• Portrait of a mobster, Joseph Pevney, 1961

     Portrait of a mobster, Joseph Pevney, 1961

    Toujours de Joseph Pevney, voilà un excellent film de gangster, façon ascension et chute d’un caïd. Cette fois il s’agit de la vie brève et violente de Dutch Schultz qui en vérité s’appelait Arthur Flegenheimer et avait des origines juives allemandes. Ce serait lui qui aurait fait tuer le fameux Legs Diamond, mais il se serait fait à son tour abattre par les hommes de Lucky Luciano avec qui il ne voulait pas composer pour ce qui concerne la maitrise des loteries à numéro. C’est donc un personnage de légende, de l’époque de la prohibition et qui survécut bienpeu de temps à celle-ci. 

    Portrait of a mobster, Joseph Pevney, 1961

    Le scénario est basé sur un ouvrage d’Harry Grey – de son vrai nom Herschell Goldberg – qui est maintenant surtout connu pour avoir écrit The hoods, apparemment son autobiographie, qui servit de base au film de Sergio Leone, Once upon a time in America, Robert De Niro interprétant son rôle. C’est donc quelqu’un qui s’y connait, qui sait de quoi il parle. En vérité il n’y a pas beaucoup de rapport entre le livre et le film : par exemple Dutch et Bo Wetzel (pour Weinberg) sont présentés dans le film comme des amis d’enfance qui ont grandi ensemble dans la rue, alors que dans le livre Ils se croisent au moment où Dutch va se lancer dans la conquête du Bronx. Le personnage du roman est bien plus paranoîaque que celui du film, et moins conventionnele aussi Dutch a une relation sexuelle compliquée avec la mère et ses deux filles, trois rouquines. Précisons que ce sont deux personnages qui ont réellement existé. Par contre dans l’ouvrage si il y a bien une guerre des gangs, elle n’est pas le fait d’un conflit entre Legs Diamond et Dutch, mais plutôt entre Schultz et Cole, puis entre Schultz et la mafia. Ou encore entre la mafia sicilienne et les gangs d’origine juive.

    Le scénario proprement dit est de la plume d’Howard Browne, écrivain et scénariste qui se spécialisa un peu dans le personnage d’Al Capone. En vérité il apparaît que ce film est une sorte de duplication du film de Budd Boetticher, The Rise and Fall of Legs Diamond qui avait été une excellente surprise l’année précédente. Mais tout cela ne change rien au fait que le film est très bon. 

    Portrait of a mobster, Joseph Pevney, 1961 

     Dutch et Bo partent à la conquête du Bronx 

    Dans le film, Dutch Schultz et Bo Wetzel sont deux amis d’enfance, des petits cambrioleurs qui décident de devenir des caïds à la fois en profitant de la prohibition – ils vont mettre la main sur des brasseries – et de l’anarchie qui règne sue le Bronx.  Pour cela ils vont s’allier avec des politiciens et des policiers véreux, tout en se servant d’une force de frappe de premier choix recrutée dans la rue. Cependant Dutch va tomber sous le charme d’Iris qui n’est rien moins que le fille d’un brasseur de bière qu’il a lui-même tué. Or celle-ci est fiancée à un flic de base. Rapidement les projets de Dutch vont se heurter à la bande Legs Diamond. La guerre entre les deux est sanglante, mais c’est Dutch qui en sortira vainqueur. Entre temps Iris a épousé Frank Brennan, le flic, mais leur couple connait des difficultés financières qui vont amené Frank à se vendre à Dutch. Mais cela ne suffira pas et Dutch emportera Iris comme un trophée de guerre. Comme toujours quand on tire trop sur la ficelle, elle craque. En effet, Dutch est à la fois harcelé par la justice et une partie de la police qui n’est pas corrompue, mais aussi par la mafia qu’il traite comme un ramassis de métèques.

     Portrait of a mobster, Joseph Pevney, 1961

     Legs Diamond est entré en guerre contre Dutch 

    Quoique le scénario nous paraisse aujourd’hui un peu convenu, le film est très bien mené et tient bien le specateur sur son fauteuil. La mise en scène est excellente, comme souvent avec Pevney qui a le sens des mouvements d’appareil. Il y mêle aussi des images du passé – le film se passe dans les années vingts – où on peut voir le New York populaire de cette époque. Contrairement aux films de mafia se tourneront à partir du Parain, le film de Sergio Leone compris, ce film n’a pas de « glamour » et le héros très négatif n’a rien de romantique. Il évite également de devenir un support à la gloire des forces de l’ordre qui ne sont pas particulièrement présentées sous un bon jour, les policiers non corrompus apparaissant plutôt comme des exceptions qu’une généralité. 

    Portrait of a mobster, Joseph Pevney, 1961

     D’une manière obstinée Dutch veut conquérir Iris 

    Film à petit budget, Portrait of a mobster repose sur la qualité de son interprétation. Vic Morrow trouve ici son meilleur rôle. Il est un Dutch à la fois séducteur, vulgaire et colérique. Il est tout à fait crédible aussi en amoureux déçu. Son accolyte, Bo Wetzel est incarné magnifiquement par Norman Alden, un habitué des seconds rôles et des séries télévisées. L’inconstante Iris est jouée par Leslie Parrish qui ne fera rien d’extraordinaire en dehors de ce film. Mais elle est très bien. Le clou de la distribution est d’avoir engagé Ray Danton pour incarner à nouveau Legs Diamond, avec ses mêmes accoutrements, ses mêmes gestes et ses mêmes pistolets. Il est tout à fait brillant. Les autres acteurs, qui penchent plutôt du côté de la loi, sont aussi excellents et ont cette facilité à incarner des archétypes : les policiers sont suffisamment endurcis par la vie et les difficultés de leur métier, et les gangsters ont bien des figures patibulaires.

     Portrait of a mobster, Joseph Pevney, 1961

     Dutch est prévenu que les Brennan ont acheté une maison au dessus de leurs moyens 

    Si on retrouve les habituelles scènes de règlement de comptes, l’attaque des speakeasies, il y a des moments plus inattendus, comme cette manière que le juge corrompu a d’éviter la prison à Dutch. Dutch se prenant pour un chanteur de charme, alors qu’il chante comme une casserole est aussi très bien venu. La scène finale qui voit le quartier général de Dutch tomber sous les coups de la mafia est magnifiquement filmée. Car en effet, ce qui importe dans ce film c’est d’abord la trahison. Tout le monde trahi tout le monde, les juges et les policiers trahissent leur métier, Iris trahi à la fois son père et son mari, les hommes de Dutch le trahissent et lui-même les vend à la mafia. Le seul à rester au-dessus de ce genre de contingence est Bo Wetzel qui manifeste son amitié et sa fidélité pour Dutch jusqu’au bout, jusqu’à la mort.

    Portrait of a mobster, Joseph Pevney, 1961

     Les nouvelles ne sont pas bonnes Dutch va être jugé 

    Si je resitue ce film dans son contexte particulier, je vois qu’il a été tourné en 1961. Bien qu’il reprenne quelques formes empruntées au Scarface d’Howard Hawks, il s’inscrit dans une lignée de films anti-mafia tournées à la même époque. En effet, c’est au début des années soixante que le FBI dirigé par le sinistre Hoover a fait semblant, poussé par les événements, de redécouvrir la mafia comme un mal à combattre en priorité. Mais il ne se pressera pas de le faire, étant lui-même complètement corrompu par cette même mafia. Outre La chute d’un caïd de Budd Boetticher, le film de Pevney est aussi proche de celui de Stuart Rosemberg, Murder inc. Ces films ne veulent pas développer un point de vue moral, ils se veulent descriptifs, laissant le spectateur se faire une opinion par lui-même. C’est certainement la rupture d’avec les films de ce genre qui se tournaient dans les années trente et qui présentaient toujours les gangsters comme de sinistres crapules sans morale et sans complexité. 

    Portrait of a mobster, Joseph Pevney, 1961

     Iris a sombré dans l’alcool 

    Ce film de Pevney qui illustre de belle manière le sous-genre du film noir qu’est l’ascencion et la chute d’un caïd, à défaut d’être très original, mérite plus que le détour. Une manière de saluer le savoir faire de son réalisateur, à mon sens bien trop négligé par la critique.

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     Brennan est ridiculisé par les hommes de Dutch

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     Dutch se défend contre les hommes de la mafia

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    Le vrai Arthur Fegenheimer

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