• Marcel Langer à sa femme, Toulouse, prison Saint-Michel (Haute-Garonne) 13 mars 1943

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    Extrait de La vie à en mourir, lettres de fusillés 1941-1944, Tallandier, 2003.

     

    Ma petite femme chérie,

     

    Lorsque cette lettre parviendra entre tes mains, je ne serais plus de ce monde. Je suis condamné à mort pour raison politique. Je me représente ta douleur ; avec le temps, tu parviendras à m’oublier, et un autre prendra place dans ta vie.

    Regardant en arrière, il faut dire, en vérité, que nous n’avons pas eu beaucoup de chance d’être ensemble et que nous avons beaucoup souffert de notre séparation. J’espère qu’aux côtés d’un autre homme, tu auras plus de chance. J’espère que ce sera un homme honnête et bon pour ma Rosita. Il faut se rendre à l’évidence, tu es jeune et belle, tu dois et tu peux trouver un compagnon. Ceci me paraît normal et juste. Je ne m’imagine pas que tu vas continuer à vivre avec le passé ; tout ce que je te demande, c’est de donner une bonne éducation à Rosita.

    Tu garderas de moi le souvenir d’un homme bon pour sa famille et d’un lutteur pour la liberté des peuples. Aux derniers moments de ma vie je penserai à vous. Je suis tombé dans la lutte pour l’émancipation et la liberté.

    Mille baisers pour toi et Rosita, de ton Marcel qui toujours t’a chérie depuis le jour où il t’a connue : je te remercie pour le bonheur que j’ai connu à ton côté…

    Que vous viviez heureux et libres. Baisers pour toi et Rosita, saluts à tes parents.

    Ton Marcel

     

    Marcel Langer était un juif polonais, sa femme Cecilia Molina était une républicaine espagnole avec qui il avait eu une petite fille, Rosita.

    Marcel s’était engagé dans les Brigades internationales, il avait aussi milité à la MOI (Main d’Œuvre Immigrée). Arrêté en février 1943 pour des actes de sabotage, il fut atrocement torturé, mais il ne parla pas. Le procureur Lespinasse demanda sa tête, et Marcel Langer fut guillotiné à la prison Saint-Michel le 23 juillet 1943.

    Ce qui paraît remarquable dans cette lettre, c’est non seulement la volonté de ne pas s’apitoyer sur son sort, mais aussi les mots qui sont utilisés et qui semblent avoir servi de modèle au poème de Louis Aragon, L’affiche rouge.

     

     

    Nota bene : il existe un autre Marcel Langer, engagé dans l’armée de l’air, qui participa lui aussi à la Résistance, du côté gaulliste et qui décéda en 1990.

    « Annabelle Léna, Enfin (tous) réunis, Editions du Caïman, 2013Méfiez-vous fillettes, Yves Allégret, 1957 »
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