• Rafles sur la ville, Pierre Chenal, 1957

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    Pierre Chenal, cinéaste trop oublié aujourd’hui, tient une place à part dans le film noir à la française. Il est d'ailleurs cité comme un précurseur par les ouvrages de références américains sur le film noir. C’est tout de même lui qui réalisa avant la guerre la première version du Facteur sonne toujours deux fois, sous le titre Le dernier tournant. Son cinéma à une volonté de vérité qui le porte naturellement vers le noir, puisque c’est là que surgisse le mieux les contradictions de la nature humaine. Beaucoup de ses films sont hélas introuvables, pourtant dans la façon dont ils sont filmés, ils présentent une grande modernité. Ce n’est pas du cinéma de papa ! Avant que ce ne soit la mode, il avait intégré les codes du film noir, et même cet imbécile de Godard reconnaissait en Chenal un vrai cinéaste, avec une grammaire propre. D’origine juive, il dût s’exiler pendant la guerre en Argentine, et à son retour, il ne retrouvera jamais la position qui fut la sienne. Toute sa filmographie porte l’empreinte du noir. Il adapta à l’écran aussi bien Dostoïevski que Day Keene ou James Cain.

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    Rafles sur la ville est probablement l’un de ses meilleurs films. Pour cela il adapte un ouvrage d’Auguste Le Breton qui fut un des fournisseurs importants de sujets pour le développement du film noir en France. Ancien délinquant, ayant une vie d’aventures des plus variées, Auguste Le Breton appartenait au milieu parisien. C’est non seulement un bon connaisseur du milieu, mais c’est aussi un amoureux de la langue verte. Son œuvre est très prolifique et bien sûr inégale, mais elle compte un certain nombre de grands romans, dont justement celui-ci, Rafles sur la ville. Avec José Giovanni, il a fourni beaucoup de matériel pour le cinéma. Moins extraverti que Simonin, il a une approche assez désabusée de la vie et des gangsters.

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    L’adaptation n’a retenu qu’une partie de l’histoire de Rafles sur la ville. Le Fondu, un truand vieillissant, s’évade de l’hôpital où on le soignait pour une blessure qu’il avait reçue lors de son arrestation. Ce faisant il tue un policier. L’ami de celui-ci, Verdier, en fait une affaire personnelle et cherche à le coincer en exerçant un chantage sur le neveu du Fondu, un petit maquereau sans envergure. Son oncle apprenant qu’il a été vendu, va tuer son neveu. Tandis que les policiers le recherchent, le Fondu et sa bande prépare le casse d’un magasin de fourrures. Là encore, ils n’arriveront pas à coincer le vieux truand. Mais finalement, c’est en voulant revoir sa maîtresse qui le délaisse un peu que le Fondu va se faire coincer. Si cela se termine mal pour lui, il en ira de même pour le policier qui le traque.

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    L’histoire est assez banale, mais la conduite du récit est excellente, visant une forme objective de la vérité matérielle, elle présente les voyous comme les flics enfermés dans leur logique propre. Ni bons, ni mauvais, ils suivent une trajectoire qui est toute tracée et qu’ils ne peuvent éviter.

    Le destin du Fondu et de Verdier sont parallèles, tous les deux se perdront à cause des femmes qu’ils croient aimer. Leurs désillusions amoureuses qui les renvoient à leur solitude, se règleront par le suicide.

    Remarquablement bien photographié, Chenal a manifestement retenu la leçon du film noir américain, non seulement pour ce qui concerne le côté « faux documentaire », mais aussi pour le jeu des lumières et des ombres. C’est évident quand on voit Charles Vanel sortir de l’ombre alors qu’il vient juste de déjouer un piège de la police. Cette façon de montrer une vérité nue, sans la couvrir d’un ton moralisateur par exemple en chargeant le Fondu de trop de pêchés permet de ne pas sombrer dans le sentimentalisme. 

    Il y a de très bonnes idées, comme cette utilisation des toits de Paris et le hold-up qui se fait par le garage et non pas en abordant l’immeuble de front.

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    Les acteurs sont bons, particulièrement Vanel dans le rôle du truand cruel mais vieillissant et qui s’attendrit sur lui-même lorsqu’il comprend que sa maîtresse ne veut plus de lui. Et aussi les femmes, Bella Darvi et Danik Pattison, Piccoli est un peu juste, trop théatral, sa moumoute se remarque un peu trop, mais Mouloudji dans le rôle d’une petite frappe appeurée est tout à fait crédible.

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    Bref, c’est un très bon film, bien noir, sec et froid, cynique et cruel qui évite de se perdre dans la contextualisation trop parisienne du récit qui se passe pourtant à Pigalle.

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