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    Spartacus est un film clé dans l’histoire d’Hollywood. Kirk Douglas qui en a été à l’origine a bien raison de lui consacrer un livre. Non seulement l’histoire présentée par le film est tout à fait subversive à l’époque, elle va à l’encontre des canons du cinéma positif et réactionnaire, mais en outre, le film jouera un rôle décisif dans la fin des listes noires à Hollywood, et par là ouvrira la voie à un renouveau cinématographique qui allait perdurer tout au long des années soixante et soixante-dix. C’est à partir de là qu’on va voir des films un peu plus engagés « à gauche », puisqu’Hollywood était très largement à droite. A ce moment là Kirk Douglas est au sommet de sa gloire, et il vient de connaitre un énorme succès mondial dans Les vikings, film qu'il avait également produit.

    Dans le numéro de novembre de Positif, l’inénarrable Michel Ciment, qui a passé son temps à défendre l’indéfendable Elia Kazan, ne comprend pas très bien le sens de cet ouvrage. Il dénonce pêle-mêle, l’ego surdimensionné de Kirk Douglas, sa propre interprétation de la chasse aux sorcières, et encore le fait que Kirk Douglas ne donne pas plus d’importance à Stanley Kubrick. On pourra l’instruire un peu en lui rappelant que la chasse aux sorcières commence bien avant la Guerre froide, avant même l’entrée en guerre des Etats-Unis dans le conflit contre les puissance de l’axe et quelle a des objectifs différents de ceux de la Guerre froide : il s’agit d’une contre-révolution dans la culture populaire. Le fait que Kirk Douglas ne donne pas vraiment d’importance à Stanley Kubrick vient principalement du fait que Spartacus est d’abord le projet de Kirk Douglas, et ni celui d’Anthony Mann, ni celui de Kubrick.

    1960 est une année charnière, non seulement sort Spartacus qui va être un immense succès, mais aussi Exodus, autre film scénarisé par Dalton Trumbo et réalisé par le grand Otto Preminger avec Paul Newman, et qui connaitra aussi un grand succès populaire dans le monde entier. C’est aussi vers cette époque que l’antisémitisme commence à refluer aux Etats-Unis, et d’ailleurs que commence la lutte pour les droits civiques des noirs. C’est l’année de l’élection de John F. Kennedy qui symbolise ce tournant.

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    Kubrick dirigeant Kirk Douglas 

    Mais pourquoi ce film a représenté autant de difficultés ? Aujourd’hui, il nous paraît assez banal dans son propos. Mais à l’époque il développait deux idées qui apparaissaient comme subversives : l’exaltation de la collectivité par rapport à l’individu (« I am Spartacus » renvoie à l’image de ses esclaves qui s’approprient collectivement le nom de Spartacus qui va mourir, comme d’un symbole), mais également un antiracisme virulent, représenté par Draba, le géant noir interprété par Woody Strode.

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    Kubrick sur le tournage de Spartacus 

    Kirk Douglas qui a fait une des plus belles carrières à Hollywood, a toujours eu une conscience de gauche assez marquée, sans être un révolutionnaire. Et très tôt il a pu choisir ses films, s’impliquant en tant que producteur dans des productions risquées, comme Les sentiers de la gloire, toujours avec Kubrick.

    L’ouvrage est très bien écrit, même si c’est seulement à 95 ans que Kirk Douglas a entamé sa rédaction. C’est à la fois la retranscription d’un long cheminement semé d’embûches, c’est presque trois ans qu’il fallut pour que le film voit le jour. Et cela dans un climat assez difficile. Il fallut faire face à des difficultés financières, le budget s’alourdissant tous les jours un peu plus à cause des dépassements. Mais il y eut aussi de nombreuses difficultés artistiques. Il fallut remplacer Anthony Mann, et Kirk Douglas ne s’entendit pas très bien avec Stanley Kubrick. Il l’avait déjà engagé sur une autre de ses productions, Les sentiers de la gloire, et le trouvait plutôt génial en tant que réalisateur. Mais Spartacus était son projet, et il dût intervenir parfois violemment contre Kubrick pour lui faire comprendre qui était le patron. Notamment Kubrick avait coupé la scène où l’ensemble des esclaves répète I am Spatacus – ce qui lui valut de recevoir une chaise sur le coin de la figure. Le portrait qu’il dresse de Kubrick est plutôt sans concession. Il le présente comme un arriviste, allant jusqu’à se proposer pour endosser la paternité du scénario, à cause des difficultés que Trumbo avait aves les guignols de l’HUAC.

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    Spartacus, film à grand spectacle demanda une mise en place soignée des figurants 

    Quand Spartacus fut sur les écrans, une page était tournée – même si la version sortie à ce moment-là avait été édulcorée par Universal qui craignait le boycott de l’American Legion. En effet un nouveau président – John F. Kennedy – venait d’être élu et les conneries de l’HUAC paraissaient maintenant ringardes. Kirk Douglas rappelle qu’au moment de la sortie du films la grand majorité des Américains pensaient que la chasse aux sorcières était une stupidité.

    Outre l’analyse du contexte  politique, l’ouvrage de Kirk Douglas est très intéressant aussi sur la manière dont les studios fonctionnaient, et sur la façon dont des individus comme Kirk Douglas, Burt Lancaster et quelques autres se sont progressivement émancipés de cette tutelle.

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    Kirk Douglas lors de la présentation de Spartacus dans une version restaurée en 2012

     

    Contrairement au vieux Michel Ciment de Positif, je trouve que ce livre est très utile et passionant, non seulement pour toutes les raisons que nous avons dites ci-dessus mais parce qu’il démontre que Spartacus c’est plus un film de Kirk Douglas – producteur et acteur – qu’un film de Stanley Kubrick. La vieille politique des auteurs en prend un coup. Du reste Stanley Kubrick lui-même ne le retenait pas dans sa propre filmographie. Et puis c’est aussi la démonstration que pour faire de grands films il faut aussi avoir un sacré caractère !

     

    Aujourd’hui, 9 décembre 2013, Kirk Douglas a 97 ans. 

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    Le samouraï est le film le plus emblématique de la carrière de Jean-Pierre Melville, celui qui l’a sans doute fait accéder au statut de réalisateur international. Le film eu un succès mondial, et tout particulièrement en Asie. S’il possède un côté très français, il en possède aussi dans son épure, un caractère universel. Le petit livre de Xavier Canonne essaie d’en déméler les ressorts.

    Un des aspects les plus intéressants de cet ouvrage est de mettre l’accent sur les emprunts que Melville fait au cinéma américain de la grande époque. Ils sont tellement nombreux qu’il en oublie quelques uns. Mais l’important n’est pas d’être exhaustif en la matière. L’abondance de ces emprunts apparaît comme procédant de la technique du détournement. Et c’est ça qui fait que Melville est bien un auteur à part entière et non pas un simple plagiaire.

    Le livre recèle d’autres intérêts. D’abord celui de mettre en lumière le rôle des femmes dans la cinématographie melvillienne, il n’est pas aussi rtestreint qu’on ne le croit. Dans Le samouraï, Jeff Costello est pris entre deux femmes, la pianiste du cabaret au rôle très ambigu, mais en même temps fascinée par le tueur et Jane, la call-girl au grand cœur qui sera toujours là pour lui. Melville disait à la sortie du film qu’il était très heureux d’avoir engagé Nathalie Delon dans le rôle de Jane parce qu’elle ressemblait justement à Alain Delon, ce qui en faisait à la fois une sorte de mère été une sœur.

    Les films de Melville sont toujours des films sur les moyens de locomotion. Canonne insiste ici sur l’importance de la DS, la voiture de luxe de l’époque que Jeff Costello vole avec aisance. Ailleurs ce sera les grosses voitures américaines, allant jusqu’à l’absurde à faire conduire une voiture américaine par Delon, dans Un flic, comme s’il s’agissait d’une voiture de la police française.

     

    Il aurait pu aussi parler de cette fascination pour les gares et les trains qu’on retrouve dans pratiquement tous les films de Melville et qui sont une image de la solitude et du désespoir.

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    On ne lit plus guère les revues de critique cinématographique. Il est vrai que celle-ci a dégénéré dans une sorte de vocabulaire plutôt abscons, accessible seulement pour des universitaires spécialisés. Et très souvent quand on lit une critique, on ne sait pas si le film a plu, a intéressé, ou si il est à bailler d’ennui. C’est une des raisons qui font que ces revues qui se veulent savantes sont maintenant subventionnées par le CNL et trouvent difficilement leur public.

    Il se trouve que je lis Positif depuis plusieurs décennies, depuis une époque où elle s’opposait au rigorisme pseudo-intellectuel des Cahiers du cinéma. Aujourd’hui elle est dirigée par le très confus Michel Ciment, mais ce n’est pas pour autant que je cesse de la lire. J’ai aussi mes mauvaises manies, un genre de fidélité un peu bête.

    Si très souvent les numéros de Positif sont décevants et de peu d’intérêt, par contre, celui de juillet-aout 2013 est très intéressant. Evidemment pas pour la recension des malheureux films qui viennent de sortir, mais pour le dossier sur le néoréalisme. La couverture est fort belle évidemment. Mais le contenu l’est tout autant : il y a des interviews de personnages majeurs comme Cesare Zavattini ou encore le très rare Guisepe De Santis. A côté de l’article un peu convenu sur Luchino Visconti, on y trouve aussi des analyses sur l’influence du néoréalisme italien sur les autres cinématographies et notamment sur ce qui nous tient à cœur ici sur le film noir.

     

    Cerise sur le gâteau, un petit article très bienvenu sur le grand Jerry Lewis qui fut en son temps défendu par Positif par l’intermédiaire de Robert Benayoun.

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