• Mélodie en sous-sol, Henri Verneuil, 1962

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    Mélodie en sous-sol est un très gros succès commercial d’Henri Verneuil. Il bénéficie toujours d’une bonne audience. Adapté on ne sait trop pourquoi d’un roman de John Trinian qui n’a finalement que peu de rapports avec le film, il est un exemple de la conception du film noir à la française. La différence essentielle avec la production courante de l’époque, c’est le budget. Il y a des moyens et ça se voit. Le scénario est assez simple, voire simplet, Charles qui sort de prison retrouve son quartier et sa vie transformée. N’ayant guère de capacité d’adaptation à cette nouvelle donne, il va imaginer un coup pour empocher le gros lot et se retirer des affaires. Il veut casser le casino du Palm Beach à Cannes et pour cela il va s’attacher les services de Francis, un petit voyou de rien du tout, même pas un demi-sel et de Louis. Le coup est minutieusement préparé et va réussir, jusqu’à un certain point, car le butin sera finalement perdu.

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    Charles retrouve son ancien quartier transformé 

    Inspiré très vaguement de John Trinian, le scénario est écrit par Simonin, Verneuil et Audiard. On suppose que Simonin assure la caution « couleur locale », Audiard le pittoresque des situations, et que Verneuil supervise l’intérêt commercial de l’affaire. Ces dispositions s’inscrivent dans la logique d’un cinéma à « effets », un cinéma simple qui utilise des oppositions grossières. Par exemple on oppose Sarcelles, cité dortoir et déshumanisée de l’époque et la vie de luxe de Cannes et de son Casino, comme les deux faces de la modernité, modernité soulignée violemment par une musique de jazz assez envahissante. Les oppositions continuent avec celle du vieux de la vieille incarné par jean Gabin, truand désabusé et mélancolique, et le jeune impulsif et finalement naïf petit voyou incarné par Delon. Le mécanicien Louis est là également pour faire ressortir l’opposition entre le courage ordinaire des vrais truands et la peur panique des amateurs. Ces oppositions de caractères tranchés et de lieux forcément opposés, empêchent évidemment toute forme d’ambiguïté et de nuances, et c’est probablement cela qui font du film un simple spectacle de divertissement.

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    Il ne vise pas à s’installer dans la tranquillité 

    Une des raisons de l’énorme succès de ce film est sans doute la façon dont il est tourné. D’abord l’utilisation de l’écran large apporte une profondeur de champ intéressante qui éclaire le film et en ôte tout mystère : c’est la modernité de la transparence. Mais aussi comme le scénario possède peu de rebondissement, on détaillera longuement les scènes, que ce soit le retour de Charles dans son quartier, ou la préparation et l’exécution du hold-up.

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    Pour monter un coup magnifique, il va engager un petit voyou, Francis

     C’est sans doute cette manière « moderne » qui fait que le succès de ce film reste persistant. Certains ont remarqué que l’utilisation abusive des transparences ne passait plus aujourd’hui. C’est un peu vrai. Mais là n’est pas l’essentiel, parce que justement le film mêle habilement les prises de studio avec les scènes tournées en extérieur ou dans des décors réels comme les salles du casino.

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    Louis conduira la voiture 

    Les dialogues sont de Michel Audiard, c’est-à-dire qu’on va retrouver des bons mots d’auteur enrobés dans un argot de pacotille, avec une pointe d’aigreur qui tiendra lieu de réflexion générale sur l’évolution négative des mœurs et du pays : par exemple la fameuse et très longue scène qui oppose Charles dans le train de banlieue, silencieux et sombre, aux prolos de base, rêvant stupidement de congés payés et de vacances dans des campings minables. Ce type de réflexion réactionnaire fait toujours rire, parce que le spectateur ne se sent pas concerné, parce qu’il se croit épargné de la vindicte de Michel Audiard. Il y a un point de vue qui se veut « aristocratique » malgré tout : Charles est un seigneur, Louis, pauvre travailleur manuel est peureux et soumis à n’importe quelle hiérarchie. Comme toujours avec Audiard, le peuple représente un ramassis de cons et les seuls personnages pour qui il a de la tendresse sont forcément des individualistes qui ont réussi à la force du poignet.

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    Francis s’intègre à la vie du Palm Beach

     Dans ce genre de film, si les décors naturels jouent un rôle clé, les acteurs sont essentiels. Ici le choix est assez simple. Le film a été d’abord bâti autour de Jean Gabin, un vieil habitué à cette date des rôles de vieux truands plus ou moins dépassés par l’évolution de la société. Il fait du Gabin, et c’est probablement ce que les gens attendent de lui. Alors qu’il n’a même pas soixante ans au moment où il tourne ce film, il adopte une démarche usée qui le vieillit encore plus, il se montre dans des tenues qui augmente le côté pantouflard du personnage, par exemple les scènes en pyjama. Sa composition déçoit beaucoup, tant elle est convenue.

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    Le coup est minutieusement préparé 

    En vérité c’est Alain Delon qui lui vole la vedette. On sait qu’il a tenu à faire le film pour rien – se contentant des droits d’exploitation au japon et en Amérique latine. Jean-Louis Trintignant aurait été pressenti pour le rôle. A l’époque où il tourne ce film, Delon est un acteur connu, mais il l’est surtout pour des films d’auteur. Mélodie en sous-sol va lui permettre de casser cette image. C’est d’ailleurs à partir de cette date qu’il commencera à multiplier les rôles de voyous auxquels il n’était jusqu’alors pas habitué : le samouraï de Melville lui donnera ensuite la possibilité de donner une forme définitive et originale à cette figure du jeune truand marchant allégrement vers l’échec. Il est encore très jeune, et son jeu insuffle une énergie qui par ailleurs fait défaut à l’ensemble du film. Mais le plus étonnant probablement est la transformation qu’il opère en passant du petit blouson noir, englué dans ses relations de quartier, son bar, son flipper, ses salles de billard, au truand classieux portant beau dans les casinos, trimbalant son smoking dans les salles de jeu. Il y a donc à l’intérieur du film l’histoire d’une ascension sociale qui est aussi bien celle de Francis que celle de Delon !

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    Francis traversera le casino en passant par les conduits d’aération 

    Le complément de la distribution n’est pas très original. Maurice Biraud dans le rôle de Louis, Vivianne Romance dans celui de la femme de truand, patiente et fidèle.

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    Le survol de la salle de jeu est une des scènes fortes du film 

    Bien entendu il reste quelques scènes très bien filmées,  celles qui montre le déroulement du hold-up proprement dit : que ce soit la traversée au-dessus de la salle de jeu, ou l’entrée dans la salle du coffre. Mais tout cela reste dans la continuité des films comme Du rififi chez les hommes et annonce la suite y compris le cercle rouge de Melville. La scène finale se veut paradoxale, comme un ultime retournement, mais elle reste assez incongrue, visant toujours l’effet, les billets remontant à la surface de la piscine provoquent effectivement une sorte de choc émotionnel de prremier degré.

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    Le hold-up est un jeu d’enfant 

    C’est finalement un film de faible consistance, mais il est bien rare que les films de Verneuil nous touchent encore, il se laisserait voir, sans passion bien sûr, s’il n’était pas saturé des dialogues lourdingues de Michel Audiard. Je vais encore me faire engueuler en écrivant cela au moment même où on célèbre les cinquante ans des Tontons flingueurs que d’aucun considère comme un film culte, et que moi j’ai toujours trouvé ennuyeux, seulement sauvé du naufrage définitif par le charisme des acteurs, Lino Ventura en tête. Terminons sur une anecdote, Alain Delon tournera un autre scénario de John Trinian : Les tueurs de San-Francisco, sauf que pour ce film John Trinian retrouvera le nom de Zekial Marko.

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    Les deux voyous ne savent plus comment faire pour sauver leur butin

    « Joseph Wambaugh, San Pedro, la nuit, Harbor nocturne, Calmann-Lévy, 2013Philippe Jaenada, Sulak, Julliard, 2013 »
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