• Positif, novembre 2014

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    Positif est une revue intéressante et aussi irritante. Evidemment elle était bien meilleure quand elle n’était pas envahie par un jargon universitaire plus ou moins maîtrisé par de jeunes étudiants qui cherchent à faire carrière. Meilleure et plus enthousiasmante. D’ailleurs elle ressemble de plus en plus aux Cahiers du cinéma, c’est dire. Maintenant la revue est subventionnée, et on doit se farcir toutes les élucubrations réactionnaires de Michel Ciment comme quoi le téléchargement gratuit ruinerait la création.

    Cependant, si on met de côté les critiques de films récents – on ne sait jamais si le chroniqueur trouve le film intéressant ou non – qui débitent toujours un peu les mêmes lieux communs, et l’éditorial de Michel Ciment, cette revue est intéressante pour les cinéphiles.

     

    Films uniques

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    On y trouve souvent des dossiers originaux. Ce mois-ci le dossier est consacré à des films qui ont été les uniques productions pour leur réalisateur, La nuit du chasseur ou La vengeance aux deux visages. Souvent ce sont d’ailleurs des films tournés par des acteurs qui finalement trouveront ultérieurement plus facile et plus confortable de faire seulement l’acteur. Et bien sûr si ces films sont restés dans les mémoires, c’est aussi parce qu’ils avaient été portés par l’enthousiasme d’un acteur qui s’improvisa réalisateur pour voir achevé un projet qui leur tient à cœur. Les sujets sont divers, mais une dominante baroque semble régner. Tout se passe comme si l’extravagance du sujet avait vidé leur réalisateur de poursuivre plus loin l’aventure de la réalisation. En règle générale ce ne sont pas des sujets grand-public, et du reste ce sont des films, même s’ils sont devenus importants par la suite, qui n’ont guère eu de succès public.

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    L’économie du cinéma

     

    Le second intérêt de ce numéro de Positif est sans doute l’article de Steven Soderbergh sur le contexte matériel du cinéma américain. Même si on ne partage pas l’ensemble des analyses de ce réalisateur – situé en permanence entre la production de blockbusters et de films pour festivals – il y a incontestablement un changement : nous sommes à l’ère de la mondialisation, et le rendement des films américains est globalement plus fort à l’extérieur qu’à l’intérieur des Etats-Unis. Cela change tout, parce que maintenant les frais de lancement d’un film sont devenus tellement énormes – Soderbergh avance le chiffre moyen de 60 millions de dollars – qu’il est impossible de financer des films à faible budget. Donc pour ne pas perdre trop d’argent, il faut tourner des films consensuels, chercher le plus petit dénominateur commun qui ramènera le plus de monde dans les salles. Evidemment les conditions de production formatent les films eux-mêmes. Cependant Soderbergh ne va pas trop loin dans le questionnement, en effet, dans les années 40 et 50, le cinéma populaire qui rassemblait les foules étaient pourtant bien plus audacieux, bien plus pénétrant aussi. Comment se fait-il qu’aujourd’hui on s’extasie aussi facilement sur des faux auteurs comme Soderbergh justement ou comme Clint Eastwood ou Tarantino ? Plutôt que de gémir sur le piratage Soderbergh devrait reconnaître que le cinéma américain à l’âge de la mondialisation a perdu – à quelques exceptions près – non seulement une identité, mais aussi sa créativité. Et à force de céder inconsidérément aux sirènes du profit facile, il a vidé globalement le cinéma de son aspect artistique. A  la lecture de ce texte on se demande bien quel peut être l’avenir du cinéma, en tous les cas il ne semble plus passer par les formes habituelles de production et de distribution, et cela d’autant plus que la technologie moderne a abaissé radicalement les coûts de la production matérielle.

     

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    « Au nom de la loi, In nome della legge, Pietro Germi, 1949La bête à l’affut, Pierre Chenal, 1959 »
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