oblige à s’agenouiller dans une position inconfortable sur des cailloux au milieu des autres détenus.

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    Eva doit se consoler de la mort de son amant 

    Le film était audacieux pour l’époque et une partie de son succès vient évidemment de Marina Vlady en sauvageonne. Au milieu de la nature sauvage de la Camargue, elle semble venir, telle Aphrodite, de la mer. Bien qu’elle n’apparaisse qu’après le milieu du film, c’est son nom qui a permis le montage financier. La mise en scène de Robert Hossein, supervisée par le trop méconnu Georges Lampin, recèle de nombreuses trouvailles, notamment les éclairages sombres sur la plage. Les scènes de prison semblent aussi être inspirées par les films noirs comme Brute Force de Dassin pour leur violence. Mais il y a aussi cette manière de filmer des paysages désolés ou cette maison pauvre et isolée qu’on retrouvera plus tard dans d’autres films d’Hossein. Une partie de son succès provient des décors, la prison, mais surtout la cabane, car c’est dans la cabane que va se déployer le drame. Hossein reprendra ce thème de la cabane dans La nuit des espions, toujours avec marina Vlady, et encore plus tardivement dans Point de chute. Cette cabane justement a été construite avec soin par Serge Pimenoff.

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    Lucien est amoureux de la belle Eva 

    Ce film n’est pas le meilleur de Robert Hossein, on lui préférera Toi le venin, adapté d’un autre excellent roman de Frédéric Dard, ou même Les scélérats toujours de la même paire, mais il est très bon tout de même et mérite d’être sorti de l’oubli plus de soixante années plus tard. En tous les cas il est une étape décisive de l’amitié et de la longue collaboration des deux hommes qui surent donner corps au film noir français, trop longtemps dominé par les productions américaines.

    On remarquera au passage que la musique est signée du père de Robert Hossein, qui signe ici André Gosselain, et qui fut toujours associé à la réussite cinématographique de son fils, mais qui fut aussi souvent mieux inspiré, créant des mélodies envoutantes, renforçant l’aspect dramatique.  

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    Eva les guide vers la mort

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     Lucien est pris de pitié pour Pierre  

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    Maquette de décor constituée d'un dessin à l'acrylique, représentant une cabane, pour le film Les Salauds vont en Enfer, de Robert Hossein (1955) Serge Pimenoff / Collections Cinémathèque française

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    A noter qu’en 1971, Abder Isker tournera une adaptation de la pièce de Frédéric Dard pour la télévision avec Raymond Pellegrin et Alain Motet. 

     

    « La menace, Gérard Oury, 1960Attention les enfants regardent, Serge Leroy, 1978 »
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