•  Sacco et Vanzetti, Sacco e Vanzetti, Giuliano Montaldo, 1971

    Heureux temps que ce début des années soixante-dix où on pouvait encore faire de gros succès publics avec des sujets forts et engagés. A cette époque on pouvait encore parler d’anarchie et de lutte des classes sans pour autant faire un cours d’histoire ou de politique racoleuse et militante. Il y a manifestement un savoir-faire qui s’est perdu, que ce soit d’ailleurs en France ou en Italie. Mais ce savoir-faire s’est perdu aussi parce que la morale s’est effondrée et que la politique s’est faite de plus en plus réactionnaire sous la poussée des formes néolibérales de gouvernement. Le sujet du film est la criminalisation de la lutte des classes. C’est un sujet encore à l’ordre du jour aujourd’hui quand on voit comment se comportent en France Macron et Castaner avec les gilets jaunes, éborgnant de ci de là les manifestants, menaçant de leur tirer dans le temps, instrumentalisant la justice pour faire condamner sans preuve. Et d’ailleurs une partie de l’opinion, notamment les lecteurs du Monde, seraient très contents qu’on aille plus loin dans la répression, mais pour l’instant les bagnes sont fermés et la peine de mort est abolie. Sacco e Vanzetti c’est une histoire vraie, et maintenant l’innocence de ces deux anarchistes est prouvée, leur mémoire a été réhabilitée, notamment parce qu’un des auteurs véritables du hold-up sanglant pour lequel Sacco et Vanzetti ont été condamnés à la chaise électrique avouera ce crime, donnant des détails également sur ses complices. Cette affaire pris des proportions énormes dans l’opinion. Par exemple John Dos Passos, bien avant qu’il n’effectue son virage à droite, écrivit un mémoire en défense de Sacco et Vanzetti, publication financée par un comité qui s’était monté et qui réunissait des fonds pour la défense des deux anarchistes[1]. L’Italie se mobilisa aussi par la voix de Mussolini qui réclama un procès plus juste. En effet il apparu assez vite que ce procès politique, s’il instrumentalisa la question des migrants, s’inscrivait dans un plan global de répression des tendances révolutionnaires qui se manifestèrent après la Première Guerre mondiale aux Etats-Unis. Ce que nous décrit par exemple La moisson rouge de Dashiell Hammett, ouvrage fondateur du noir. Montaldo était à cette époque un réalisateur peu connu, il avait réalisé cependant des films noirs, comme par exemple Ad ogni costo de 1967, film de casse avec Edward G. Robinson ou encore Gli Intoccabili, un poliziottesco de 1968 qu’on aime à redécouvrir. Après Sacco e Vanzetti il mettra en scène Giordano Bruno, toujours avec Gian Maria Volontè, un autre film d’inspiration anarchiste. Puis il versera dans la défense de l’homosexualité avec Gli occhiali d’oro qui obtiendra aussi un bon succès, mais sans atteindre celui de Sacco e Vanzetti. Pour ce dernier film, le scénario s’est appuyé sur une documentation précise et très complète.  

    Sacco et Vanzetti, Sacco e Vanzetti, Giuliano Montaldo, 1971

    Tandis que la police réprime d’une manière sauvage les mouvements anarchistes, n’hésitant pas à assassiner froidement les militants, un hold-up sanglant a lieu, des bandits motorisés s’emparent de la paye d’une usine de chaussures. Rapidement le procureur Katzman désigne les coupables, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, deux militants connus pour leurs opinions anarchistes et anticapitalistes. Ils sont retrouvés dans un train, portant sur eux des revolvers. La traque va s’organiser : d’abord on va essayer de faire avouer Sacco et Vanzetti, mais devant leur mutisme, il va falloir solliciter l’aide de témoins de complaisance. Bien que l’action se soit passée très vite et que ces témoins soient assez loin de l’action, ils prétendent reconnaitre Vanzetti comme le conducteur de l’automobile, or, Vanzetti n’a jamais appris à conduire. Pourtant plusieurs témoins affirment que Vanzetti était à Plymouth en train de vendre du poisson, et Sacco a lui-même pointé à l’usine où il travaille. Les deux anarchistes vont être défendus par un avocat dévoué aux causes syndicalistes. Celui-ci met en avant les contradictions des témoignages, sous le regard impassible du président du tribunal qui manifestement fait cause commune avec le procureur. Se rendant compte de ses erreurs, il va changer de tactique et dénoncer un procès politique sur fond de racisme. Mais l’affaire est entendue, les jurés votent la peine de mort pour les deux anarchistes. Tandis qu’ils attendent la mort en prison, l’opinion publique se mobilise en leur faveur. Les deux hommes ne réagissent pas de la même manière, si Vanzetti reste digne dans l’attente, Sacco commence à perdre la tête et va devoir être interné. Tandis que des foules immenses manifestent aux Etats-Unis et ailleurs contre le jugement, l’avocat Thompson tente de retrouve la piste des véritables coupables du hold-up sanglant. Ils constatent que des dossiers et des pièces qui pourraient innocenter Sacco et Vanzetti ont disparu. Malgré les preuves accumulées, le juge Thayer refusera de rouvrir le procès. Dans une ultime confrontation avec le gouverneur Fuller, Vanzetti aura finalement l’assurance qu’il est bien mort pour ce qu’il représentait et non pour ce qu’il avait fait.

    Sacco et Vanzetti, Sacco e Vanzetti, Giuliano Montaldo, 1971 

    Sacco et Vanzetti ont été arrêtés 

    Ce film a une importance capitale parce qu’il a conduit à réhabiliter Sacco et Vanzetti. Mais il s’inscrit surtout dans une époque de remise en question de l’ordre capitaliste dans ses fondements, il dénonce la justice et la police comme un appendice de ce pouvoir sans lequel la bourgeoisie n’est rien. Les films d’inspiration anarchistes sont très nombreux à l’époque et ils ont du succès, par exemple le très bon film de Philippe Fourastié sorti en 1968 sur La bande à Bonnot, ou encore La classe operaia va in paradiso qui en 1972 obtiendra la Palme d’or à Cannes. Sacco e Vanzetti en 1971 obtiendra aussi un prix à Cannes, celui du meilleur interprète masculin pour Riccardo Cucciolla. Il y a donc une reconnaissance populaire de ce cinéma qui mêle l’analyse historique et la réflexion politique. La grande réussite du film de Montaldo dépend d’abord d’un scénario très rigoureux, non seulement parce qu’il est très proche de la vérité historique, mais aussi parce qu’il évite le didactisme et le propos édifiant. Bien évidemment le propos est très clair, il est ouvertement politique, anticapitaliste. Mais le déroulé du film parle de lui-même : en effet ce que nous voyons c’est comme deux pauvres diables, anarchistes de conviction, vont être instrumentalisés par une justice de classe qui rêve de mettre la classe ouvrière au pas en employant des grands moyens. Au début nous verrons d’ailleurs Alexander Palmer, attorney général, justifier sa politique bestiale de répression, il identifie les anarchistes aux étrangers. Il va donc y avoir une instrumentalisation des étrangers comme bouc émissaire d’une politique très répressive qui durera au moins jusqu’à Franklin Roosevelt, et qui sera reprise par la suite au moment de la chasse aux sorcières. Le but est de liquider le mouvement social, de répandre la terreur sous le couvert de protéger la démocratie américaine. Montaldo remet donc les pendules à l’heure, ce drame social s’inscrit dans une stratégie de lutte des classes, tout sera bon pour le mettre à genoux. Le film s’ouvre sur des images en noir et blanc de la police qui investit une cité ouvrière avec une grande sauvagerie. On verra aussi, mais en couleurs cette fois, qu’un militant anarchiste se fait défénestrer au commissariat. Cette image rappelle un souvenir encore très frais pour les Italiens : Giuseppe Pinelli, un militant anarchiste qui avait été accusé à tort de l’attentat de la Piazza Fontana, meurt, défénestré alors qu’il a été arrêté par la police. C’est en quelque sorte le lien entre le passé – celui de Sacco et Vanzetti – et le présent, celui des attentats meurtriers qui eurent lieu en Italie à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix et que tout le monde a fin par attribuer aux néofascistes qui, avec l’appui de la CIA, voulaient produire un coup d’Etat. 

    Sacco et Vanzetti, Sacco e Vanzetti, Giuliano Montaldo, 1971 

    Katzmann a des idées pour utiliser Sacco et Vanzetti 

    Le thème général c’est l’insoumission, la contestation d’un ordre inégalitaire autant qu’inique. Une manière de dire qu’on ne peut pas vivre toujours couché et qu’on doit redresser la tête. Les deux protagonistes de cette histoire sont des gens ordinaires, ils n’ont pas l’ambition de devenir riches d’ailleurs, contrairement à ce que croit Katzmann, ils revendiquent la liberté et d’avoir un travail où ils ne sont pas exploités. Ils ne veulent pas être des héros. A la fin Vanzetti fait un beau discours sur les forces de la réaction, et puis il dira à Sacco qu’au fond grâce à l’ignominie du pouvoir, ils laisseront leur nom dans l’histoire, alors que Katzmann et le juge Thayer, menteurs et comploteurs, partiront dans les poubelles de l’histoire. C’est donc aussi une réflexion sur le pouvoir. C’est ce que dit Katzmann qui compte : s’ils avaient été des voleurs ordinaires, on les aurait peut-être graciés, mais là ils sont un symbole : au fond ils meurent parce qu’ils ont su attirer sur eux la sympathie du monde entier, et dans sa guerre contre les pauvres, le grand capital ne saurait le tolérer. Il y a une subtile analyse des classes sociales : la bourgeoisie n’est pas un seul bloc, les avocats, quelques journalistes au contraire représentent le côté faible de la bourgeoisie, celui qui défend les droits humains et qui se trouve travaillé par sa conscience. Le film ne s’attardera guère sur Sacco et Vanzetti en tant qu’êtres humains, certes on voit bien que ce sont des âmes simples et droites, leurs doutes et leurs rêves seront seulement suggérés à travers leur manière de comporter face à la tyrannie. Car s’il y a bien une chose qui est montrée, c’est que la démocratie américaine n’existe pas, elle est seulement une parodie, ou une sorte de vernis qui permet de ménager l’essentiel.

     Sacco et Vanzetti, Sacco e Vanzetti, Giuliano Montaldo, 1971 

    L’avocat Moore pense qu’il démontera facilement les faux témoignages 

    Tout ça est solidement construit et la mise en scène est très rigoureuse. Certes il y a des grands moments d’émotion, comme ces élans de solidarité qui réunissent dans le monde entier des foules énormes, souvent durement réprimées, ou encore l’attitude des femmes de Sacco et Vanzetti. Mais Montaldo n’insiste pas sur le pathos. De même il ne noircit pas les caractères des ennemis de classe de Sacco et Vanzetti. La richesse du sujet lui permet d’ailleurs d’éviter le film de procédure, notamment en aérant avec des scènes de réminiscence de ce que faisait Sacco et Vanzetti ce jour du hold-up sanglant. La reconstitution d’une époque est toujours une question délicate. Montaldo disait qu’il avait retrouvé la véritable usine de chaussures où le hold-up avait eu lieu. Mais pour le reste, il a dû trouver ses décors ailleurs, jusqu’en Irlande pour compenser l’évolution et la modernisation de l’Amérique. Il est aidé par une très belle photographie et l’écran large qui lui permet de saisir la profondeur de champ. Le rythme est très soutenu, le montage permet de donner de la vivacité aux scènes de tribunal qui sont le plus souvent ennuyeuses au cinéma. Parmi les scènes à retenir, outre celle du début qui voit la répression sauvage de la police contre le mouvement social, il y a l’arrivée de Sacco et Vanzetti en prison. Montaldo multiplie d’une manière très ingénieuse les angles de façon à donner l’importance du vertige qui peut saisir les deux anarchistes. Également on retiendra cette scène où on voit Vanzetti vendre du poisson dans la rue. Le début et la fin du film sont tournés en noir et blanc, comme pour authentifier cette histoire.

     Sacco et Vanzetti, Sacco e Vanzetti, Giuliano Montaldo, 1971 

    Le jour du hold-up sanglant, Vanzetti vendait du poisson 

    L’interprétation est de qualité. Riccardo Cucciolla a obtenu le prix d’interprétation masculine à Cannes. Pourtant c’est bien Gian Maria Volontè qui domine. Il trouve là un de ses meilleurs rôles. Souvent il cabotine un peu, mais là il est impeccable et représente exactement ce que veut montrer Montaldo, la dignité et la force morale des prolétaires. Son discours final est une grande performance, il est impressionnant. Les deux protagonistes ont été bien choisis, physiquement. Un moment Yves Montand devait jouer Sacco, mais en vérité c’eut été une erreur, car le film repose en grande partie sur l’opposition entre Sacco le faible et Vanzetti le fort, et donc la différence de corpulence joue un rôle décisif. La performance de Volontè en revoyant le film m’a vraiment impressionné. Celle de Cucciolla, un peu moins à vrai dire, mais enfin, il tient très bien sa place. A leurs côtés on trouvera l’excellent Cyril Cusack dans le rôle de Katzmann, le fourbe procureur, vindicatif et qui poursuit un but sans frémir. Ils sont tous plutôt bons, on peu citer Geoffrey Keen dans le rôle du juge Thayer qui habite son courroux à l’endroit des gueux comme d’autres habitent une luxueuse demeure, ou encore Claude Mann dans le rôle du journaliste travaillé par sa conscience.

     Sacco et Vanzetti, Sacco e Vanzetti, Giuliano Montaldo, 1971 

    L’avocat Thompson doit faire face à la mauvaise foi du juge Thayer 

    L’ensemble s’appuie sur un budget manifestement élevé. Il y a la musique d’Ennio Morricone, et plus encore la balade de Sacco et Vanzetti chantée par Joan Baez, grande militante de toutes les causes révolutionnaires. Elle était à cette époque à l’apogée de sa carrière, et sa voix n’avait jamais été si belle.  La bande originale du film sera un autre succès planétaire. Notez enfin que le grand soin apporté à la réalisation sera appuyé par l’utilisation des bandes d’actualité de l’époque qui prouve à quel point cet événement qui occupa l’opinion entre 1920 et 1927 eut une importance capitale. En vérité il sonnait comme une première défaite du mouvement socialiste mondial, malgré la révolution de 17, malgré la puissance des partis communistes dans le monde entier, il y en aura d’autres. La férocité de la répression judiciaire et policière explique pour beaucoup pourquoi les Etats-Unis, contrairement à ce que pensait Marx ne se sont jamais lancé vers le socialisme.

    Sacco et Vanzetti, Sacco e Vanzetti, Giuliano Montaldo, 1971 

    Dans son discours d’adieu, Vanzetti dénoncera une justice de classe 

    C’est un excellent film qui n’a pas pris une ride et qu’on peut montrer dans les écoles pour enseigner la vie et sa dureté aux jeunes enfants. Il a eu un succès mondial, mais plus encore en Italie où, en pleines années de plomb, le public s’intéressait à la question sociale y compris à travers les grèves ou les représentations cinématographiques. Gian Maria Volontè prit un abonnement à ce type de film. Juste après il tournera l’excellent La classe operaia va in paradiso sous la direction d’Elio Petri, un autre cinéaste italien trop sous-estimé qui obtint cette fois la Palme d’or à Cannes. Ce film marchera un peu moins bien cependant, sans doute parce qu’il faut passer pour s’en saisir sur le côté grotesque des personnages. Nous sommes à cette époque au sommet de ce que sera le cinéma italien, cette capacité de produire des films de grande qualité sur des thèmes très populaires qui mettent en scène la classe ouvrière ou les luttes sociales, balayant les préciosités bourgeoises de la Nouvelle Vague. A la même époque, en France, Godard tournera avec Jean-Pierre Gorin, Tout va bien avec des acteurs militants, Jane Fonda et Yves Montand qui étaient encore de gauche. Le résultat sera désastreux pour ne pas dire pire, inutile, avec un box-office étique, mais Jean-Pierre Gorin maoïste défroqué, il sera décoré en 2008 de la légion d’honneur à San Francisco sous Sarkozy ! Les conservateurs aiment bien les « artistes » qui font repentance.

     Sacco et Vanzetti, Sacco e Vanzetti, Giuliano Montaldo, 1971 

    C’est le tour de Vanzetti d’être exécuté 

    Sacco et Vanzetti, Sacco e Vanzetti, Giuliano Montaldo, 1971



    [1] Facing the chair: story of the Americanization of two foreignborn workmen, Sacco-Vanzetti defense committee, 1927.

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  •   Marc Dugain, Ils vont tuer Robert Kennedy, Gallimard, 2017

    Marc Dugain est fasciné par l’Amérique, pas tant par le fait que cette société serait un modèle, ou une nation riche et dynamique, mais plutôt dans le fait que, malgré tous ses atouts, elle n’engendre finalement que le Mal. Sans doute est-ce pour cela que ce pays n’arrive pas à s’émanciper de la religion. Il y a quelques années, il avait exploré la face sombre de J. Edgar Hoover. C’était excellent parce que le chef du FBI, inamovible durant des décennies, était aussi un comploteur de première. Une crapule qui, dans une démocratie normalement constituée aurait dû finir sur la chaise électrique ou à tout le moins au bagne[1]. On le retrouvera d’ailleurs en guest star dans Ils vont tuer Robert Kennedy. C’est l’histoire d’un professeur d’université qui enquête sur l’assassinat de Robert Kennedy entre autres parce qu’il pense que cet assassinat est en rapport avec les décès prématurés et mystérieux de ses deux parents. Il va remonter en même temps le fil de ces deux affaires et tenter de prouver qu’au fond elles n’en font qu’une.  

    Marc Dugain, Ils vont tuer Robert Kennedy, Gallimard, 2017

    Il y a donc trois niveaux de lecture, d’abord le niveau de l’enquête. Dugain fait le point sur les assassinats des deux frères Kennedy, et il n’a aucun mal de montrer qu’il s’agit d’un complot, et non pas à chaque fois de tueurs isolés agissant pour leur propre compte. Que ce soit Oswald ou Sihran, ces deux illuminés n’ont pas pu être les auteurs tous seuls de ces attentats. Le second niveau est celui de la fiction : le narrateur est à la recherche de ses parents, et il imagine des connexions avec la mort de Robert Kennedy. Evidemment va se poser la question des rapports entre ce qui est vécu et ce qui est réel. N’est-il pas un peu devenu paranoïaque avec tout ce temps passé à se poser des questions qui n’ont pas vraiment de réponse. Le troisième niveau est « politique ». Au fond, sommes-nous bien sûr de vivre en démocratie ? En effet nous voyons des groupes compliqués s’agiter pour impose leurs vues : la FBI, la mafia, celle de Giancana, la CIA, et quelques milliardaires qui mettent la main à la poche pour assouvir des buts très obscurs et nuisibles à la société. C’est une critique en creux du capitalisme. Car le but de gagner autant d’argent ne peut se comprendre que si derrière il y a une envie de faire et de vivre le Mal. On sait que la société américaine est née dans la violence et que sous ses formes policées elle continue de l’être, il n’y a qu’à voir les émeutes périodiques qui éclatent à chaque fois que des noirs se font tuer par la police dans des circonstances effroyables. Le symbole de cette violence, c’est aujourd’hui Trump. La nouveauté c’est qu’il ne cherche même plus à donner le change. Il se revendique « brute épaisse », ignare et arrogant. Dugain le cite d’ailleurs pour montrer qu’au fond les Etats-Unis ne se sont jamais amendés, même si dans les années soixante on a pu penser que la dénonciation des crimes allait pousser la société à se réformer dans le sens de plus de justice et de plus d’égalité.  

    Marc Dugain, Ils vont tuer Robert Kennedy, Gallimard, 2017

    Dugain va méditer sur cet échec des années soixante, alors même que les manifestations contre la guerre du Vietnam et le développement d’une contre-culture semblaient porter l’émancipation de tout un peuple. Il avance plusieurs raisons, parmi celles-ci il y aurait eu l’introduction massive de la drogue par la CIA dans les milieux marginaux. Reprenant la vieille thèse révolutionnaire : quand les hommes se droguent, le système se renforce. Les théories du complot mènent évidemment à la paranoïa. Et les Etats-Unis, pays peu sûr de son identité, produisent des complots qui alimentent l’idée de complotisme, si bien que plus personne ne sait démêler le vrai du faux. Les frères Kennedy ont été assassinés à l’issue de complots – très semblables d’ailleurs – comme Martin Luther King. On sait que le FBI, la CIA et même Lyndon B. Johnson ont trempé là-dedans. Mais la raison de ces crimes n’est pas claire. Il semble que cette méthode directe de détruire ses ennemis politiques ait été abandonnée, à moins que de penser que dans les années soixante la situation sociale et politique était bien plus dangereuse pour l’oligarchie que celle que nous connaissons aujourd’hui.

      Marc Dugain, Ils vont tuer Robert Kennedy, Gallimard, 2017

    En fouinant sur Internet, j’ai trouvé les thèses de Miles Mathis sur l’assassinat de John et Robert Kennedy[2]. L’idée est la suivante, l’assassinat de Dallas est une mise en scène, John Kennedy n’est pas mort. Cette mise en scène était destinée à le faire disparaitre afin qu’il puisse diriger le « gouvernement de l’ombre ». Il serait mort de maladie en 1968, puis à cette date, on aurait encore simulé l’assassinat de Robert Kennedy pour le faire disparaitre à son tour afin qu’il dirige lui aussi le « gouvernement de l’ombre ». L’auteur de cette « théorie » va jusqu’à dire que le premier fils de Joe Kennedy, Joe junior, ne serait pas mort en 1944, mais aurait disparu pour les mêmes raisons. Les thèses loufoques de Mathis ont beaucoup de succès aux Etats-Unis. C’est du « complotisme radical », la thèse développée par Dugain c’est ce qu’on appelle la théorie alternative : elle remet en question l’idée qu’Oswald a agi seul et que Sihran Sihran était lui aussi un tireur isolé. Si cette thèse est souvent taxée de complotiste, elle est pourtant la plus solide et est en train de devenir la référence de ceux qui s’intéressent à la question de ces assassinats en série. Entre les deux on trouve une nouvelle thèse, celle développée par James Files, un tueur de la mafia qui aurait fait selon lui équipe avec Oswald pour le compte de la mafia et qui serait l’auteur du coup de grâce[3].  

    Marc Dugain, Ils vont tuer Robert Kennedy, Gallimard, 2017

    La thèse de Miles Mathis est d’un complotisme absolu. Il va très loin, il affirma aussi qu’Oswald n’est pas mort tué par Ruby, mais que c’est une mise en scène pour le faire lui aussi disparaître ! C’est sans doute l’approche la plus intéressante, non pas parce qu’elle est juste, on ne peut pas croire ni au « gouvernement de l’ombre », ni à cette idée loufoque de faire disparaitre tout le monde comme ça entre 1944 et 1968, mais parce qu’elle est très imaginative. Mathis part des erreurs et des manipulations avérées des enquêtes policières et de celle de la commission Warren. Ensuite il va étudier photo après photo et chercher le détail qui montrerait des trucages : on aurait remplacé Kennedy à Dallas par un sosie, et le cadavre photographié ne serait pas celui de l’ancien président. Il se sert du trouble qui nait naturellement des mensonges déversés par tombereau sur ces affaires pour en créer encore un plus gros ! Evidemment si ce genre de thèse prospère facilement outre Atlantique, c’est parce que les Etats-Unis sont un pays non seulement très violent, mais aussi très riche où l’Etat faiblement centralisé a permis l’émergence de boutiques parallèles comme la CIA ou le FBI qui ont une relative autonomie et qui sont très riches, voire qui prospèrent en toute indépendance avec l’argent du crime. On sait que la CIA a financé une partie de ses activités avec l’argent du trafic de drogue[4]. 

    Marc Dugain, Ils vont tuer Robert Kennedy, Gallimard, 2017 

    Mais revenons au roman de Dugain. Ce long détour nous a permis de comprendre un système politique et économique qui encourage et développe la paranoïa. C’est une partie du sujet du livre : le héros se regarde en train de se laisser envahir par cette paranoïa justement. Plus il avance dans l’analyse des différents complots – celui de l’assassinat des Kennedy et ceux de la mort de ses parents – et moins il en connait sur lui-même. Sa personnalité se trouve absorbée complètement par ses propres recherches. C’est un homme âgé qui va prendre sa retraite, il rencontrera pour finir une jeune femme qui se prétend la descendante de John Kennedy, il va lui faire un enfant, mais on ne sait pas si tout cela est bien réel.

    C’est un très bon roman noir, bien construit et bien documenté. Il y a une grande facilité à mêler la fiction et la réalité – enfin la réalité qu’on croit connaitre. Malgré sa longueur, 400 pages, il ne lasse pas, même si la fin est un peu abrupte.



    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/marc-dugain-la-malediction-d-edgar-gallimard-2005-a114845048

    [2] http://bistrobarblog.blogspot.com/2016/02/lassassinat-de-john-fitzgerald-kennedy.html

    [3] https://www.express.co.uk/news/world/617775/Shot-JFK-grassy-knoll-Mafia-hitman-assassination-interview

    [4]Alain Labrousse, Les obscurs destins de l’argent de la drogue, Le monde diplomatique, janvier 1992 et Alfred W. McCoy, The Politics of Heroin: CIA Complicity in the Global Drug Trade, Afghanistan, Southeast Asia, Central America, Columbia, A Cappella Books, 2003

     

     

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  •  Des gens sans importance, Henri Verneuil, 1956

    Quelques mois après Gas-oil, Jean Gabin réenfile sa salopette, met sa casquette, et conduit encore des gros camions. Néanmoins, c’est un film très différent. Ce n’est pas un film noir, plutôt un drame poignant. Ce film est périodiquement redécouvert pour réhabiliter un peu Henri Verneuil qui, s’il fit des gros scores au box-office, a toujours été méprisé par la critique, surtout celle des Cahiers du cinéma, même quand son travail était bon. Même s’il y a beaucoup de déchets dans sa carrière, il y a quelques belles réussites, avec une bonne maitrise de la cinématographie. C’est la première collaboration de Verneuil avec Gabin. Il y en aura 4 autres, en point d’orgue Le clan des siciliens. Verneuil est déjà à cette époque un réalisateur à succès, il a cassé la barraque avec des films qui sont des produits très élaborés pour Fernandel, Le fruit défendu, Le boulanger de Vallorgue, ou encore Le mouton à cinq pattes. Il choisit d’adapter un roman de Serge Groussard, un écrivain qui connut son heure de gloire dans les années cinquante, un ancien résistant qui sera plutôt proche par la suite de l’Algérie Française. Groussard travailla aussi dans le journalisme. Mais tout cela n’a pas trop d’importance pour ce qui nous concerne. On pourrait dire que le roman tire du côté de la littérature prolétarienne, et le film va refléter cette ambiance.  

    Des gens sans importance, Henri Verneuil, 1956 

    Jean Viard est chauffeur routier, parisien, il fait souvent la route Paris-Bordeaux avec son copain Pierrot. La route est longue et difficile, ils prennent l’habitude de s’arrêter à La caravane, un relais routier, tenu par Barchandeau, un unijambiste. Celui-ci a beaucoup de mal à garder ses « bonniches » comme on disait alors, et pourtant il les traite aussi bien qu’il le peut. Il va finir par embaucher Clotilde qu’on appelle Clo. Et malgré des relations un peu difficiles, Jean est beaucoup plus âgé qu’elle, une idylle va se développer entre eux. Seulement Jean est marié, il a trois enfants. Jamais souvent à la maison, il s’est éloigné de sa famille. Les choses vont se gâter quand Jean, se faisant secouer par le contremaître Gillier, va lui donner une rouste et il va perdre son emploi. Mais maintenant la relation entre Clo et Jean, si elle n’est pas facile, est solide. Clo aimerait être plus près de Jean, et lui a des difficultés à retrouver un travail. Elle va venir à Paris où elle va trouver un emploi dans un hôtel de passes. Mais elle est tombée enceinte, elle écrit une lettre dans laquelle elle annonce cette situation à Jean. Mais la lettre va être interceptée par la fille de Jean. Croyant que Jean s’en moque, Clo ne sait que faire, sa patronne lui propose d’avorter. L’avortement se passera mal, victime d’une septicémie, alors que Jean a décidé de partir avec Clo et de rompre avec sa famille, elle décédera du côté de Bordeaux.

    Des gens sans importance, Henri Verneuil, 1956 

    Jean se souvient deux ans après de sa rencontre avec Clo 

    C’est une histoire simple sans doute comme il y en a eu des milliers avant que la contraception et l’IVG viennent au secours des femmes en difficultés. L’intrigue étant très simple, c’est donc dans la manière de présenter les caractères et de faire ressortir la vérité d’un drame que le talent du réalisateur doit se remarquer. Mais c’est en même temps un sujet de société brûlant. Bien que des femmes se fassent avorter clandestinement par milliers, c’est une opération qui est lourdement punie par la loi. En même temps c’est une histoire d’adultère, entre un homme murissant et une jeune femme, comme Le fruit défendu, sauf qu’ici à la différence de l’héroïne de ce film, Clo est une fille honnête et sentimentale. C’est une vraie histoire d’amour qui est cadré par des relations de travail plutôt difficiles, Jean est astreint à de longs horaires et se trouve souvent sur les routes. Clo doit travailler elle aussi longtemps avant de pouvoir se reposer. Il y a donc un premier aspect qui est de mettre en relation les duretés de la condition prolétaire, avec le développement d’une relation. Le second aspect, mais qui complète le premier est l’ambiance de travail, il y a bien sûr de la camaraderie, une forme de fraternité entre routiers, mais aussi des rapports hiérarchiques difficiles à supporter. Jean n’aime pas qu’on contrôle son travail à tout bout de champ, il ne supporte pas l’arrogance du contremaître. Ces difficultés dans le travail sont redoublées de difficultés familiales, il a de mauvaises relations avec sa femme, et surtout avec sa fille qui a pour ambition de travailler dans le cinéma et donc de quitter sa condition prolétaire, comme si, ce faisant, elle reniait son propre père. Si les choses sont si difficiles, ce n’est pas seulement parce que Jean a des problèmes pour trouver du travail. C’est aussi parce qu’il a des responsabilités envers sa famille qu’il ne peut pas abandonner comme ça. Les femmes sont encore très dépendantes de leur mari. La relation entre Jean et Clo est une passion désespérée, guidée par la solitude de deux êtres presque sans avenir. On ne sait pas d’ailleurs si le film condamne ou regrette l’avortement qui restait une pratique dangereuse. L’attention aux petites gens et à leur misère, si elle est déjà dans le roman est aussi mise en lumière par le scénariste François Boyer qui avait travaillé à l’adaptation de son roman, Jeux interdits avec René Clément : on y trouvait déjà cet amour du détail dans les objets quotidiens qui définissent une existence. 

    Des gens sans importance, Henri Verneuil, 1956 

    A Paris Jean va retrouver sa femme et ses enfants

    Mais il y a encore bien autre chose. Par exemple cette description du travail de routier. Il faut savoir un peu de mécanique, mais surtout être capable de dominer les gros poids lourds qui apparaissent comme des monstres froids, en les affrontant physiquement, à mains nues. On ne visitera donc que des quartiers pauvres, où on est obligé de travailler durement pour gagner sa vie. C’est presqu’une analyse sociologique. C’est la France d’avant où les rapports entre les personnes sont plus simples que ceux qui se tissent aujourd’hui par exemple. Cette logique va guider la réalisation de Verneuil. Il y a un soin très grand apporté aux décors et aux éléments naturels, que ce soit l’intérieur de la famille Viard, le relais La caravane, ou encore les rues de Paris. C’est un monde à part, laborieux, sans beaucoup de joie. Le seul moment de fête si on peut dire, c’est le bal où on se rend en famille. Ce moment va donner d’ailleurs de très belles scènes sur le plan cinématographique, en saisissant la profondeur de champ, depuis la porte d’entrée, jusqu’à l’orchestre, avec une belle plongée. Henri Verneuil est très bien soutenu par la belle photo de Louis Page qui était quasiment le photographe imposé par Gabin, et qui ici est particulièrement en verve. La séquence d’ouverture est remarquable par les angles utilisés, avec le camion monstrueux de Jean qui vient comme étouffer la misérable construction de Barchandeau. Le vent ajoute à cette précarité évidente. Les décors naturels sont très bien utilisés, particulièrement le port de Bordeaux, avec de longues diagonales. On remarquera aussi le travail avec les miroirs, ou les portes qui s’ouvrent sur un ailleurs qui n’existe pas. Par exemple, alors que Jean risque de perdre son emploi en téléphonant à Clo, il regarde le camion conduit par Pierrot s’éloigner, et Verneuil enchaîne sur la sortie de Clo par la porte de derrière le relais qui ouvre sur nulle part. il y a d’autres belles scènes, par exemple celle où Gillier se fait casser la gueule, un beau mouvement et une contre-plongée donne une forte densité. Il y a un contraste évident entre cette façon de filmer les machines, les trains, les bateaux, les gros camions, et les intérieurs pauvres, l’appartement de Jean, les petites chambres d’hôtel où on se repose à peine, ou encore l’implantation du relais routier au milieu de nulle part, lieu de passage, il y souffle un vent qui désole.

     Des gens sans importance, Henri Verneuil, 1956 

    Clo veut fuir Bordeaux et revenir chez Barchandeau 

    Le récit est un long flash-back désespéré qui donne d’ailleurs au film un petit aspect film noir. Il alterne les scènes à Bordeaux et à Paris, sur la route, avec les séquences plus difficiles avec Clo. Celle-ci est toujours prise dans un piège, où qu’elle se trouve finalement. Barchandeau est un éclopé du travail. Il est diminué, comme s’il avait perdu sa virilité. Seuls les hommes forts sont considérés. Clo dira dans un moment d’amertume qu’elle pensait Jean bien plus malin de cela. Serait-elle partie avec lui si elle avait mis sa solidité en doute ? la fin est évidemment très poignante, quoique sobre, quand Barchambeau s’en vient annoncer la mauvaise nouvelle à Jean. C’est un moment de tendresse d’un qui connait le prix des choses de la vie. Il y a sans doute quelque chose qu’on oublie le plus souvent en commentant ce film, c’est qu’il faut avoir une vraie tendresse pour les travailleurs et les pauvres pour les filmer de cette façon. Ça se traduira par les relations d’amitié entre Pierrot et Jean Par exemple. Mais la mort de Clo va casser tout cela. Plus tard quand Jean va revoir Pierrot, il n’aura plus rien à lui dire, s’étant replié sur lui-même, Pierrot en sera déconfit. 

    Des gens sans importance, Henri Verneuil, 1956 

    Clo est un peu fâchée de ne pas voir assez Jean 

    La distribution c’est d’abord Gabin bien entendu qui distribue des gifles comme à son habitude. Un Gabin en très grande forme, pathétique, sans doute bien moins sûr de lui que dans ses autres rôles, notamment dans Gas-oil où le personnage qu’il interprétait était sans faille, solide comme un roc. Ici il s’est teint les cheveux pour avoir l’air un peu plus jeune. Il fait le chemin inverse de Fernandel dans Le fruit défendu, où pour se vieillir celui-ci s’était teint en blanc. Remarquez que tous les deux, sans doute les plus grosses vedettes françaises des années cinquante, commettent l’adultère avec Françoise Arnoul. Celle-ci était dans les années cinquante une grande vedette, mais elle allait être un peu éclipsée par l’apparition de Brigitte Bardot et l’arrivée des blondes au début des années soixante. Elle fut d’ailleurs boudée par les cinéastes de la Nouvelle Vague, sans qu’on en connaisse les raisons, disons qu’elle n’a pas eu la carrière qu’elle méritait. Ici elle est excellente, en ce sens qu’elle ne joue pas de son physique justement, on ne verra pas ses seins comme dans Le fruit défendu, et qu’elle développe un côté mélancolique derrière une énergie de façade. On retrouvera des figures traditionnelles de la filmographie de Gabin à cette époque, l’excellent Frankeur dans le petit rôle du propriétaire du relais routier, unijambiste au grand cœur, ou encore Robert Dalban qui était déjà dans Gas-oil où il jouait un rôle similaire, en moins méchant toutefois. Pierre Mondy est très bon aussi dans le rôle de Pierrot, le copain qui partage beaucoup avec Jean, et d’abord la fatigue. Yvette Etiévant incarne avec son grand talent la femme de Jean, lassitude et indifférence, elle ne s’illumine presque jamais. On retrouve encore Dany Carrel, à l’aube de sa carrière, cette fois dans un rôle de garce un peu inhabituel pour elle. Elle est très bien en fille de Jean, quoiqu’elle regrette par la suite ses fourberies et ses méchancetés qui hâteront le départ de son père. Plus tard elle retrouvera Gabin sous la direction de Lautner. On l’oublie un peu trop souvent, mais elle fut un des piliers du cinéma du samedi soir, plutôt de tendance noire, elle connut un énorme succès avec Piège pour Cendrillon, film d’André Cayatte, aujourd’hui complètement invisible et disparu de la circulation sans qu’on en connaisse les raisons que je n’ai plus revu depuis sa sortie en 1965. Verneuil, comme Gilles Grangier d’ailleurs était un très bon directeur d’acteurs, même si Gabin ne se dirigeait pas.

    Des gens sans importance, Henri Verneuil, 1956 

    Jean casse la gueule à Gillier le contremaître malfaisant 

    L’ensemble est donc un film très noir, très réussi, bien soutenu par la musique de Joseph Kosma. Sans doute un des meilleurs Verneuil qui reviendra à des histoires de camion avec 100 000 dollars au soleil, très gros succès commercial, mais film assez creux cependant, trop dominé par des numéros d’acteurs. Le succès fut au rendez-vous, mais bien moins que pour Gas-oil, un peu plus de 2 millions d’entrées contre plus de 3 millions pour le Grangier. Ça se comprend, dans cette histoire il n’y a rien d’épique ni de réjouissant, que de la misère matérielle autant que morale et de la solitude. Notez que Des gens sans importance fera la moitié du score Fruit défendu avec Fernandel qui n’est pas très drôle non plus. Le film qui se trouve maintenant dans une très belle version Blu ray, a très bien passé les années, mais au-delà de la peinture d’une société disparue, la société très laborieuse des années cinquante, on retiendra cet amour du petit peuple saisi dans ses difficultés quotidiennes, petit peuple traité dans sa spécificité sans condescendance. Ce n’est pas seulement qu’une forme de documentaire historique daté, c’est aussi, si on y regarde de près, les racines de la France des gilets jaunes.

    Des gens sans importance, Henri Verneuil, 1956

    Au moment du bal, Jean cherche de l’embauche 

    Des gens sans importance, Henri Verneuil, 1956 

    Clo a suivi Jean à Paris 

    Des gens sans importance, Henri Verneuil, 1956 

    Jean après la mort de Clo

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  •  Un cave, Gilles Grangier, 1971

    Très souvent les fins de carrière des réalisateurs sont assez pénibles. Gilles Grangier n’échappe pas à cette règle, d’autant que l’avancée dans l’âge se couple avec un changement d’époque dans la manière de faire du cinéma. Ses deux derniers films n’avaient pas bien marché. C’étaient pourtant un Fernandel – L’homme à la Buick – et un Gabin – Sous le signe d taureau. Le cinéma change en profondeur, Fernandel est décédé. Gilles Grangier n’a plus accès aux bons financements auxquels il était habitué. Il va se rabattre sur un petit polar sur une histoire de Jean Stuart, mais avec Simonin aux dialogues. Après tout, pourquoi pas, comme on l’a vu, il a déjà tourné des films à petit budget, comme Echec au porteur, ou Reproduction interdite dont nous avons souligné l’intérêt. C’est encore une histoire de voyous, avec un peu de prison et surtout dans le titre le mot « cave » qui annonce la couleur, en référence au gros succès de Le cave se rebiffe. Par le style de l’histoire, par les personnages qu’il met en scène, on peut dire que Grangier est rester fidèle à son idée du cinéma populaire. 

    Un cave, Gilles Grangier, 1971 

    Laigneau annonce qu’il va aller demander des comptes à Fernier 

    Granier est en taule pour une petite escroquerie. Il va bientôt sortir. A l’hôpital de la prison, il se lie d’amitié avec Laigneau, dit Marcel-le-dingue qui lui veut s’évader car il a pris perpette et qui en plus veut régler son compte à un certain Fernier qui lui a piqué le pognon de sa dernière grosse affaire. Lors de sa sortie Granier prétend se mettre au travail et oublier tout ce monde interlope, entouré de l’affection de son oncle et de sa tante. Mais il va aider Laigneau à s’évader. Celui-ci est blessé gravement. Granier l’embarque, le cache dans une planque qui appartenait à Laigneau et va chercher, sur les instructions du blessé, un médecin. Mais ce dernier nous dit qu’il n’en a plus pour longtemps. Et en effet, Laigneau décède. Granier l’enterre dans le jardin, et comme personne ne sait qu’il est mort, il va exercer son chantage sur Fernier et Véron qui se sont approprié le butin. En outre Fernier a pris la femme de Laigneau, Catherine, qui est par ailleurs directrice d’une agence immobilière. La police évidemment cherche Laigneau et met tous ceux qui l’ont connu sur écoute. Le commissaire Taillant, persuadé que Granier est un cave et qu’il coincera Laigneau en pistant Fernier, l’autorise à quitter Paris. Par la bande, Granier va connaitre Catherine, en se faisant passer pour un acheteur potentiel. En même temps qu’il l’utilise pour faire payer Véron et Fernier, il commence à tomber amoureux d’elle. Elle el soupçonnera même d’être un journaliste La pression monte sur Véron et Fernier qui décident de payer. Mais Véron tue Fernier et tente d’éliminer Granier. Mais c’est celui-ci qui le tue, qui empoche les millions et qui partira en Suisse vivre une vie qu’on suppose paisible.  

    Un cave, Gilles Grangier, 1971

    Granier tente de sauver Laigneau 

    Le personnage de Granier qui se trouve au centre de l’intrigue est une sorte de sournois – personnage récurrent dans l’œuvre de Simonin – qui fait tous ses coups en douce, mais qui ne manque pas de courage au-delà de ses capacités à ruser avec ceux qui sont en apparence plus forts que lui. Il se laisse volontiers traiter de cave, mais il est suffisamment observateur et opportuniste pour se mettre sur le bon coup sans trop de risque. Si on regarde un peu plus loin que ce profil psychologique, il y a le fait qu’il s’approprie les dépouilles de Marcel-le-dingue. Non seulement il prend son identité pour faire du chantage, mais en sus il s’approprie son pognon et finira par prendre sa maitresse, Catherine. Celle-ci a un profil curieux, elle semble passer de mains en mains de Laigneau à Fernier et de Fernier à Granier, comme si elle se donnait elle-même le rôle de la femme objet. Ce personnage est d’ailleurs assez étrange parce que nous sommes au début des années soixante-dix, et que depuis plusieurs années maintenant les femmes revendiquent une place plus importante dans la société. Dans les années cinquante, les femmes chez Gilles Grangier étaient tout de même un peu plus déterminées que la pâle Catherine. C’est comme si elle devenait le véritable enjeu de la lutte entre Laigneau, Fernier et Granier. Il reste cependant que Granier est un personnage de basse extraction – il travaille en usine – qui manifeste une volonté d’émancipation et d’élévation. Au film de l’histoire on verra que les plus pourris ne sont pas forcément ceux qu’on croit, mais ceux qui comme Fernier et Véron sont les mieux installé dans une position très respectable. Fernier est un promoteur immobilier et un financier de la « majorité », c’est-à-dire du parti de Pompidou. C’est une figure récurrente des polars de l’époque que le spéculateur immobilier récompensant la corruption du milieu pompidolien. On la trouve dans des tas de films, dans les films d’Yves Boisset, par exemple, Le saut de l’ange qui est tourné la même année qu’un cave, jusque dans Mado du grand Claude Sautet qui date de 1976, comme si sa dénonciation tenait lieu de discours politique sur une classe politique corrompue qui a pris le pouvoir sur la défaite de Mai 68. Ce portrait d’une société singulière qui impose une forme de progrès fondée sur l’argent, est complétée par le caractère bornée du commissaire Taillant qui applique encore à son enquête les vieilles logiques du passé. Comme Laigneau, il n’est plus dans le coup.

      Un cave, Gilles Grangier, 1971 

    Granier va demander au commissaire Taillant de pouvoir quitter Paris 

    Sur le plan cinématographique, il n’y a pas grand-chose à dire encore une fois. Le manque de moyens est évident, et les gros plans se multiplient. Grangier perd même cette capacité qu’il avait d’utiliser des décors extérieurs qui donnaient du cachet à ses films. La caméra reste assez peu mobile. Contrairement à ce qu’on croit, on ne peut pas tout faire au montage. Quelques scènes sortent cependant du lot, l’évasion, mais on sait que Grangier est souvent très bon dans les scènes d’action, et plus généralement les scènes de prison. Il faut dire que le site sensé figurer l’hôpital de la prison est particulièrement bien choisi. Curieusement les scènes qui se passent dans Paris, autour de l’agence de Catherine, ne rendent pas compte de la spécificité de la ville en ce début des années soixante-dix. Trop souvent les affrontements verbaux se traduisent par des champs-contre-champs plus que conventionnels, plutôt mornes et peu propice à dynamiser l’histoire. La photo, très pâlichonne de Didier Tarot n’aide pas, elle hésite entre cette forme brute et documentaire qui commençait à envahir les écrans à cette époque et une forme plus pastellisée qui aurait pu donner un peu de glamour à un film qui en manque beaucoup. L’ensemble est saturé d’une musique trop présente et trop décalée par rapport à son sujet.

    Un cave, Gilles Grangier, 1971 

    Granier va contacter Catherine pour atteindre Veron et Fernier 

    Evidemment, passer de Jean Gabin et Fernandel à Claude Brasseur et Marthe Keller, ce n’est pas si facile. C’est Claude Brasseur qui a longtemps parodié son père en matière de cabotinage, qui porte le film sur ses maigres épaules. On ne peut pas dire qu’il soit mauvais, tout simplement il n’est pas là, comme mal réveillé. Il ne s’anime pas beaucoup. Il ne trouve pas la bonne distance pour nous faire croire que derrière le dissimulateur qu’il est manifestement, il est un homme fort et entreprenant. Dans cette salade, il est accompagné par Marthe Keller qui fera par la suite une bonne carrière grâce sans doute à sa relation avec Al Pacino, avec qui elle tournera le très méconnu Bobby Deerfield. Elle était devenue très célèbre grâce au feuilleton Les demoiselles d’Avignon. Sa carrière au cinéma fut lancée par sa collaboration avec Philippe de Broca. Ici elle incarne Catherine une femme qui ne sait pas trop ce qu’elle veut, sans détermination. Elle ne crève pas l’écran. Les seconds rôles sont travaillés de bric et de broc. André Weber s’en tire très bien dans le rôle de Laigneau, c’est un acteur qui aurait dû avoir une meilleure carrière. Pierre Tornade dans celui de Fernier est moins adéquat. Henri Garcin est très pâle lui aussi. On retrouvera Robert Dalban dans le tout petit rôle du docteur qui tente de soigner Laigneau. Et puis Paul Le Person dans celui du commissaire Taillant. 

    Un cave, Gilles Grangier, 1971 

    Granier a récupéré l’argent 

    Curieusement si ce film n’a pas eu beaucoup de succès en salle, il a été relativement bien accueilli par la critique pour un Gilles Grangier, sans doute parce que la critique a apprécié son côté minimaliste. Et près de cinquante ans après il y en a encore pour le considérer comme un bon Gilles Grangier. Ce n’est pas mon cas, il a beaucoup vieilli. Il y a tout de même un manque de soin dans la réalisation qui le rapproche un peu trop du film de télévision. L’ultime film de Gilles Grangier sera Gross Paris avec Roger Pierre et Jean-Marc Thibault. Ce sera un nouvel échec commercial qui amènera Grangier à travailler pour la télévision pour laquelle il travaillera une bonne quinzaine d’années avant de prendre une retraite bien méritée. Pour nous on retiendra un film très « dans l’air du temps », marqué par un basculement du cinéma vers des formes moins sophistiquées, plus brutes. Notez que ce film sera aussi le dernier travail d’Albert Simonin pour le cinéma. Une page d’histoire cinématographique s’est définitivement tournée, le cinéma français va sortir de la catégorie des loisirs populaires, s’orientant de plus en plus vers le film qui se regarde penser, ou vers la « rigolade », mais il va être de plus en plus difficile d’allier le succès populaire avec des prétentions artistique. Certes on trouvera encore de bons films noirs, mais de plus en plus rarement.

    Un cave, Gilles Grangier, 1971 

    En Suisse Catherine et Granier vont couler des jours heureux


     

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  •  L’homme à la Buick, Gilles Grangier, 1968

    A l’époque où se tourne L’homme à la Buick, Grangier est considéré comme un produit très sûr, et Fernandel fait encore recette. Le seul vrai ratage c’est le film qu’il a fait avec Mocky en 1966, La bourse ou la vie. Quelle idée ! Certes il fait, comme Gabin d’ailleurs un peu moins d’entrées qu’avant, mais il remplit généralement les salles et multiplie les rôles différents. Il passe de la franche rigolade de Don Camillo en Russie sous la direction de Luigi Comencini et qui sera un gros succès en Italie, à la tragédie du Voyage du père film réalisé par Denys de la Patellière, dans lequel il peut démontrer toute l’étendue de son talent. Mais 1968 est une année très ingrate pour le cinéma commercial traditionnel. En même temps qu’une nouvelle classe d’âge fait irruption sur la scène politique, les critères de la consommation culturelle changent aussi. Et donc le système qui avait si bien fonctionné dans les années cinquante, qui avait su résister convenablement dans les années soixante, se délitait maintenant très rapidement. Grangier, Fernandel, Gabin, et quelques autres allaient disparaître du devant de la scène, c’est seulement avec le temps qu’on allait les réhabiliter, aussi bien pour la nostalgie qu’ils charriaient avec eux, que pour les qualités bien réelles que la critique Nouvelle Vague avait mis sous l’éteignoir. C’est avec la dissipation de cet écran de fumée que fut la Nouvelle Vague qu’on redécouvrit le cinéma français. Le support est un ouvrage signé Michel Lambesc, pseudonyme de Georges Godefroy. L’ouvrage date de 1964, grande époque où la Série noire développait les histoires de voyous dans tous les sens qu’on peut imaginer.

    L’homme à la Buick, Gilles Grangier, 1968 

    Armand Favreau est un voyou discret qui ne s’est jamais fait coffrer. Il vient d’acheter une très belle villa à Honfleur. Dans cette ville très paisible, il va rencontrer la belle Michèle de Layrac qui est galeriste. Il passe des diamants en Suisse en se faisant accompagné par des enfants. Mais il est aussi à la tête d’une bande de truands avec qui il monte des holdups. La bande se réunit dans un hôtel parisien qui lui appartient. Il tient son autorité du fait qu’il n’a jamais fait une seule année de prison. Tandis qu’il travaille à ce coup, il entame une liaison avec Michèle de Layrac. Le coup concerne une bijouterie. Ça se passe à peu près bien, sauf que l’un des membres de la bande, le marquis, est blessé. Armand va le cacher dans sa villa. Mais il constate que la police rôde aussi à Honfleur. Les choses se précipitent quand Armand porte son butin chez un receleur. En effet, deux autres membres de la bande le bute, déclenchant une vaste opération de police qui va les faire tomber. Armand s’extraie tant bien que mal de ce piège, mais à Honfleur, la police, en l’occurrence l’inspecteur Farjon, enquête. Armand croit que c’est pour lui. Mais en vérité c’est la belle Michèle de Layrac qui est concernée. Elle est en effet considérée comme ayant assassiné ses deux premiers maris. On comprend que si elle avait jeté son dévolu sur Armand, c’est parce qu’elle le supposait très riche. Le soulagement d’Armand sera de très courte durée quand elle sera arrêtée. En effet, les complices d’Arland qui ont été arrêtés ont parlé. Et donc, alors qu’il s’apprête à reprendre la route de la Suisse pour traficoter les diamants, la police va l’arrêter à son tour. 

    L’homme à la Buick, Gilles Grangier, 1968 

    A Honfleur, Armand fait la connaissance de Michèle de Layrac

    Le thème est double : d’abord le truand installé, un peu vieillissant, mais maître de sa vie et de son destin. Un peu comme Max le menteur, le héros de Simonin. S’il a échappé aussi longtemps à la justice, c’est parce qu’il était très malin et prudent. Le second aspect est celui de la double vie : car si Armand s’est mis à l’abri c’est parce qu’il mène une double vie au lieu de s’enferrer dans le milieu proprement dit. C’est un thème qu’on a vu très souvent, par exemple avec Miroir de Raymond Lamy dans lequel Jean Gabin était la vedette. De ce point de vue, Fernandel suit les pas de Gabin, avec qui il est d’ailleurs associé pour la production de ce film, via la Gafer, la société de production qu’ils ont montée. Evidemment le débonnaire Fernandel malgré son grand talent ne peut pas jouer comme Gabin qui est toujours un peu renfrogné. Mais il est introduit une autre dimension, cette femme qui empoisonne ses maris pour leur piquer du pognon. C’est le thème de la veuve noire qui donne un côté sulfureux à l’ensemble. Sans doute cet aspect n’est pas assez bien traité. C’est dommage. On ne sait pas sur quel pied danser, et à la fin si Armand est soulagé ou non d’avoir échappé à son empoisonneuse. On se s’attardera pas sur la morale finale du type l’argent ne fait pas le bonheur et bien mal acquis ne profite jamais.

    L’homme à la Buick, Gilles Grangier, 1968

    Armand traficote des diamants avec la Suisse

    Si on passe sur les incohérences scénaristiques, l’histoire de Michèle se télescope avec le rest, le film est plutôt bien mené. Tourné en écran large, il utilise pleinement les décors extérieurs, comme Gilles Grangier aime souvent à le faire. Le côté provincial d’Honfleur est bien utilisé, parce qu’il nous amène vers le drame bourgeois, l’empoisonneuse. L’opposition avec un Paris un peu anonyme est tout à fait intéressante. Elle signifie au fond cette hésitation d’Armand, mais aussi peut être de Michèle, entre une vie bourgeoise et paisible et une vie d’aventures, plus risquée, mais plus passionnante. Il y aura donc un vrai plaisir à mettre en scène la vie ordinaire des petites gens, le bar-tabac où Armand rencontre Michèle, la tombola un peu ridicule organisée par celle-ci. Il y a une très bonne utilisation de la profondeur de champ, notamment dans la scène du hold-up rondement menée qui confirme ce que nous avions remarqué plusieurs fois : Gilles Grangier avait du talent pour les scènes d’action. 

    L’homme à la Buick, Gilles Grangier, 1968 

    Armand réunit la bande pour trouver un nouveau coup 

    L’interprétation c’est Fernandel, évidemment. C’était là son avant dernier film. Cet acteur à la très longue carrière avait une présence incroyable, son succès est resté assez constant au fil des années. Il attire la lumière naturellement, et met tous ses partenaires dans l’ombre. Notez qu’il avait déjà joué plusieurs fois des hommes doubles, notamment dans L’ennemi public numéro 1. Danielle Darrieux ne résiste pas à Fernandel. Elle a beaucoup du mal à imposer son rôle, alors elle cabotine un peu trop à mon goût. Mais bon c’était Danielle Darrieux n’est-ce pas. Les seconds rôles sont bien, Marielle, Descrières, Christian Barbier, mais ils sont très en retrait. Albert Dinan qui a fait presque tous les films de Grangier est ici un plombier qui se fait un peu bousculer par Armand. Michael Lonsdale, joue le flic qui enquête sur la veuve noire, il faut aimer ce genre-là, un peu particulier, à côté de lui Marielle est très sobre. 

    L’homme à la Buick, Gilles Grangier, 1968 

    Le hold-up réussira 

    Sans être un chef-d’œuvre, le film se voit encore très bien aujourd’hui. Et ne mérite sans doute pas l’oubli dans lequel il est tombé. Sorti dans l’effervescence de 1968, il fera un score à peine honorable, histoire de couvrir ses frais. 

    L’homme à la Buick, Gilles Grangier, 1968

    Armand apprend à la Paluche et Maxime qu’ils ont tué leur rerceleur 

    L’homme à la Buick, Gilles Grangier, 1968 

    Michèle est arrêtée par la police

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