• Monsieur le commandant, Romain Slocombe, 2011, NIL

     

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    Ce court roman est écrit sous la forme d’une lettre envoyée à un haut responsable de la Gestapo auquel le narrateur va demander un service. On ne saura qu’à la fin quelle est la nature de ce service. Se pensant obligé de se justifier, il va raconter sa triste existence.

    Paul-Jean Husson est un écrivain célèbre, membre de l’Académie où il se lit avec le Maréchal Pétain, il représente la bourgeoisie conservatrice qui allie le patriotisme le plus désuet à la collaboration forcenée avec l’occupant. Il est une de ces tristes plumes qui vont faire semblant d’agir pour le bien commun en éructant un antisémitisme criminel autant que stupide. Mais la réalité le piège, car son fils va tomber amoureux d’une jeune Allemande qui a tous les traits de l’aryanité, mais qui est en réalité juive. Quand notre académicien découvre cela il va être effondré, n’ayant dans un premier temps que l’idée de se venger.

    La vie d’Husson est étriquée, elle se partage entre des mondanités littéraires et des amours adultérines dérisoires. Or la soixantaine étant là, il va croire qu’il est amoureux de la femme de son fils. Dévoré par un orgueil démesuré, il va commencer à manœuvrer pour séduire la jeune Allemande.

    Tout cela finira très mal et plus le temps     passera et plus Husson se roulera dans la turpitude, masquant le plus souvent la veulerie de son caractère derrière des objectifs élevés et une sorte d’idéalisme de pacotille : la nécessité de relever la France au cœur d’une Europe dominée par l’Allemagne nazie.

    Le roman est volontairement écrit dans un style ampoulé qui est celui d’une certaine littérature bourgeoise d’avant-guerre. C’est la grande réussite du roman que d’avoir usé de ce manque de distance puisqu’en effet il montre la vacuité et la tricherie de ce « beau style » qui n’est qu’une coquille vide.

    Monsieur le commandant repose sur une documentation très solide qui donne du corps à ce que fut la collaboration. Il n’hésite d’ailleurs pas à citer des noms réels qui se sont compromis sans retenue, des articles de journaux. Dans cette année dédiée à la gloire de l’immonde Céline, c’est une bonne chose d’exhiber toute cette sournoiserie. Slocombe recycle d’ailleurs un épisode de la vie de Céline, l’exode sous l’avancée des Allemands qui ressemble tout à fait au périple de l’auteur du Voyage au bout de la nuit. Mais si Husson n’est pas Céline, son style de vie est plus bourgeois, plus vieille France si on veut, et sa langue bien moins « peuple », il n’en est pas moins criminel dans l’usage de sa plume. Il appartient à ce funeste troupeau d’écrivains, Jouhandeau, Rebatet, Coston ou Céline et bien d‘autres qui se sont engouffrés dans la littérature antisémite violente. Se recopiant les uns les autres, usant des mêmes arguments pourris et des mêmes formules stylistiques, ils étaient aussi habités par l’opportunisme et cet esprit femelle de soumission qui les portaient à admirer la force virile des soldats allemands. Certains traits de caractère d’Husson semblent également inspirés d’Abel Bonnard, écrivain célèbre en son temps qui avait obtenu le prix de la triste Académie française.

    Husson est un délicat et il est remarquable qu’il soit très gêné quand il est confronté à la réalité physique de la torture ou de la déportation des Juifs. Ça ne lui coûte pas grand-chose et ça l’aide à laver sa noire conscience. Les tortures morales qu’il s’inflige lorsqu’il se lance dans des stratégies biscornues pour séduire sa belle-fille lui servent avant tout à faire de la littérature. On les rapprochera de la fausse contrition qu’il nous fait partager à propos de la maladie et de la mort de sa femme.

    Ce roman a été salué un peu partout et sa bonne réputation n’est pas usurpée. Il est un contrepoids bienvenu à la célébration sans retenu de Céline en 2011.

     

    « Fini les boniments, Jean-Louis Martin, 1944ODDS AGAINST TOMMOROW, Le coup de l’escalier, Robert Wise, 1959 »
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