• Once upon a time… in Hollywood, Quentin Tarantino, 2019

     Once upon a time… in Hollywood, Quentin Tarantino, 2019

    Ce dernier film de Tarantino, le neuvième, serait donc son avant-dernier. Et c’est tant mieux. Parce que plus le temps passe et moins ça s’arrange. Ce film a reçu une volée de bois vert de la critique, ce à quoi Tarantino n’était pas habitué. Sans doute le découvre-t-on pour ce qu’il est. Mais il est clair que bon ou mauvais, son film a obtenu un franc succès, doté d’un budget de 90 millions de dollars, il a été très rentable avant même d’engranger des bénéfices supplémentaires avec une série télévisée qui devrait être produite par Netflix, construite en rajoutant les scènes qui ont été coupées au montage. Elle  serait en quelque sorte une version longue du film. En dehors de l’idée de gagner encore un peu plus d’argent, on peut se demander le sens d’un tel projet, étant donné que le film tel qu’il a été projeté en salle est déjà beaucoup trop long, il dure plus de deux heures et demi. Le film qui mélange la réalité à l’imaginaire, a fait l’objet de longues polémiques. Au moins deux sont à retenir, la première est la manière dont a été traité l’assassinat et l’affaire Charles Manson. Non seulement Tarantino présente Sharon Tate comme une abrutie finie, mais il se permet des allusions déplacées sur ceux qui l’ont assassinée. Polanski est un réalisateur et un homme que je n’apprécie pas, mais est-ce une raison pour le traiter ainsi ? Ensuite il présente Bruce Lee comme un débile profond, ce qui a vexé à la fois la fille et la mère de l’acteur décédé. Ces polémiques ne sont pas sans intérêt parce qu’on présente Tarantino comme un réalisateur nostalgique du Hollywood d’antan. Mais moi je n’y vois que le mépris et la haine du cinéma et de ceux qui le font. C’est un travail de croque-mort, et Tarantino en à le physique, à défaut de pouvoir tenir des rôles de jeune premier, il aurait pu tenir celui du croque mort dans des western-spaghettis. Certes nous connaissons toutes les turpitudes d’Hollywood, mais dans l’approche de Tarantino, il n’y a pas un brin d’amour. Ça fait un peu colporteur de ragot, comme si les échotières Edda Hopper et Louella Parsons, les deux langues de vipère d’Hollywood s’étaient mises à la réalisation ! 

    Once upon a time… in Hollywood, Quentin Tarantino, 2019 

    Marvin Schwarz explique à Rick Dalton qu’il est fini 

    Rick Dalton vient d’apprendre par son agent qu’il doit renoncer à ses ambitions, et que le mieux serait pour lui d’accepter de jouer des westerns en Italie. L’acteur comprend qu’il est fini et que le temps des vaches maigres est en train d’arriver. Il explique ça à son tour à Cliff Booth, un cascadeur qui est aussi sa doublure et qui lui sert d’homme à tout faire. Il va donc déprimer à jouer des rôles de mauvais garçon dans une série télévisée, Lancer, où il donne la réplique à James Stacy. Il se saoule un peu la gueule avec Cliff. Ses voisins sont le couple Polanski qui n’arrête pas de recevoir des huluberlus. Rick Dalton pour continuer à gagner sa vie, va partir en Italie où il tourne quelques westerns et où il se marie. Sharon Tate fait sa vie et semble croire qu’elle est devenue une grande vedette, aussi elle va le vérifier dans un cinéma où on passe un film dans lequel elle a joué avec Dean Martin. Cliff lui va faire la connaissance d’une jeune hippie, Pussycat, qui habite avec toute une bande de brancailles comme elle au ranch de George Spahn. On saura plus tard qu’il s’agit de la secte de Charles Manson. Cliff tente de savoir ce qui est arrivé à George, il l’a connu parce que dans le temps il a tourné des cascades dans son ranch. Entre temps Rick Dalton l’a fait engager pour une cascade, mais il se bagarre avec Bruce Lee et se fait virer. Il va tenter de percer le mystère de George Spahn, mais il ne découvre rien du tout et doit se battre avec un hippie qui lui a crevé un pneu de sa voiture. Mais la bande de Charles Manson va tenter d’attaquer le couple Polanski. Une première fois Rick va les faire fuir, mais ils reviennent. Se trompant de maison, ils agressent Cliff qui avec son chien en descend plusieurs. Rick se rendant compte qu’il se passe quelque chose va chercher un lance-flamme et trucide le dernier. L’attaque du couple Polanski a échoué. 

    Once upon a time… in Hollywood, Quentin Tarantino, 2019 

    Abonné à jouer les méchants dans des séries télévisées, Rick Dalton déprime 

    Comme on le voit il n’y a pas vraiment d’histoire, mais une succession de scénettes qui s’enfilent comme des perles, avec en arrière-plan l’affaire Polanski. C’est un film hargneux, il n’y en a pas un pour racheter l’autre. Les hippies sont débiles, Pussycat veut sucer tout le monde. Les agents sont véreux, les réalisateurs hystériques et les acteurs déprimés. Trouver un sens à cette soupe est plutôt délicat. Mais il y en a un. Indépendamment qu’on pourrait y voir la démission de Tarantino de ce business, il y a le principe éculé de montrer Hollywood comme une terre de perdition. Cependant Tarantino n’est pas Minelli qui a tourné sur ce thème un mélodrame flamboyant, The bad and the beautiful, en rien il ne peut être comparer à ce réalisateur d’ailleurs, et donc il va forcer le trait du côté de la caricature pour tenter de se donner un style. C’est le constat d’une impuissance à faire du cinéma qu’il présente comme la fin d’une époque. Mais c’est toujours la fin d’une époque. Et il est probable que le cinéma soit en train de changer de forme et de sens. La bêtise hargneuse de Tarantino a été vue par certains comme la marque d’une pensée d’extrême-droite. Je n’irais pas jusque-là, vu qu’on ne sait pas trop ce que défend Tarantino sur le plan des idées. On l’a vu donner dans le politiquement correct avec Django unchained et The hateful eight, développant un antiracisme des plus primaires quoique peu compatible avec une pensée d’extrême-droite. Il a l’air de vouloir porter un jugement moralisateur sur Hollywood, ce qui n’est guère original, mais ce qu’on prend pour de la morale n’est peut-être que la transcription cinématographique de la haine qu’il manifeste pour le genre humain. Même la relation entre Rick et Cliff, on ne sait pas trop ce que c’est, ni ce qu’elle signifie. 

    Once upon a time… in Hollywood, Quentin Tarantino, 2019

    Cliff Booth répare l’antenne de télévision de Rick Dalton 

    La réalisation pose de gros problèmes. D’abord il y a cette idée de mêler des personnages connus, Steve McQueen, Sharon Tate, James Stacy, Polanski, Charles Manson, avec des personnages de fiction. C’est plutôt laid, mais la laideur est la marque de ce film. C’est toujours difficile de trouver des acteurs pour incarner des personnes très connues, mais là il semble que cette distribution pléthorique n’ait guère été réfléchie. Tarantino s’applique à enlaidir Leonardo DiCaprio en l’affublant de perruques toutes plus laides les unes que les autres. Son but aurait été de rabaisser l’acteur, qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Le second reproche est l’interminable suite de morceaux de séries télévisées ou de films de seconde catégorie que Tarantino s’est cru obligé d’intégrer pour faire époque. Il aurait pu facilement couper une bonne demi-heure de son film que cela n’aurait rien changé au propos. Les incohérences scénaristiques laissent croire que le scénario a été écrit en un heure ou deux sur un coin de table. Par exemple le double hasard qui fait se rencontrer d’une part Cliff et la bande Manson, et d’autre part Rick et les habitants de la maison de Polanski, c’est un peu abuser. Curieusement c’est Charles Manson et sa bande qui sont le mieux traités, disons avec plus de respect. Le film est daté de 1969, mais les décors trop bien léchés et même les habits ne donnent pas cette impression. Los Angeles dans ces temps-là était un peu plus sordide que cela et la misère pouvait s’y voir. On reprochera aussi le grotesque de la scène finale avec un Rick Dalton qui prend le temps d’aller chercher son lance-flamme. C’est plutôt ridicule, même si on peut rétorquer qu’il s’agit d’une œuvre de fiction. 

    Once upon a time… in Hollywood, Quentin Tarantino, 2019 

    Sharon Tate est contente d’aller se voir au cinéma 

    La distribution c’est d’abord Leonardo DiCaprio et Brad Pitt. Le premier est un très grand acteur, peut-être le meilleur de sa génération, mais il fait malheureusement des choix très contestables, et au final il n’a pas beaucoup de réussites à son actif. C’est dommage. Mais il est encore jeune. Donc il incarne Rick Dalton avec beaucoup de finesse malgré l’indigence du scénario. Sa scène où il est confronté avec Trudi Fraser, incarnée par l’excellente Julia Butters, est remarquable. Cette dernière avait à peine 9 ans au moment du tournage, elle promet. Brad Pitt est égal à lui-même, ni bon, ni mauvais, il a l’air de se promener et de s’ennuyer un brin, mais au fond c’est le rôle qui veut cela. On constatera qu’il commence à vieillir. Il est difficile de juger de la prestation de Margot Robbie. Il semble en effet que Tarantino ait voulu ridiculiser complétement Sharon Tate, et donc Margot Robbie s’applique à jouer les écervelées, affichant un sourire imbécile en permanence. Emile Rich joue Jay Sebring, un personnage qui a également existé. Celui-ci était le coiffeur de Sharon Tate, il sera assassiné par la bande de Charles Manson. Tarantino le présente comme s’il était l’amant en permanence de Sharon Tate. Certes il ne l’affirme pas, mais il le sous-entend par des images. J’aime bien Margaret Qualley qui incarne Pussycat, elle a du charme et du talent. Le reste c’est un long catalogue du bottin d’Hollywood, avec Kurt Russel, Bruce Dern, et bien d’autres. Al Pacino fait son numéro sans vraiment convaincre. 

    Once upon a time… in Hollywood, Quentin Tarantino, 2019 

    Cliff Booth tente de voir George Spahn 

    Si je comprends tout à fait le succès d’un film comme Joker par exemple, je suis incapable d’expliquer celui des films de Tarantino en général et de celui-là en particulier. Certes il y a comme dans Joker justement une forme de désenchantement du rêve américain, mais ce n’est guère suffisant il est probable aussi que les jeunes générations qui ont fait triompher ce film ne connaissent pas non plus les références que Tarantino brasse. Mais les connait-il lui-même ? 

    Once upon a time… in Hollywood, Quentin Tarantino, 2019 

    Rick Dalton passe une partie de la bande à Charles Manson au lance-flamme

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