• Quand tu liras cette lettre, 1953

    Quand tu liras cette lettre, 1953

    C’est un film que Melville considérait comme raté, ce qui explique probablement qu’il passe très peu à la télévision et qu’il n’existe pas en DVD. Le film date de 1953. Melville n’a pas encore connu le succès. Il a seulement réalisé deux longs métrages : Le silence de la mer, d’après Vercors et Les enfants terribles qui est de fait plus un film de Cocteau qu’un film de Melville.

    Plus qu’un mélodrame, Quand tu liras cette lettre est d’abord un tournant vers le film noir. Juliette Gréco joue le rôle de Thérèse Voise qui fait une escapade en dehors du couvent pour aider sa jeune sœur, Denise, qui doit assumer le décès de ses parents. Les sœurs Voise vont donc essayer de remonter la papèterie familiale avant que Thérèse ne retourne prononcer ses vœux au couvent. Mais évidemment le hasard s’en mêle. Denise va croiser sur son chemin une petite canaille, Max, jouée par Philippe Lemaire. Mi-maquereau, mi-mécanicien, il est venu à Cannes pour draguer les riches estivantes. Mais rapidement le vaudeville va tourner au drame noir, car Max, impatient de consommer sa relation avec Denise va tout simplement la violer. Celle-ci va faire une tentative de suicide. La puritaine Thérèse va poursuivre Max, le menacer même d’un revolver, de façon à ce qu’il répare sa faute en épousant la malheureuse Denise.

    Quand tu liras cette lettre, 1953

    L’intrigue étant à tiroirs, c’est au tour de Thérèse de succomber aux charmes de Max. et d’ailleurs celui-ci n’est pas insensible à sa beauté impavide. Mais Thérèse est une femme de devoir. Elle refuse de céder et poursuit son but : faire en sorte que Denise soit mariée à Max. La fin sera dramatique, Thérèse partira finalement à la rencontre de Max, mais celui-ci se fera écraser par le train qui était sensé l’amener à Marseille.

    Certes ce n’est pas un chef d’œuvre, mais ce film annonce plusieurs thématiques que nous retrouverons dans la suite de la carrière de Jean-Pierre Melville. Bien que personne n’y ait prêté attention, le personnage de Thérèse ressemble à la fois à Barny pour cette espèce de quête spirituelle échevelée et à Léon Morin pour l’ascétisme mortifère de Léon Morin Prêtre. La façon dont Thérèse est filmée, impavide, saisie en contreplongée, rappelle Léon Morin du haut de son escalier regardant Barny venir à lui. Melville qui se définissait comme athée est dans les deux cas parfaitement fasciné par la religion catholique. Dans les deux films la quête d’une haute spiritualité ressort de pulsions sexuelles étranges autant que fortes : la passion est leur dénominateur commun.

    Quand tu liras cette lettre, 1953

    Denitza Bentcheva a souligné l’importance de ce film comme brouillon des films noirs de Melville : c’est aussi bien la description de la boîte de nuit que celle d’un milieu interlope de petits margoulins. Daniel Cauchy joue à cet égard le rôle de passeur puisqu’on le retrouvera dans Bob le flambeur, premier film noir de Melville. Le combat de boxe fera ultérieurement l’ouverture de l’aîné des Ferchaux.

    Quand tu liras cette lettre, 1953

    Tous ces éléments en font bien sûr un film de Melville, au-delà de la simple commande commerciale. Seul l’élément maladif de la relation amoureuse est assez étrange dans l’œuvre de Melville. Et si le film souffre de nombreuses insuffisances, cela vient plutôt du fait qu’à cette époque Melville se cherche, qu’il ne sait pas encore quelle sera sa thématique. L’interprétation est tout à fait remarquable. Juliette Gréco n’a jamais été meilleure : amaigrie, les cheveux tirés en une coiffure austère, elle est l’image même de la passion. Philippe Lemaire qui deviendra ensuite son époux, est, dans le rôle de la petite crapule à contre-emploi. Jusqu’alors, il était cantonné dans des rôles de gentils jeune-premiers. Personnage lâche et mesquin, il retrouvera ensuite ce registre dans L’étrange Monsieur Stève. L’utilisation des décors de Cannes et de la Côte d’Azur est également étonnante. Tout y est gris sous un ciel chargé d’orages. Le film reçu un accueil médiocre à sa sortie, et le public le bouda. Mais il est intéressant de le resituer dans la perspective de la cinématographie melvillienne. 

    Quand tu liras cette lettre, 1953

    Bibliographie

    Denitza Bantechva, Jean-Pierre Melville, Editions du Revif, 2004.

    Rui Nogueira, Le cinéma selon Jean-Pierre Melville, Seghers, 1974

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