• Pitié pour les rats, Jean Amila, Série noire, Gallimard, 1964

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    De temps en temps on redécouvre Jean Meckert qui signait aussi Jean Amila ou même à ses débuts en Série noire, John Amila. Récemment la revue Temps noir à publier des textes de lui, soit oubliés, soit complétement inédits. Evidemment par rapport à la production contemporaine, c’est toujours intéressant de le relire, même si son œuvre est assez inégale. Issu d’une famille très pauvre, il est venu au polar par le biais de la littérature prolétarienne, son premier ouvrage Les coups qu’il publia pendant l’Occupation connu d’emblée un grand succès. C’est sans doute son meilleur roman.

    Sa carrière stagnant, c’est semble-t-il Marcel Duhamel qui lui a conseillé d’écrire pour la Série noire, en américanisant son nom. Il avait cependant gardé le goût du petit peuple de Paris, une forme de révolte anarchisante qui pourrait le faire classer facilement dans la catégorie des précurseurs du néo-polar. San trop s’avancer, on pourrait penser que c’est cet ouvrage qui est à l’origine de Nada de Jean-Patrick Manchette.

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    Pitié pour les rats est un des rares polars qui utilise la fin de la guerre d’Algérie, et la saga de l’OAS comme toile de fond. C’est l’histoire d’une famille ouvrière qui arrondit ses fins de mois en cambriolant médiocrement des pavillons de banlieue pour revendre ensuite leur maigre butin aux Puces ou chez quelque brocanteur pas trop regardant. Ils s’appellent les Lenfant. Ce qui en dit assez sur leur innocence finalement. Tout cela ne donnerait pas matière à l’écriture d’un polar si le destin ne s’en mêlait. Une nuit Julien qui vient de cambrioler un petit appartement, est surpris dans son travail par un policier qui lui tire dessus et manque de la tuer si n’était pas intervenu Michel, justement un soldat perdu de l’OAS. Celui-ci sauve la vie de Julien et entre eux va naître une sorte d’amitié. Mais les choses vont rapidement se gâter, d’une part les amis de l’OAS – le mot n’est toutefois jamais écrit – vont essayer de les embarquer dans leur guerre perdue contre le pouvoir gaulliste, et d’autre part Michel va séduire à la fois la fille et la mère Lenfant. Les choses finiront plutôt mal.

    La première chose qu’il faut remarquer c’est que si l’intrigue est assez simple, il y a un souci de vérité dans la description des personnages, comme des lieux qui servent de décor qui donne vraiment du corps à l’ouvrage. Comme souvent il utilise des lieux où l’eau joue un rôle important, les écluses, les maisons isolées et protégées par cette nature liquide et envahissante. Cela est renforcé d’ailleurs par les dialogues qui permettent à Amila de jouer du langage parisien de l’époque sans toutefois en remettre trop.

    La seconde remarque porte sur l’approche politique d’Amila, anrchiste dans l’âme, curieusement il se refuse de juger les petits soldats de l’OAS, bien que ceux-ci soient plutôt portés vers des formes autoritaires ou militaires de pouvoir. Mais cette approche est assez représentative de ce qu’on pouvait penser de l’OAS vers 1963-1964. On les voyait comme des soldats perdus, des aventuriers nécessairement suicidaires, et c’est pour cela que leur combat avait quelque chose finalement d’assez pathétique. Pour mieux saisir cette ambiance – cette vérité – on peut se reporter au film d’Alain Cavalier, L’insoumis, dont j’ai parlé il y a quelques semaines.

     

    L’ouvrage a certainement été écrit très vite, mais quelques scènes fortes restent, comme le casse d’une usine qui rate complètement et qui tourne à la débandade, ou encore la tournée d’Yvonne essayant de placer sa camelote auprès des brocanteurs du côté de Saint-Ouen. 

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