• Nightfall, Poursuites dans la nuit, Jacques Tourneur, 1956

     

     nightfall-1.jpg

     

     

    C’est l’adaptation d’un roman de David Goodis, La nuit tombe, publié en Série noir, qui était jusque dans les années soixante-dix considéré comme un des plus grands auteurs de romans noirs. Sa gloire est maintenant un peu retombée et comme William Irish, il est au purgatoire, tandis que les Jim Thompson, Willam Burnett et d’autres continuent à être des références sûres. Aux Etats-Unis où ses ouvrages ne se sont jamais bien vendus, David Goodis était aussi à l’origine d’un très grand succès cinématographique, Dark passage, de Delmer Daves avec Bogart et Lauren Bacall.

     nightfall 2

     

    L’histoire est très simple, deux chasseurs tombent par hasard sur deux gangsters qui ont un accident de voiture et auxquels ils portent secours. Mal leur en prend. L’un des deux, le vieux docteur, est tué, et le second ne s’en sort que par miracle. Mais dans confusion les deux truands ont oublié la malette contenant 350 000 $, embarquant à la place la trousse du docteur. Cette malette pleine de billets, le survivant l’emporte et la dissimule plus ou moins volontairement dans la neige. Craignant d’être soupçonné du meurtre de son ami, le survivant s’enfuit à Miami, puis à Los Angeles et travaille sous le nom d’emprunt de Vanning. Mais les truands sont obstinés, ils retrouvent sa piste et essaient de lui faire dire où l’argent se trouve. Le film est une longue suite de poursuites où le héros est martyrisé par des truands sadiques. Vanning trouvera une alliée inattendue dans la personne de Marie Gradner. Un autre individu, l’agent de la compagnie d’assurances, est également sur la piste de Vanning, ce qui est censé accroître le mystère. Comme on s’en doute un peu, cela finira mal pour les truands et nos deux héros concrétiseront leur histoire d’amour

      nightfall-3.jpg

    Le film est signé Jacques Tourneur, le réalisateur de Out of the past, un des chefs d’œuvre du film noir. Redécouvert récemment et réédité en DVD, ce film n’est pourtant pas un autre chef-d’œuvre. C’est bien sûr à cause du scénario qui est un peut trop simplet. Mais la réalistion est très soignée et cela fait passer les invraisemblances. Toute la scène d’ouverture est parfaite, toute la première partie se tient bien, tant qu’on n’est pas au courant des raisons de l’acharnement des deux maudits truands. La nuit est filmée avec ses jeux d’ombres et de lumière, et l’écran large donne une certaine originalité à ce film noir. L’autre avantage de ce film est le casting. Si Brian Keith est tout à fait transparent en truand, le couple Aldo Ray – Anne Bancroft fonctionne très bien. Le caractère bourru de Ray, ajouté à son physique de brute lui donne une crédibilité étonnante. Les images dans la neige sont aussi très remarquables, mais elles m’aportent strictement rien du point narratif, la fin étant tout bonnement gâchée par la façon dont les deux truands meurent. Elles confortent cependant la vision de Tourneur qui déjà aimait dans Out of the past opposer une nature sublime et tranquille au rythme effréné et corrompu de la ville. Mais c’est peu de chose.

     

     nightfall-4.jpg 

    nightfall-5.jpg

    Comme on le comprend, le film reste à voir, mais sans en attendre trop, surtout sans le comparer à Out of the past. C’est tout de même bien mieux que les médiocres adaptations de Goodis par les réalisateurs français. Curieusement c’est en France que Goodis a engendré les plus nombreuses adaptations, un peu plus d’une demie-douzaine, huit, si on y ajoute celle de Samuel Fuller, Sans espoir de retour. Mais, en dehors de La course du lièvre à travers les champs de René Clément, elles sont toutes très mauvaises, que ce soit celle de François Truffaut et de son tressautant Tirez sur le pianiste, ou celle de Verneuil, Beinex ou Gilles Béhat. Le meilleur film tiré de Goodis reste, à mon avis, The Burgalr que j’ai commenté sur ce blog il y a quelques semaines. 

    nightfall-6.jpg

    nightfall-7.jpg

     

     

    Filmographie de David Goodis

    L’infidèle (1947) de Vincent Sherman, scénario original

    Les passagers de la nuit  (1947) de Delmer Daves, d’après Cauchemar publié en série blême en 1949

    Section des disparus (1956) de Pierre Chenal, d’après La police est accusée, publié en 1951 chez Ditis.

    Nightfall (1957) de Jacques Tourneur, La nuit tombe, publié en 1950 dans la série blême

    Le cambrioleur (1957) de Paul Wendkos, d’après Le casse, publié en série noire en 1954

    Tirez sur le pianiste (1960) de François Truffaut, d’après le roman éponyme publie en 1957 en série noire

    Le casse (1971) d’Henri Verneuil, d’après Le casse, publié en série noire en 1954

    La course du lièvre à travers les champs (1972) de René Clément, d’après Vendredi 13, publié en 1955 en série noire.

    La lune dans le caniveau (1983) de Jean-Jacques Beinex, d’après le roman éponyme publié chez Fayard en 1981.

    Rue Barbare (1984) de Gille Béhat, d’après le roman éponyme publié en 1980 chez Clancier-Guénaud.

    Descente aux enfers (1986) de Francis Girod, d’après le roman du même titre publié chez PAC en 1977.

    Sans espoir de retour (1989) de Samuel Fuller, d’après le roman éponyme, publié en 1956 en série noire

     

    « Savages, Oliver Stone, 2012LE JEU D’ECHECS, LE FILM NOIR ET HUMPHREY BOGART »
    Partager via Gmail

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :