• Les tueurs, The killers, Robert Siodmak, 1946

     Les tueurs, The killers, Robert Siodmak, 1946

    Une des œuvres les plus célèbres et les plus représentatives du film noir. Sa célébrité déborde le cercle des cinéphiles monomaniaques qui, comme moi, passe un temps déraisonnable à regarder des vieilles pellicules en noir et blanc, espérant y trouver toujours quelque chose d’étonnant. Pourtant au départ ce n’est qu’une petite nouvelle d’Hemingway, quelques pages écrites comme en passant, un récit de Nick Adams, le jeune homme qui est censé être le double de l’auteur lui-même. On connait le sujet : deux tueurs arrivent dans un petit restaurant de la banlieue de Chicago, et après avoir neutralisé le patron et son employé, ils vont tuer Andreson, un ancien boxeur d’origine suédoise. Nick Adams va réussir cependant à s’échapper et à prévenir le « suédois ». Mais celui-ci ne veut plus fuir et acceptera son sort.

     Les tueurs, The killers, Robert Siodmak, 1946 

    Deux tueurs patibulaires se présentent 

    La nouvelle n’est en fait que le point de départ du film : c’est en quelque sorte sa fin. Jim Reardon va être chargé d’enquêter sur le suédois. Cela va être l’occasion de multiples flash-backs emboîtés les uns dans les autres. Au fur et à mesure qu’il progresse dans son enquête, l’histoire continue de courir autour d’une sombre histoire de hold-up et de butin pas très justement partagé. A la base du  chef-d’œuvre de Siodmak il y a d’abord un scénario complexe et astucieux dû à Anthony Veiller. A ce scénario auraient collaboré également Richard Brooks et John Huston. Siodmak serait arrivé d’ailleurs un peu par hasard sur le tournage, Don Siegel avait été contacté pour le réaliser.

     Les tueurs, The killers, Robert Siodmak, 1946 

    Le suédois ne veut plus   fuir 

    C’est un film de Siodmak dans la manière de travailler les ombres, les plans larges ou la profondeur de champ, la mobilité toujours très sûre de la caméra. Mais c’est tout autant un film du grand producteur Mark Hellinger. C’est lui qui a lancé Burt Lancaster avec qui il tournera encore Les démons de la liberté de Dassin, dont il produira aussi The naked city. Ces films sont emblématiques du film noir des années quarante. Mais Hellinger décédera très jeune d’une crise cardiaque et n’aura pas le temps d’accomplir une très longue carrière. Richard Brooks qui avait travaillé avec Hellinger et qui venait comme lui du journalisme, lui consacrera un roman. C’était un producteur très directif et autoritaire qui savait parfaitement ce qu’il voulait. Et on peut dire sans trop se tromper qu’il a eu une influence considérable sur l’évolution de Robert Siodmak vers le genre noir.

      Les tueurs, The killers, Robert Siodmak, 1946

    Il y a évidemment les morceaux de bravoure qu’on connait : l’arrivée des tueurs dans la petite ville au début de la nuit. Ou le travelling avant qui permet de traverser sans encombre l’appartement luxueux de Colfax. Et puis il y a les ambiances très travaillées comme celle du restaurant où Lubinsky vient pour arrêter Kitty, ou l’atmosphère du combat de boxe.

    Mais tous les codes du film noir sont là, utilisés à bon escient et sans ostentation, les jalousies qui plongent les pièces dans la pénombre, l’importance des escaliers, que ce soit quand les tueurs montent chez Ole, ou quand Reardon et Lubinsky viennent pour coincer Colfax et Kitty. La précision de la mise en scène se trouve non seulement dans les scènes en mouvement, comme le hold-up, mais dans des plans plus statiques comme le baiser que Kitty accorde à Ole pour ensuite le trahir. Cette simple scène est terrible tant elle dévoile les mauvaises intentions de Kitty qui s’entortille autour d’Ole pour mieux l’affaiblir et le tuer. Il y a des scènes presque tendres entre Ole et le vieux truand Charleston qui aime à contempler les étoiles à travers les barreaux de sa cellule. Mais il y a beaucoup de finesse aussi dans la façon dont Siodmak rend le trouble qui gagne Reardon dans sa confrontation avec Kitty.

     Les tueurs, The killers, Robert Siodmak, 1946 

    Jim Reardon est chargé d’enquêter sur la mort du suédois 

    Le film est centré sur le personnage de Reardon interprété par le très bon Edmond O’Brien, mais ce n’est pas lui qu’on retient. Ce sont les deux débutants qui ne sont pas tant présents que cela à l’écran. C’était en effet le premier film de Burt Lancaster et le film qui fit d’Ava Gardner la star que l’on connait. Ils ont une telle aura que même leur absence c’est encore eux !! Burt Lancaster déploie déjà dans le rôle d’Ole toute l’étendue de sa palette. Il est tour à tour sûr de lui et de sa force, puis désespéré et suicidaire quand il comprend que Kitty l’a abandonné. Ava Gardner n’est pas très à l’aise dans ce rôle de femme fatale. Elle n’a encore guère de métier, mais sa seule présence est magique, dégageant une énergie incroyable. Albert Dekker est impeccable avec sa perruque dans le rôle de Colfax. Les petits rôles sont tenus par des spécialistes du film noir, les tueurs sont incarnés par William Conrad et Charles McGraw, et on reconnaîtra Jack Lambert dans le rôle de Dum-Dum.

     Les tueurs, The killers, Robert Siodmak, 1946 

    Ole est séduit tout de suite par Kitty 

    On peut préférer Criss-Cross de Siodmak qui dans le genre noir semble un peu plus aboutit, quoiqu’il reprenne la même thématique d’un homme qui se perd presque volontairement pour une femme qui manifestement se moque de lui. Dans ce film il y aura d’ailleurs une scène de hold-up presque similaire. Mais en tous les cas on peut voir et revoir très souvent ce film sans s’en lasser et en y redécouvrant toujours quelque chose de nouveau. Il y aura un remake de ce film par Don Siegel, en 1964, rebaptisé en France, A bout portant. Film en couleurs fait pour la télévision, il est pourtant très bon et propulse Lee Marvin sur le devant de la scène. Et puis il y aura un autre film inspiré des Tueurs, un court métrage réalisé en 1956 par Andrei Tarkovsky, il s’agissait de son diplôme de fin d’études qui manifestement était inspiré du film de Siodmak.

     Les tueurs, The killers, Robert Siodmak, 1946 

    Ole veut récupérer le butin

     Les tueurs, The killers, Robert Siodmak, 1946 

    Reardon retrouvera Kitty

    Les tueurs, The killers, Robert Siodmak, 1946

    Siodmak et Hellinger sur le tournage de The killers

    « Plein soleil, René Clément, 1960Le monde de San-Antonio, n° 75, hiver 2015-2016 »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :