• Monsieur Flynn, Being Flynn, Paul Weitz, 2012

     

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    Basé sur une histoire vraie, les mémoires de Nick Flynn, le film raconte les tribulations d’un jeune homme en voie de devenir écrivain, mais surtout plutôt paumé. Sa mère s’est suicidée, et son père est absent depuis 18 ans. Ce dernier, écrivain de génie auto-proclamé, est en réalité un chauffeur de taxi solitaire – mais ce n’est pas Taxi driver – irascible, raciste et homophobe. Nick vit dans les marges, squatte ici et là, vit de petits boulots. C’est alors que son père réapparait : le motif est simple il a besoin de lui car il s’est fait expulser de son logement pour avoir déclenché des bagarres avec les autres locataires. Il va déposer ses affaires chez son fils, mais il ne va pas s’attarder et il va retourner à sa solitude. Dormant dans sa voiture, travaillant n’importe quand, n’importe où, il va finir par se faire retirer son permis de conduire et son taxi. La pente savonnée l’attend. De glissade en glissade il va se retrouver à l’asile de nuit où son fils a pris un emploi. Le père et le fils sont dans l’obligation de se fréquenter et on comprend assez vite que c’est tout autant douloureux pour l’un comme pour l’autre. Et pourtant, cela va leur permettre de se projeter l’un vers l’autre, ou l’un dans l’autre : le fils justement devient le père – d’où le titre américain, et le père devient  le fils.

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    Ce film a été salué comme une sorte de retour à un cinéma social qu’on avait pu voir dans les années soixante-dix. Ce n’est pas tout à fait vrai. Certes il y a une volonté d’ancrer socialement une histoire, de regarder en face l’envers du rêve américain, mais il y a quelque chose qui n’existait pas dans les films des années soixante-dix : la perte de l’espérance. En effet, même si les films sociaux des années soixante-dix pouvaient être très durs, ils laissaient une porte ouverte pour rêver d’une société meilleure. Ici, rien de tel. La fin est du reste très ambigüe, il n’est pas certain que même les rapports entre le père et le fils puissent se poursuivre dans la voie de la réconciliation. D’ailleurs la plupart des personnages sont fatigués, sans ressort, sans même l’envie de changer quoi que ce soit à leur sort. C’est l’Amérique en crise. Et certainement le grand mérite de ce film est de ne faire aucune incursion, aucune concession, à la bourgeoisie dominante : on ne la voit pas, on reste séparé d’elle, les seuls personnages qui rentrent dans le cadre sont tous des paumés et des rejetés du capitalisme flamboyant du XXIème siècle.

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    La société américaine est présentée dans une dualité complète, vue seulement du côté de la pauvreté. Le film n’a pas été apprécié du public, du moins en France. Certainement parce que le rythme est lent et que l’histoire n’évolue pas beaucoup. Mais c’est la conséquence d’un parti pris de réalisme puisque dans la vie réelle, les choses se décantent lentement, sans trop savoir où et sur quoi se fixer.

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    C’est un très bon film, édifiant, on pourra cependant lui reprocher d’avoir engagé Paul Dano qui est assez peu consistant face à Robert de Niro ou à Olivia Thirlby et Julianne Moore. On est toujours content de revoir la trop rare Lili Taylor. Parfois il y a aussi des passages qui se veulent ironiques par leur mise en scène, des personnages furtifs et tressautants. Mais il reste une volonté critique dont on ne saurait se priver par les temps qui courent.

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