• Parker, Taylor Hackford, 2013

     

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    Parker est le héros de papier créé par Richard Stark – pseudonyme de Donald Westlake prolifique auteur de romans noirs et policiers. Parker est un bandit, un professionnel de la cambriole, à la fois solitaire et capable d’utiliser des réseaux compliqués pour obtenir le matériel nécessaire à sa profession. En règle générale il monte des hold-ups avec des gens qu’il connaît plus ou moins, en essayant de les cloisonner. L’affaire se passe la plupart du temps bien, mais il a régulièrement des problèmes soit avec ses commanditaires, soit avec ses équipiers. Cela l’amène à devenir violent, car homme à principe, il ne peut laisser passer un manquement à sa morale. C’est du travail de série, et Donald Westlake le considérait seulement comme un délassement, une façon facile de faire un peu d’argent. Beaucoup prennent pourtant cette série au sérieux, y voyant une forme de morale alternative à la morale bourgeoise : tout le monde vole, particulièrement les banquiers et les patrons, alors pourquoi se gêner ?

    Comme la série met toujours en scène des coups fumants et souvent imaginatifs, c’est un bon véhicule pour le cinéma. En effet, dans la lignée d’Asphalt Jungle de John Huston, on ne compte plus les films de casse. Ça donne parfois des chefs-d’œuvre parfois des navets.

    Parker a été ainsi très souvent adapté au cinéma. La première fois, à ma connaissance, c’est Jean-Luc Godard qui adapte Rien dans le coffre sous le titre Made in USA. On se doute que cette adaptation est des plus relâchée et ne ressemble en rien au monde de Richard Stark. La seconde adaptation est Le point de non retour, en 1967, le chef d’œuvre de John Boorman, emmené par un extraordinaire Lee Marvin, et certainement la meilleure adaptation d’un Richard Stark – Parker prend le nom de Walker. La troisième adaptation est plus intéressante, c’est celle d’Alain Cavalier, Mise à sac, d’après En coupe réglée. Adaptation française, c’est Michel Constantin qui endosse le rôle de Parker : malheureusement ce film est invisible depuis longtemps et Cavalier, après avoir fait quelques essais réussis dans le film noir, notamment le très beau L’insoumis avec Alain Delon, s’est détourné du genre.

    En 1968 Gordon Fleyming adapte Le septième, sous le titre d’Echec à l’organisation ou The split mais Parker se nomme maintenant McClain, et il est noir puisque c’est Jim Brown qui l’incarne. Malgré cette originalité, si on peut dire, le film est un échec, public et critique. Il faudra attendre 1973 pour voir une nouvelle adaptation de Parker. Ce sera The outfit, Echec à l’organisation, réalisé par John Flynn avec Robert Duvall dans le rôle de Parker, ici appelé Macklin. C’est un film assez curieux et légérement neurasthénique. 1983, le triste Peter Coyotte s’y colle avec ses yeux de chiens battu, dans une adaptation de Terry Bedford qui date aussi de 1983. Le film, The slayground est considéré comme une catastrophe et n’a pas franchi l’Atlantique, donc, je ne l’ai pas vu. Mais Parker cette fois s’appelle Stone – on, ne saity si c’est pôur mieux passer incognito, mais en tout cas Parker qui n’a jamais eu de prénom change toute le temps de nom et de figure dans les différentes adaptations.

    Il faudra ensuite attendre 1999. Ce sera Payback de Brian Helgeland. C’est un remake du Point de non retour. Sauf que Parker est interprété cette fois par le très médiocre Mel Gibson. Bien que le film soit très mauvais, ce sera un grand succès public. On note qu’ici Parker s’appelle Porter et change encore une fois de nom.

    Et puis voilà on arrive à Parker en 2013. Taylor Hackford est à la réalisation et Jason Statham  incarne Parker sous son vrai nom enfin !! Le livre qui a servi à l’élaboration du scénario est Flashfire, traduit sur ce titre aux éditions Rivages

    A travers tous ces films il y a une constante : Parker  - que soit son nom d’emprunt – est en butte avec le crime organisé qui au fond représente une autre forme de capitalisme ; l’autre point est que ces aventures se situent très souvent dans des milieux populaires, l’Amérique profonde, même si souvent celle-ci est utilisée cfomme un contrepoint de l’Amérique riche et arrogante, fière de ses automobiles de luxe et de ses maisons avec piscine.

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    Cette nouvelle adaptation bénéficie de moyens importants, le budget était de 35 millions de dollars, la vedette en est Jason Statham, mais il y a aussi Jennifer Lopez qui met en valeur ses attributs fessiers, et dans des seconds rôles Michael Chiklis et Nick Nolte. Ça commence plutôt bien avec un hold-up de routine dans une foire de l’Ohio où se mêlent des concours de bétail et des défilés de majorettes. Mais le partage se fait mal lorsque Parker refuse de continuer avec la même équipe. Ses acolytes le laissent pour mort et le volent pour monter un autre coup qui devrait être bien plus rémunérateur. Dès lors l’increvable Parker va chercher à se venger, bien que cette bande de crapules sans morale, sans respect de ses engagempents, s’appuie sur une sorte de syndicat du crime basé à Chicago. A partir de là, la violence va se déchaîner et on ne va plus compter les morts violentes : Parker tuant sans plaisir mais par nécessité.

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    Certains aspects de ce film sont intéressants, le personnage de Leslie, qui vend de l’immobilier à de riches oisifs qui ne rèvent que de s’abstraire de la décomposition sociale en se barricadant dans des résidences de luxe, est l’image même de la frustration de l’Amérique profonde qui ne pense qu’à s’enrichir à son tour même si c’est en plongeant dans l’illégalité. Ou encore sa mère doint le cerveau est rongé par des séries télévisées insipides et qui n’hésite pas à aider un malfrat en cavale. L’opposition des lieux entre l’Ohio profond et agricole et cette presqu’île de Palm Beach, enclave de la richesse et de la morgue du capitalisme sauvage. Mais tout cela est très insuffisant pour faire un film.

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     Certes Taylor Hackford a une prédilection pour le « noir », il avait réalisé un remake d’Out of the pasten 1984, sans convaincre toutefois. Mais ici l’échec artistique est patent. Le rythme est décousu, les scènes de violence virent au gore sans trop de raisons. Et puis bien sûr l’interprétation insipide de Statham  plombe le film. On comprend bien que Parker est un homme d’action froid et violent, mais est-ce pour autant qu’on doive en faire une mécanique au regard vide ? Jennifer Lopez dont les espoirs au cinéma ont été assez déçus, fait ce qu’elle peut pour donner un peu de vie à ce film, mais son exubérance finit par apparaître comme décalée par rapport à la tonalité générale du film. A cela s’ajoute la photographie très banale du film qui hésite entre le téléfilm et le dépliant touristique.

    Cela fait beaucoup. En tous les cas le film n’a pas été un succès aux Etats-Unis. C’est donc un échec de plus pour les adaptations de Parker sur le grand écran.

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    « Deux mains, la nuit, The spiral staircase, 1946, Robert SiodmakHenri ou Henry, le roman de mon père, Didier Decoin, Grasset, 2006 »
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