• Philippe Corcuff, Polars, philosophie et critique sociale, Textuel, 2013.

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    Enseignant en Sciences politiques, Philippe Corcuff est un chercheur engagé, très à gauche. Il a beaucoup écrit, sur la gauche, sur Marx. Il s’est fait remarquer pour avoir essayé un peu toutes les organisations de gauche et d’extrême-gauche, aucune ne trouvant finalement grâce à ses yeux. Il s’est aussi rapproché de Jean-Claude Michéa pour ensuite s’en démarquer. Cet engagement va se retrouver dans sa manière de parler du polar et plus précisément du « noir ». Sa démarche se veut à la fois politique, philosophique et sociologique. Additionnant plutôt que retranchant les différences de point de vue. Sa thématique s’inscrit dans les pas de Manchette qui est finalement sa principale référence, même s’il s’en démarque à propos de la question du « béhaviorisme » que Manchette revendiquait comme la marque de fabrique du noir contestataire.

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    Le livre présente deux parties distinctes, de taille à peu près égales. La première est une compilation d’articles publiés ailleurs et qui semble donner une vision analytique à cette forme littéraire particulière. La seconde est également une compilation de petites notes sur les lectures de Corcuff, souvent accompagnées de citations qui visent à démontrer le rapport d’identité qu’il peut y avoir entre le roman noir et une vision critique de notre réalité quotidienne.

    L’ouvrage met en avant l’idée que la fiction quand elle prend la forme du noir a un sens pratique finalement évident : non seulement elle donne des arguments tangibles à la critique sociale en montrant la proximité entre le capitalisme et le crime, mais également en offrant une porte de sortie morale : le noir est aussi une leçon d’éthique.

    L’ensemble fait un peu de bric et de broc, pour cette raison il ne convaincra que les convaincus, s’appuie sur la lecture d’une quinzaine d’auteurs, anciens et contemporains. Parmi les grands anciens, si Dashiell Hammett est salué comme le père fondateur, Corcuff, il s’attarde plus sur David Goodis qui est un peu oublié de nos jours. Parmi les contemporains, il retient Lehane, Sallis et Crumley. A mon humble avis il surestime leur importance.

    L’effort de démonstration dans le première partie est parfois obscur, s’appuyant sur le jargon de Boltanski qui lui-même n’a pas l’air de très bien connaître le roman noir et en est resté à une conception assez étroite du polar, notamment dans l’introduction. De même on pourra lui reprocher de reprendre à son compte les simplifications abusives de Manchette dont le principal mérite aura été de poser la question du roman noir comme forme alternative à une littérature engoncée dans ses certitudes académiques.

    Parfois l’ouvrage est émaillé d’approximations notamment en ce qui concerne les adaptations des ouvrages de Goodis. Courcuff connait Le casse de Verneuil, mais il ne connait pas The bruglar qui est bien plus intéressant et adapté du même titre. On peut répéter la même critique par rapport aux adaptations de Jim Thompson.

    Ainsi le principe de cet ouvrage nous plait assez, mais tout cela manque de profondeur. Une des questions importantes n’est pas soulevée : le roman noir se développe presque toujours dans les périodes de recul de la lutte sociale, à la fois comme l’expression de la défaite – c’est bien le cas du néo-polar qui émergence dans la retombée des luttes sociales après Mai 68 – comme un refuge aussi en attendant des jours meilleurs.

    « Deux Hommes dans Manhattan, Jean-Pierre Melville, 1959Un flic, Jean-Pierre Melville, 1972 »
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