• On ne joue pas avec le crime, Five against the house, Phil Karlson, 1955

    On ne joue pas avec le crime, Five against the house, Phil Karlson, 1955 

    On pourrait croire que Phil Karlson et Kim Novak tournant un film au cœur duquel se trouve le hold-up d’un casino fasse un bon film. Et bien ce n’est pas le cas. C’est un film très décevant et la déception vient principalement d’un scénario bien trop conformiste. On pourrait même dire que c’est le plus maivais Phil Karlson dans le genre noir. Five against the house s’intercale bizarrement dans une assez longue série de très bons films noirs : en 1952, Phil Karlson a réalisé Kansas City confidential, en 1953 99 River street, en 1955 Tight rope, et cette même année il réalisera The Phoenix City story. Quant à Kim Novak elle n’en est encore qu’au début de sa carrière, elle a seulement joué dans un seul film significatif, Pushover de Richard Quine.

    On ne joue pas avec le crime, Five against the house, Phil Karlson, 1955

    Le scénario est tiré d’un ouvrage de Jack Finney dont certaines œuvres ont été publiées dans la Série noir, mais qui fut principalement un auteur de science-fiction. Il est l’auteur de Invasion of the body snatchers.

     On ne joue pas avec le crime, Five against the house, Phil Karlson, 1955 

    A Reno les quatre mais vont découvrir l’univers frelaté des casinos 

    Quatre amis, vétérans de la Guerre de Corée sont étudiants grâce à un programme spécial du gouvernement qui doit les aider à se réinsérer dans la vie civile. Passant par Reno, l’un d’eux, Ronnie, va avoir l’idée de dévaliser un casino. Le coup met un peu de temps à murir, et en attendant nos quatre compères mènent une vie d’étudiant qui ne les satisfait guère, ça manque d’action. Al file le parfait amour avec Kaye qui s’est faite engagée pour chanter dans un cabaret. Son objectif sera de se marier le plus rapidement possible. Mais Kaye hésite, elle st est effrayée par l’idée de se passer la corde au cou. Al étant excédé de ses hésitations, va décider de partir avec ses amis à Reno. Evidemment ceux-ci ont décidé de réaliser le hold-up, mais ils ne lui ont pas dit. Prise de remords, Kay va les accompagner à Reno, pensant qu’ainsi elle pourra se marier avec Al. Durant le voyage qui se passe dans une caravane accrochée à une voiture, ce qui est assez original, Al et Kay sont mis au pied du mur par Brick qui semble avoir perdu la tête, et sommés de participer au hold-up. Le hold-up réussira, mais Kay dénoncera la bande à la police tandis que Brick tente de s’enfuir en emportant le magot.

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    Brick fait du charme à une joueuse de roulette 

    Plusieurs thèmes traditionnels du film noir sont mis à contribution. D’abord celui des héros de la guerre qui rentrent au bercail et qui ont du mal à se réadapter à la vie civile et que les souvenirs de la guerre plongent dans un mal de vivre difficile à surmonter. Ensuite celui d’une bande d’amis qui mettent en route un cambriolage de casino, idée qui sera reprise dans la première version d’Ocean’s eleven en 1960. Mais le scénariste, Stirling Silliphant,  dont c’était ici le premier travail important, a bien du mal à boucler son histoire. Il sera plus percutant dans d’autres films noirs comme Lineup de Don Siegel ou même Tight rope de Phil Karlson. Le déséquilibre du film est double, d’abord le hold-up a beaucoup de mal à se mettre en place, ça se traîne en longueur dans la description d’une vie universitaire qui n’intéresse personne, ensuite, dans lers circonvolutions qui sont sensées nous expliquer le pourquoi du comment il est nécessaire que le hold-up échoue. Si le déroulement du hold-up est très bien mené et filmé, il est aussi assez simplet dans son déroulement. De même le fait que Brick veuille tout seul s’accaparer du magot ne corresponda pas à la psychologie du personnage tel qu’il est présenté dans la première partie du film

     On ne joue pas avec le crime, Five against the house, Phil Karlson, 1955 

    En rentrant à l’Université, les quatre amis font le point 

    Probablement Phil Karlson a-t-il un peu trop tourné en 1955, puisqu’il alignera pas moins de quatre films cette année-là. Certes sa patte est bien là, et la manière de filmer sauve en partie le film du désastre total. Il y a des scènes effectivement assez soutenues, à commencer par le hold-up qui repose plus sur la persuasion que sur la violence, ou encore la poursuite entre Brick et Al qui utilise un garage muni d’un élévateur de voitures. Mais trop d’aspects sont assez pauvres, comme cette idée loufoque de filmer longuement Kim Novak en train de chanter, ou ces face-à-face entre Kay et Al illustrés par des baisers aussi longs qu’insipides – pourtant embrasser Kim Novak ce ne devait pas être une tâche aussi difficile que ça. Le caractère choral du film éclater le récit et désarçonne le spectateur. On ne sait plus s’il s’agit d’une histoire d’amour et de mariage, ou celle d’une folie ordinaire, celle de Brick. Les caractères sont assez peu fouillés.

     On ne joue pas avec le crime, Five against the house, Phil Karlson, 1955 

    Ils sont venus écouter Kay chanter 

    C’est un petit film d’une heure vingt, avec un petit budget. Ce sont presque tous des acteurs de second plan qui sont utilisés, sauf Kim Novak bien sûr, mais à l’époque elle n’a pas fait grand-chose. Elle manifeste une certaine raideur qu’on ne percevait pourtant pas dans Pushover. Elle se rattrapera dans les années qui viennent. Mais Guy Madison est tellement insipide qu’on a l’impression qu’on va s’endormir. Il joue un peu comme une enclume, et on se demande bien ce que Kim Novak peu trouver à un type de son acabit. Du reste elle a toujours l’air de se demander ce qu’elle fait dans cette histoire. Brian Keith a un peu plus de consistance, c’est lui qui joue le rôle de Brick le déséquilibré, et ma foi, c’est sans doute lui le moins mauvais. Il faut dire qu’il a un physique qui surprend. Alvy Moore dans le rôle de Roy est plutôt dynamique, mais il n’a pas grand-chose à faire et son physique parle pour lui. La distribution est complétée par le pâle Kerwin Mathews qui n’aura fait qu’une petite carrière en atteignant ses sommets avec le rôle de Simbad le marin et plus tard en incarnant OSS117. Alvy Moore est bien là pour jouer les contrepoids avec son physique complètement décalé.

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    La belle Kay sait charmer son auditoire 

    Il y a quelques belles scènes servies par une très belle photo où les noirs et blancs sont accentués. Mais dès qu’on commence à parler de la qualité de la photo c’est que le film ne recèle pas grand-chose à sauver. Reno est filmé de nuit, magnifiquement, et les scènes de foule dans le casino sont très justes et très vivantes. Il y a aura donc quelque chose de moderne, un peu en rupture avec les films noirs précédents. Si ce n’était pour avoir une vision plus complète de la carrière de Kim Novak et de celle de Phil Karlson, on pourrait très bien se passer de voir ce film.

     On ne joue pas avec le crime, Five against the house, Phil Karlson, 1955 

    Brick et Ronnie réfléchissent au hold-up

     On ne joue pas avec le crime, Five against the house, Phil Karlson, 1955 

    Kaye craint pour la vie de Al

    « Adieu ma belle, Murder my sweet, Edward Dmytryk, 1944MATEWAN, John Sayles, 1987 »
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