•  Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963 

    Marcel Ophüls est surtout connu pour son film Le chagrin et la pitié, tourné en 1969 et controversé sur le souvenir de la Shoah et l’attitude des Français pendant l’Occupation. Il a surtout fait des documentaires, dont l’un sur le massacre de My Lay et un autre sur Klaus Barbie. Il est le fils du grand réalisateur Max Ophüls, mais il n’avait finalement peu de goût pour la fiction. Après Peau de banane, il tournera un autre film policier avec Eddie Constantine, Feu à volonté, puis il se désintéressera de ce type de cinéma commercial. Lorsqu’il tourne Peau de banane, nous sommes au début de la carrière de Jean-Paul Belmondo. Il tourne beaucoup, alternant les films de qualité comme Léon Morin prêtre, avec les films plus commerciaux comme Cartouche. Il a cependant déjà une grosse réputation acquise notamment dans les films qu’il a tournés en Italie. Il est à la recherche d’un style mi-sérieux, mi-décontracté, où les scènes d’action alternent avec l’humour léger. Ce sera sa marque fabrique jusqu’à la fin de sa carrière, aussi bien pour ses rôles de flics que pour ses rôles de voyou. Le grand succès arrivera l’année d’après Peau de banane avec L’homme de rio et 100 000 dollars au soleil.  

    Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963

    Michel Thibault qui aime jouer aux courses, se fait aborder par Charlie beau sourire, un escroc de profession, avec une arnaque bidon au portefeuille trouvé. L’astuce éventée, cependant, Michel va apprendre que Charlie est acoquiné avec une certaine Madame Volney qui n’est autre que l’ex-épouse de Michel, Cathy. Ils se connaissent en fait depuis l’enfance, et ils ont même été mariés pendant quelques années. Les pères de Cathy et Michel ont été ruinés par un couple d’escrocs, Bontemps et Lachard. Cathy a juré de se venger. Pour cela elle va monter une escroquerie contre Bontemps en lui faisant croire que les terrains qu’il possède au bord de la mer ont une certaine valeur et en le poussant à racheter l’option qu’il avait signé avec Charlie. Une fois l’escroquerie réalisée, Michel pense que Cathy l’a une nouvelle fois abandonné pour partager les gains avec Reynaldo et Charlie. Michel va les retrouver à Paris. Il les menace tous les deux, mais sur ces entrefaites, la police arrive et menace d’embarquer tout le monde. Les inspecteurs mettent également la main sur le magot. Ils embarquent d’abord Charlie et Reynaldo, disant attendre des renforts. Mais en vérité, ce sont des faux policiers qui sont d’accord avec Cathy et qui donc les laissent partir. Cathy et Michel vont se réconcilier et monter une nouvelle arnaque pour piéger enfin Lachard qu’ils ont retrouvé sur la Côte d’Azur. Il s’agit de l’amener à parier gros sur des courses soi-disant truquées, et de partir avec les mises. Le retour inattendu de Reynaldo et de ses truands va les contrarier, mais ils sauront contourner l’obstacle et pourront enfin filer le parfait amour. 

    Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963 

    Michel refuse les propositions de Charlie 

    L’adaptation est semble-t-il de Claude Sautet qui va un peu plus tard adapter un autre roman de Charles Williams. La réalisation est signée Marcel Ophüls, mais Claude Pinoteau a tourné une partie des scènes, et sans doute aussi Costa Gavras. Globalement l’adaptation est assez fidèle au roman, sauf qu’évidemment le récit a été dépaysé en France, ce qui n’est jamais simple, et qu’on a fait de Michel un musicien de jazz. Pour appâter Lachard, Michel et Cathy vont utiliser le coup des paris pour des courses juste entre le moment où l’arrivée se fait, et celui où se clôture les enjeux. Cette idée, sans doute due à Claude Sautet, est détaillée dans L’étrange Monsieur Steve dont le scénario est de Frédéric Dard qu’il connaissait très bien et avec qui il avait déjà travaillé[1]. Mais ce n’est pas sur ces points qu’on fera porter notre critique. Le premier problème qu’on rencontre dans ce genre de film, c’est un problème de ton. En effet Il s’agit ici d’une comédie assez légère, alors que le roman est bien plus grave. Il y a une confusion entre comédie et fable grinçante sur la cupidité. Les rapports entre Michel et Cathy ne sont guère approfondis, alors qu’en réalité c’est la question centrale de savoir si un homme peut faire confiance à une femme et la suivre aveuglément. Charles Williams tirait de ce questionnement une ambiguïté qui dans le film fait défaut. C’est cela qui donnait au roman un fond de mélancolie amère qui tirait le roman un peu plus vers le noir. D’ailleurs la fin du roman n’était pas très optimiste. Le caractère de Cathy est bien plus décidé dans le roman où c’est elle qui guide complètement son ex-mari. 

    Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963 

    Michel se prétendant ingénieur allemand va retrouver Bontemps 

    Sur le plan cinématographique, l’ensemble manque manifestement de style. La photo est soignée, et, malgré le noir et blanc, l’usage du cinémascope donne un ton assez moderne à l’ensemble, d’autant qu’on se balade dans les palaces de la Côte d’Azur et autres lieux propice à l’étalage du fric. Il y a un mélange de voix off et de retours en arrière qui finit par donner une allure sautillante à cette histoire. Il y a pourtant de très bons décors, le film a été pour partie tourné du côté de Martigues, mais Ophüls ne sait en tirer aucun parti. C’est étriqué et dans les pires moments, c’est de la carte postale, les mouvements de caméra sont le plus souvent à contretemps. Il y a une incapacité à saisir la profondeur de champ qui est confondante, à croire que Marcel Ophüls n’avait jamais pris le temps de regarder les films de son père dont la technique était légendaire. Quelques scènes échappent cependant à cette critique, par exemple quand Michel fait semblant de déposer l’argent à la consigne de l’aéroport de Nice, ou alors le début au champ de courses. 

    Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963 

    La police intervient pour coffrer toute la bande 

    Le plus problématique est cependant l’interprétation. Belmondo passe encore, il a de la présence, une grande facilité, quoi qu’il en fasse des tonnes en jouant les faux Allemands un peu ingénus. Jeanne Moreau, pourtant actrice de films noirs très expérimentée, ne trouve jamais la bonne distance, elle ne sait pas si elle doit sourire ou rester grave. Après tout elle est sensée avoir la vengeance chevillée au corps. C’était la deuxième fois que Belmondo et Jeanne Moreau jouaient ensemble, après le lamentable et très chichiteux Moderato cantabile de Peter Brook. Il faut bien le reconnaitre, ce n’était pas un couple très bien assorti. Si Gert Fröbe est excellent comme à son habitude dans le rôle du cupide Lachard, il semble que les autres comédiens soient assez peu dirigés. Claude Brasseur est déjà limite, mais le cabotin Jean-Pierre Marielle, avec sa diction sortie d’une troupe de théâtre de province, est assez lamentable. Les deux soi-disant gangsters ont l’air de s’ennuyer, et Alain Cuny semble se croire encore en train de réciter du Ionesco sur les planches de l’Odéon. Ce garçon que d’aucun désignait comme un grand acteur de théâtre, n’était manifestement pas fait pour le cinéma. 

    Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963 

    Michel rejoint Lachard et Cathy après s’être fait tabassé 

    Le film a connu un succès mitigé, surtout pour un Belmondo, mais la critique l’a traité comme un vague produit commercial de second ordre. Si Marcel Ophüls passe à côté de l’esprit de l’histoire qu’il adapte, il est sauvé du déshonneur par l’application qu’il met à détailler les diverses arnaques que le couple et leurs complices mettent au point. En ce qui concerne Charles Williams on peut dire que le film est plus fidèle à la lettre qu’à l’esprit de celui-ci. 

    Peaux de banane, Marcel Ophüls, 1963

    Michel fait semblant de cacher l’argent à la consigne de l’aéroport

     

     


    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/l-etrange-monsieur-steve-raymond-bailly-1957-a127849566

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  • Allo, l’assassin vous parle, The 3rd voice, Hubert Cornfield, 1960

    Charles Williams est hélas bien oublié aujourd’hui, pourtant il est un des plus grands auteurs de romans noirs. Il a œuvré dans quatre voies différentes. Le roman sudiste et campagnard, un peu à la manière de Faulkner et Caldwell, mais avec une touche de noir supplémentaire, par exemple La fille des collines. Puis il a développé une seconde manière plus noire et plus fatale comme Hot spot (en français Je t’attends au tournant) qui sera porté à l’écran par Dennis Hopper de très belle façon. Auteur à la fois cynique et drôle, grinçant, il mettra en scène des comédies noires et loufoques comme Fantasia chez les ploucs, ou Aux urnes les ploucs. Et puis, amoureux de la mer et des bateaux il se saisira aussi de ce sujet comme dans Dead calm (en français Calme blanc), le huis clos du bateau permettant des confrontations de caractères intéressantes. Tout est à lire chez Charles Williams. Un seul de ses romans n’a pas été traduit en français, il s’agit de Wrong Venus. Convaincus que Charles Williams savait écrire des histoires surprenantes et bien ficelées, de nombreux réalisateurs tentèrent l’aventure de le porter à l’écran. Il faut le dire, pour des raisons complexes et variées, que rares furent les bonnes adaptations qui sortirent de cette œuvre puissante. La moitié au moins des films inspirés par l’œuvre de Charles Williams ont été réalisés par des metteurs en scène français.  

    Allo, l’assassin vous parle, The 3rd voice, Hubert Cornfield, 1960

    Marian Forbes s’étant fait évincé par une femme plus jeune qu’elle auprès de son amant, le richissime Harris Chapman, décide de se venger. Pour cela elle forme un homme à imiter la voix, les expressions et l’allure de celui qui l’a délaissée. Le but est de le tuer puis de capter une grande partie de sa fortune, tout en restant présent par sa voix auprès ce ceux qui  connaissent Chapman. Il va se débarrasser du corps au milieu de l’océan, puis, il va mettre une grande habileté pour se faire délivrer de l’argent en liquide, des dollars, il fait vendre des actions par son courtier Chris, puis fait virer des chèques au Mexique. En même temps il doit semer des fausses pistes pour faire croire que Chapman est toujours en vie, mais il va tomber sur une femme, Corey Scott qui est sensé lui voler de l’argent et disparaître avec. Or cette femme qu’il prend pour une prostituée, est en réalité la maîtresse de Chapman qui s’est déplacée depuis Seattle pour retrouver son amant. C’est ce qui va perdre le héros du film puisqu’elle va le dénoncer comme le meurtrier de Chapman, ce qui permettra à Marian d’être blanchie du meurtre de son ancien amant et envoyer son complice en prison. 

    Allo, l’assassin vous parle, The 3rd voice, Hubert Cornfield, 1960 

    Il s’entraîne à imiter la voix de Chapman 

    C’est Hubert Cornfield qui s’est chargé d’écrire le scénario. La trame est à peu près la même, disons le montage de l’escroquerie et ses conséquences. Il en a changé cependant plusieurs éléments qui vont modifier le point de vue. Le livre est écrit à la première personne comme souvent chez Williams. En outre, il détaille comment Marian l’a approché et carrèment recruté pour se venger de Chapman. Dans le roman il est clairement identifié comme Jerry Forbes, un homme qui a eu par le passé des ennuis et qui les fuit. Ce n’est donc pas une voix anonyme. Ensuite, mais on ne sait pas si ce n’est pas cela qui est le plus important, dans le roman il y a bel et bien une romance contrariée entre Jerry et Marian. Or celle-ci le trahit purement et simplement sans qu’on comprenne très bien ses motivations. Bref le film se referme uniquement sur une ingénieuse escroquerie doublée d’un meurtre. L’action a été dépaysée de Miami vers le Mexique, ce qui ne serait pas génant si cela ne retrécissait pas l’action. Parmi les thèmes développés dans ce film, il y a celui du rapport avec la technique : on l’oubli trop souvent, le développement de la technologie accompagne – du moins au cinéma – le développement de la criminalité. Ici le véhicule de l’arnaque repose sur la maîtrise de deux éléments « modernes », le téléphone et l’utilisation de bandes magnétiques pour améliorer la voix et la connaissance de Chapman. Il manque aussi une dimension essentielle de la thématique de Charles Williams, dans l’ouvrage Marian est une femme très forte qui sait tenir ses nerfs et utiliser son cerveau. Dans tous les ouvrages de Charles Williams, c’est comme ça, la femme réfléchit un peu plus loin que l’homme et c’est bien pour ça que ce dernier a besoin d’elle.

    Beaucoup d’aspect du film et du roman font penser au roman canonique de Patricia Highsmith, Mr Ripley qui date de 1955. Il y a l’usurpation d’identité, l’entraînement à refaire la signature, mais aussi la façon dont Jerry se débarrasse du cadavre en le mettant dans la mer, lesté d’un poids. Et cela d’autant plus que l’histoire se passe au soleil, avec la mer comme ligne d’horizon. 

    Allo, l’assassin vous parle, The 3rd voice, Hubert Cornfield, 1960  

    Marian va  tuer Chapman 

    L’esprit du roman de Charles Williams est complétement trahi au profit de la forme. En effet, si le romancier détaille bien plus que ne le fait Cornfield le montage et les difficultés de l’arnaque, ce qui l’intéresse, ce sont  les relations compliquées et surprenantes entre Marian et Jerry. Au départ, dans le roman, Marian couche avec Jerry un peu par obligation, mais celui-ci est très épris, au point qu’il risque très gros en suiv  ant Marian dans ses plans scabreux. Cette forme d’abnégation éveillera les sentiments de Marian, mais trop tardivement. Elle finira par se suicider, et Jerry se livrera à la police pour se dénoncer et en finir avec sa culpabilité. Car c’est le thème de la culpabilité, aussi bien celle de Marian qui a été flouée dans ses relations avec le sinistre Chapman, que celle de Jerry qui ne se trouve pas toujours à la hauteur. Ici on retombe sur le schéma simple et éculé d’une femme qui manipule tous les hommes qu’elle rencontre pour assouvir sa vengeance. Le film a cependant conservé l’idée de Charles Williams sur la conduite indigne des riches. Sans doute aussi est-ce pour cela que le film est dépaysé au Mexique où les rapports de classes,  le mépris pour les pauvres est encore plus marqué. 

    Allo, l’assassin vous parle, The 3rd voice, Hubert Cornfield, 1960 

    Il faut se débarrasser du corps 

    Manifestement Cornfield avait le sens du film noir, et il en connaissait la grammaire, il a fait le très bon Punder road, et aussi le film très intéressant mais un peu raté tout de même The night of the following day[1]. En effet son talent est souvent gâché par une sophistication trop grande de la mise en scène, et puis surtout il veut être un auteur à la manière européenne et travaille lui-même sur le scénario. Il aurait fallu se donner un peu plus de mal pour résoudre les déséquilibre qu’il y a dans le roman et qui accordent trop de place au montage de l’arnaque proprement dite. Or il apparait que celui-ci n’est pas assez travaillé. C’est un film à petit budget, et certainement que la minceur du budget a joué pour beaucoup dans le dépaysement vers le Mexique. Malgré cela la mise en scène est intéressante. Le rythme est bon, la caméra mobile, et l’utilisation du noir et blanc est tout à fait intéressante. Il y a de beaux plans en profondeur dans les hôtels,  et un bon usage des paysages maritimes. On peut regretter cependant que le Mexique ne soit pas mieux utilisé. Il reste trop superficiel, trop touristique. Il y a aussi des scènes un peu lourdes tout de même, par exemple quand Marian reste trop détachée d’elle-même après le meurtre de Chapman. Charles Williams était un peu moins naïf que ça. Dans le livre au contraire les deux criminels restaient traumatisés par leur geste audacieux. 

    Allo, l’assassin vous parle, The 3rd voice, Hubert Cornfield, 1960 

    Le faux Chapman hurle ses ordres à son agent de change 

    L’interprétation, c’est d’abord Edmond O’Brien, un des grands acteurs du film noir. Il a rarement trouvé des premiers rôles. Evidemment par rapport au livre, il n’est pas du tout le personnage. Il est trop âgé, il lui manque ce côté sportif forgé dans la conduite des bateaux. Mais comme Laraine Day n’est pas non plus un oiseau tombé du nid, ça passe. En réalité c’est lui qui porte le film de bout en bout. C’était un grand acteur du cycle du film noir, il a eu rarement des premiers rôles à cause d’un physique un peu trop ordinaire. Rien que pour cela il faut voir le film. Il est très convaincant dans la transformation qu’il opère en occupant deux rôles presque simultanément. A cette date cependant, il était déjà sur le déclin, il n’obtiendra plus que des seconds rôles dont quelques-uns de qualité comme dans L’homme qui tua Liberty Valence. Le film est très court, et le personnage de Laraine Day est insuffisamment développé, outre que cela nuit au récit proprement dit, cela ne permet pas de rendre compte de son talent. Elle est transparente et n’apparaît pas assez longtemps pour qu’elle marque les esprits. Julie London, la superbe chanteuse de jazz est par contre remarquable. Même si son rôle est assez court, elle impose son physique étrange. 

    Allo, l’assassin vous parle, The 3rd voice, Hubert Cornfield, 1960 

    Une jeune femme semble attendre dans le hall de l’hôtel 

    Si ce n’est pas une adaptation déshonorante, on est tout de même assez loin de l’univers particulier de Charles Williams, le roman était bien plus riche que le film, mais enfin, ça tient la route. Ce film est injustement oublié, pourtant il appartient sans conteste au cycle du film noir. Il n’existe plus aujourd’hui sur le marché des DVD et des Blu ray qu’une très mauvaise version sous-titrée en espagnol avec une image recadrée alors que le film original a été tourné en cinémascope. C’est un film qui mériterait évidemment une édition propre avec des sous-titres en français. 

    Allo, l’assassin vous parle, The 3rd voice, Hubert Cornfield, 1960 

    Pour couper court à la conversation avec les Kendall il fait hurler Corey 

    Allo, l’assassin vous parle, The 3rd voice, Hubert Cornfield, 1960 

    L’arnaque a réussi

     

     


    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/hold-up-plunder-road-hubert-cornfield-1957-a114844584 et http://alexandreclement.eklablog.com/la-nuit-du-lendemain-the-night-of-the-following-day-hubert-cornfield-1-a114844666

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  •  Le justicier dans la ville, Death Wish, Michael Winner, 1974

    S’il y a bien un film qui a marqué un tournant dans l’histoire du film noir c’est celui-là. Plus qu’une œuvre d’art du reste il faudrait le considérer comme un phénomène de société. Il est un peu dans la lignée de Dirty Harry[1], en ce sens qu’il part  du postulat que la racaille n’étant pas amendable, et qu’elle n’a pas d’excuse, la seule solution est de l’éradiquer physiquement. Sauf qu’ici il s’agit du discours d’un simple citoyen qui pallie les carences de la police trop encombrée de ses propres lois qui l’empêchent d’agir proprement. Le simple fait de passer d’un policier à un citoyen ordinaire, amène une problématique différente. Hâtivement qualifié de fasciste parce qu’il ferait la promotion de la légitime défense, c’est en réalité un film plutôt complexe qui pose une question essentielle : comment combattre sa propre peur.  

    Le justicier dans la ville, Death Wish, Michael Winner, 1974

    Paul Kersey est un architecte qui a bien réussi sa vie. Il a un métier qui lui plait et qui lui rapporte de l’argent, il est marié à une femme qu’il aime, et sa fille maintenant adulte a épousé un brave garçon. Mais il habite New York, et nous savons que dans les années soixante-dix, la criminalité dans cette ville va exploser et suivre une courbe ascendante jusqu’au début des années quatre-vingt-dix. Et donc voilà que sa femme et sa fille ont l’idée très saugrenue d’aller faire leurs courses au supermarché du coin. Là elles vont croiser trois délinquants intellectuellement limités qui vont repérer leur adresse quand elles demandant à se faire livrer leurs courses à la maison. Ils vont les rejoindre, pénétrer dans l’appartement, tuer Joanna et violer Carol. Paul est effondré, son gendre également. Après l’enterrement, il reprend son travail pour ne pas sombrer dans la dépression, et cela va l’amener à Tucson, où tout le monde est armé. On apprend que si Paul tire très bien au pistolet, il n’en a pas moins été dans le temps un objecteur de conscience, plutôt un libéral opposé à la violence comme réponse à la délinquance. Sa rencontre avec le commanditaire d’un gros projet architectural, Jainchill, va lui ouvrir les yeux. Jainchill lui offre d’ailleurs un revolver à barillet. Dès lors, constatant que la santé de sa fille ne s’améliore pas, il va parcourir les rues de son quartier et revenir à la bonne légitime défense des débuts des Etats-Unis. Cependant la police est sur ses traces, elle a repéré que les balles provenaient toutes d’une même arme. Tandis que l’opinion s’agite, les policiers vont remonter la piste de Kersey à partir d’un sac de courses qu’il a laissé trainer derrière lui. Le très compétent lieutenant Ochoa découvre qui il est, mais le procureur et le chef de la police ne veulent pas en faire un martyr. Lors d’une ultime sortie Paul va être blessé. A l’hôpital Ochoa va lui enjoindre de quitter la ville sinon il le déférera devant les tribunaux.

    Le justicier dans la ville, Death Wish, Michael Winner, 1974 

    Les trois voyous ont réussi à pénétrer chez Kersey 

    C’est basé sur un ouvrage du prolixe Brian Garfield, un romancier qui a travaillé avec Donald Westlake, et qui a signé des dizaines de romans dans le genre noir, et dans le genre western en utilisant des quantités industrielles de pseudonymes. Beaucoup de ses romans ont été traduits en français, mais curieusement pas celui-là. Avec le personnage de Paul Kersey, un homme ordinaire qui découvre la violence, malgré lui, Brian Garfield a créé une franchise à succès qui aura cinq épisodes, comme pour l’inspecteur Harry.

    Si on parle très souvent de films noirs pour certains westerns, ici il faut parler du contraire : c’est un western qui se passe en 1974. Cependant, le scénario est bien plus subtil qu’il y paraît au premier abord. En vérité il ne porte pas tellement sur la légitime défense, mais sur la peur que les honnêtes gens connaissent dans leur quotidien. Dès lors, comment faire face à cette peur ? Comment l’affronter ? Paul Kersey va le faire en se reniant, il était un libéral non violent – c’est tout juste si dans le film il n’est pas végétarien – qui fait son autocritique. Et cette autocritique, il la fait parce que sa femme est morte et que sa fille est devenue folle. Autrement dit, c’est un repentant qui a cru un peu trop à l’american way of life. Les images idylliques qui au début du film montrent Paul et sa femme sur la plage à Hawaï, permettent de mesurer à quel point la consommation est émolliente. Paul reviendra sur cette question lorsqu’il va discuter avec son gendre qui lui explique que les civilisés ne donnent pas dans la légitime défense et que par là ils se distinguent des Américains de la frontière. Derrière ce débat, il y en a un autre. En effet c’est en allant à Tucson, présenté comme une ville de ploucs, que Paul ouvre les yeux et se convertit, le bon sens campagnard de Jainchill aura eu raison des théories un peu trop sophistiquées de la ville. Enfin, il y a le goût de la violence qui va infecter et modifier la vie de Paul. Au début, il tremble, il vomi, il est choqué d’utiliser la violence, puis non seulement il s’y habitue, mais il ne peut plus s’en passer et va rechercher le conflit en permanence en errant dans les rues sombres de New York. Et si au début il frappe avec un rouleau de pièces de monnaie enfermé dans une chaussette, il va ensuite user plus simplement d’un .32. On sent qu’il y prend du plaisir, comme le spectateur, à voir cette racaille se faire éparpiller. Il y a donc une vraie ambiguïté qui est maintenue jusqu’à la fin. Un autre élément de réflexion porte sur l’effet de la légitime défense sur la population, le message est clair, elle est un exemple à suivre. D’ailleurs après le travail de dératisation de Paul Kersey, la criminalité baisse radicalement ! Et Jainchill affirme que dans les régions où le port d’arme est autorisé, la criminalité est très faible. Ces deux affirmations sont fausses, mais elles servent à porter un discours néo-libéral qui avance que la société c’est « la guerre de tous contre tous » et que seuls les plus forts ont le droit de survivre. 

    Le justicier dans la ville, Death Wish, Michael Winner, 1974 

    Paul va réagir violemment à la première agression qu’il subit 

    La question qui se pose est de savoir si tout cela peut faire malgré tout un film. Curieusement la réponse est oui. Même si le point de vue est étroit, même si Michael Winner n’est souvent pas un très bon réalisateur. Il y a d’abord une très bonne utilisation des décors naturels urbains. Et une sorte de distance ironique qui est prise avec le sujet. Presque tous les protagonistes sont des pantins, que ce soit Paul Kersey, ou les délinquants, Jainchill qui mime l’Ouest profond à destination des touristes, et bien sûr le lieutenant Ochoa. La caméra très mobile capte plus le comportement que les intentions. C’était la mode de filmer New York comme la ville de la turpitude incontrôlable, souvenez-vous de French connection, ou de Serpico. C’était aussi une époque où les procès de la police newyorkaise étaient nombreux pour cause de corruption. On va donc filmer des quartiers qui se déglinguent, des enfilades de rues sales et délabrées, le métro comme un endroit très dangereux à fréquenter. On verra d’ailleurs à un moment un policier fuir dans le métro l’arrivée de deux délinquants, il ne veut pas d’ennui. Les images sombres et le froid de New York sont opposés à la chaleur et aux couleurs de Tucson. C’est plutôt bien filmé, la profondeur de l’espace est bien saisie, et le jeu dans les escaliers du métro ou qui mènent à un parking en sous-sol permet d’accroître la tension. 

    Le justicier dans la ville, Death Wish, Michael Winner, 1974 

    Dans le métro il tue froidement deux délinquants 

    Bien que le film soit assez court, une heure et demie, les assassinats de délinquant sont un peu répétitifs et en la matière Michael Winner n’a pas fait preuve d’imagination : deux ou trois délinquants se pointent – ils naviguent en bande parce qu’ils sont lâches – Paul Kersey sort son calibre et les plombent. Le plus souvent il s'acharne d'ailleurs sur les blessés. Le plus drôle c’est sans doute la réaction de la justice et de la police qui cherchent à garder le monopole de la violence et donc qui vont tout faire pour étouffer l’affaire Kersey. C’est une vision plutôt anarchiste : l’Etat confisque le pouvoir des citoyens et s’applique à les fragiliser car c’est de cette fragilité qu’ils tiennent leur pouvoir. A travers l’anonymat de la grande ville, et aussi l’indifférence des gens pour ce qui se passe autour d’eux, il y a quelque chose que Winner arrive bien à saisir comme le relâchement du corps social. Mais on ne peut pas y couper, le message est clair, il faut rétablir l’ordre, notamment en simplifiant le travail de la police, en lui donnant un peu plus de pouvoir. 

    Le justicier dans la ville, Death Wish, Michael Winner, 1974 

    Après avoir provoqué des voyous dans un bar en leur montrant ses billets, Paul les assassine 

    L’interprétation est évidemment emmenée par Charles Bronson qui va trouver dans cette figure monolithique de Paul Kersey la gloire et accéder au statut de star. Certes il avait déjà fait de bons succès internationaux après Il était une fois dans l’Ouest, mais là il va exploser le box-office. Il est un peu moins mauvais que d’ordinaire, c’est-à-dire qu’il manifeste tout de même des émotions. Lui donner le rôle d’un architecte, un semi-intellectuel, est assez osé. Les autres personnages sont plutôt grimaçants. Dans un petit rôle de semi-débile, on reconnaitra Jeff Goldblum. Les rôles féminins sont réduits à leur plus simple expression, ce sont des faire-valoir, et si ces femmes ne se font pas tuer, elles sombrent dans la folie. On félicite Winner de ne pas nous avoir infligé une nouvelle fois Jill Ireland. Vincent Gardenia est le lieutenant Ochoa, avec pas plus de conviction que ça. Steve Keats dans le rôle du beau-fils est assez transparent, et on ne sait pas trop s’il veut se débarrasser de sa femme, ou si au contraire il veut la sauver. L’interprétation de Stuart Margolin dans le rôle de Jainchill est assez grotesque. Mais je me rends compte que tout ça ne compte pas vraiment car le film, et la manière dont il est tourné, ne demande pas de subtilité dans l’interprétation puisque les caractères ne sont volontairement pas approfondis.

    Le justicier dans la ville, Death Wish, Michael Winner, 1974  

    Paul est cerné 

    Bref le temps a passé sur ce film et sans être un chef d’œuvre incontournable, il annonce un changement d’époque, la fin de l’insouciance, aussi bien pour les gens honnêtes que pour la canaille. C’est donc bien un film politique malgré ses confusions apparentes qui suppose que le développement de l’Etat engendre plus de problèmes qu’il n’en résout. Et en effet aux Etats-Unis le développement de la délinquance au cours des années soixante et soixante-dix a accompagné l’accroissement régulier des effectifs policiers. La musique est de Herbie Hancock. 

    Le justicier dans la ville, Death Wish, Michael Winner, 1974 

    Le lieutenant Ochoa demande à Paul de quitter la ville

     

     


    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/l-inspecteur-harry-dirty-harry-don-siegel-1971-a130654048

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  • Luke la main froide, Cool hand Luke, Stuart Rosenberg, 1967

    Au fil du temps c’est un film qui est devenu un classique. C’était une époque, les années soixante, où le cinéma américain se redéfinissait et retrouvait un peu de ses racines libertaires qu’il avait dû mettre entre parenthèse après la chasse aux sorcières qui avait failli le détruire et qui voulait le ravaler au rang de simple divertissement magnifiant l’optimisme frelaté de l’american way of life. Paul Newman a été une figure emblématique de ce mouvement de rébellion. Il était l’exact inverse de John Wayne. Beau garçon, il apportait le doute, il était le symbole de la défaite. Ce n’est pas lui qu’on aurait vu tuer des indiens les uns après les autres. Bien au contraire, malgré ses yeux bleus, lorsqu’il tourna un western, il fit Hombre, jouant le rôle d’un métis qui n’accepte pas la manière dont les blancs traitent ses frères. Il tourna aussi l’admirable film de Preminger, Exodus, à une époque où ce n’était pas encore la mode de cracher sur Israël au nom d’un antisionisme fumeux. The hustler, le superbe film de Robert Rossen qui fit beaucoup pour sa gloire[1], est aussi le portrait d’un perdant. C’est ce qu’il incarnait : un perdant. Gloire aux perdants ! Et ce fut encore le cas dans le beau film de George Roy Hill Butch Cassidy and Sundance kid. Ensuite la mode des perdants passa avec la remise en ordre du capitalisme mondialisé. Les grandes vedettes devinrent presque naturellement des brutes bodybuildées, Sylvester Stalone ou Arnold Schwarzenegger qui démontraient que la réflexion sur la condition humaine n’était plus à l’ordre du jour et que seule payait l’efficacité. Bien sûr des acteurs comme De Niro ou même Pacino sont restés en marge de cette nouvelle tendance qui aurait pu faire passer John Wayne pour un intellectuel. John Wayne parlons-en. C’était ce que détestait ouvertement Paul Newman, il tourna un film WUSA, sous la direction de Stuart Rosenberg sans doute uniquement pour mettre en scène un fasciste arrogant et borné nommé John Wayno ! L’allusion était plus que transparente. Cool hand Luke est par ailleurs un film de prisonnier, dans la longue tradition des films de prison ou de bagnards, le modèle étant I am a Fugitive from a Chain Gang de Mervyn LeRoy en 1932, avec l’excellent Paul Muni. Et c’est un film noir, très noir même, malgré des couleurs magnifiques, ou peut-être même à cause d’elle.  

    Luke la main froide, Cool hand Luke, Stuart Rosenberg, 1967

    Lucas Jackson est un ancien vétéran de l’armée. Une nuit, ayant trop but, il se met à couper les têtes des parcomètres. Arrêté, il passe en jugement et se trouve condamné au bagne pour deux ans. C’est un endroit très dur, dirigé d’une main de fer par le Captain. La moindre incartade est punie par des matons aussi méchants que bornés. Dans cet univers de prisonniers, il faut travailler dur à l’entretien des routes, et les relations ne sont pas faciles. Luke va se prendre de bec avec Dragline qui joue un peu le rôle de leader dans la chambrée. Dragline est un rude gaillard, grand, fort, il affronte Luke dans un match de boxe improbable. Malgré sa défaite, Luke été Dragline vont devenir amis. Quelques temps plus tard, la mère de Luke, très malade, vient le voir comme pour lui faire ses adieux. Les hommes s’ennuient, et pour passer le temps, Luke parie qu’il peut manger 50 œufs en une heure de temps. Il y arrivera. Il devient de plus en plus le leader, très apprécié des autres forçats, il s’amuse à battre des records dans la confection du sablage de la route. Les choses se gâtent lorsque Luke apprend la mort de sa mère. Pour l’empêcher d’aller à l’enterrement, le Captain l’enferme dans la boîte. Luke en ressortira amer avec comme seule idée de s’évader. La première tentative ne dure pas, il est passé par le plancher du dortoir, après l’avoir scié, mais il va être repris rapidement. La seconde fois, il ira un peu plus loin, après avoir brouillé sa piste pour les chiens à qui il a fait respirer du poivre. Par défi, il envoie une photo de lui avec deux belles filles. Il devient une légende. Mais pourtant il va être encore une fois repris. Cruellement battu, il va finir par mimer la soumission. Humilié par les matons, ses compagnons de détentions se détournent de lui. Mais ce n’’est qu’une partie remise. Il va s’évader à nouveau au volant d’un camion du bagne, après avoir pris les clés des autres véhicules. Dragline va le suivre dans cette entreprise désespérée. Luke se retrouve dans une église et manifeste ouvertement contre un Dieu absent et peu clément. L’église est cernée, Dragline tente bien de le faire sortir en lui promettant la vie sauve, mais Boss Godfrey l’assassine d’une balle dans le cou. 

    Luke la main froide, Cool hand Luke, Stuart Rosenberg, 1967 

    Un soir d’ivresse, Luke démolit des parcmètres 

    Le scénario est adapté d’un roman de Donn Pearce, et ce dernier a participé directement à son écriture. On sait peu de chose de cet auteur un seul de ses romans est traduit en français. Ce fut un homme d’aventures, il a bourlingué un peu partout dans le monde, il a même été arrêté à Marseille et fait de la prison en France. Il fut ensuite cambrioleur, perceur de coffres-forts. L’esprit du roman n’est pas trahi, bien qu’il y ait quelques différences notables. Tout d’abord, dans le roman, Luke est un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, et il a vingt-huit ans. Ce qui fait que l’action se passe au maximum vers le milieu des années cinquante. Or dans le film, l’époque est assez peu marquée, et en 1967, il est probable que les bagnes de ce type avaient disparu. Dans l’ouvrage la mère de Luke n’est pas à l’article de la mort, et elle se présente debout. Le fait que la mère soit mourante et ne puisse se déplacer que couchée au fond d’une camionnette,  accroit la tension dramatique. Plus fondamental, dans le roman on apprend beaucoup de choses qui explique la personnalité rebelle et pessimiste de Luke : son père était un pasteur puritain, très dur, et qui est parti sans crier gare, ce qui sans doute explique qu’il déteste autant l’hypocrisie de la religion ; Luke a aussi connu le traumatisme des campagnes guerrières en Italie, puis en Allemagne. Egalement, alors que le livre est écrit à la première personne,  et donc   explicite comment la légende de Luke s’est formée, le film est tourné du point de vue de Luke, et non du point de vue du regard que les autres prisonniers portent sur sa personne. Le roman est un long flash-back. Mais pour le reste c’est très fidèle. 

    Luke la main froide, Cool hand Luke, Stuart Rosenberg, 1967 

    Luke entraîne les prisonniers à finir le travail avant le terme 

    Si ce film très populaire connait un succès très soutenu depuis sa sortie en 1957, il le doit, entre autres, à la densité de son sujet. A bien y regarder, c’est une parabole du Christ. Luke est le messie qui est envoyé pour éclairer les hommes par son martyr. Dans l’ouvrage  c’est très explicite, et sa venue est d’ailleurs annoncée par un journal qui s’envole et vient s’échouer aux pieds du narrateur. Il sera crucifié sur la table où il a mangé des œufs, mais plus encore, s’il doute de l’existence de Dieu, c’est bien parce qu’il a été abandonné par lui d’une manière injuste. Luke est évidemment le rebelle par excellence qui ne comprend pas l’importance de la hiérarchie et de la discipline, ces deux notions sont seulement la justification d’une cruauté naturelle. Mais si l’ensemble du personnel pénitentiaire est mauvais et stupide, les prisonniers ont de vraies qualités humaines qui se trouvent en tâtonnant. Il y aura ainsi de belles scènes de solidarité lorsque Luke s’isole au moment de la mort de sa mère, lorsque les prisonniers l’aide à finir son assiette pour lui éviter un séjour dans la boîte. Il y a aussi la légende de Luke, comment elle se crée et se diffuse, et comment elle s’évanouit. On ne lui pardonnera pas de se soumettre. Cette image en fait aide les bagnards à conserver une certaine dignité. 

    Luke la main froide, Cool hand Luke, Stuart Rosenberg, 1967 

    Luke a gagné son pari 

    Evidemment ce film possède aussi de belles qualités cinématographiques. Ce réalisateur discret avait auparavant mis en scène l’excellent Muder, inc.[2]. Tourné en Panavision, Rosenberg utilise au mieux les décors naturels. C’est sensé se passer en Floride, il y fait donc chaud et les fossés sont remplis de serpents. La belle photographie de Conrad Hall saisi parfaitement cet espace particulier, aussi bien dans sa profondeur de champ que dans ses couleurs et donc sa lumière. Au-delà des formes géométriques que Rosenberg développe, le cadre est parfait, il y a aussi de très beaux mouvements de caméra, dans la construction de la route, ou dans les discours verbeux été dérisoires du Captain. Le long défilé des camions à l’aube, la paisibilité des chants des bagnards dans leurs rares heures de repos sont filmés dans des plans d’ensemble qui donnent beaucoup de vie à l’histoire. Il y a également pas mal de science dans le parcours que fait la caméra en traversant à plusieurs reprises le dortoir des prisonniers. 

    Luke la main froide, Cool hand Luke, Stuart Rosenberg, 1967 

    Luke est repris après sa première évasion 

    L’interprétation est excellente. Evidemment Paul Newman, pour qui le film est fait, est remarquable. C’est un de ses plus beaux rôles de perdant magnifique. Il était à cette époque le prince d’Hollywood, si le très décevant Torn curtain d’Hitchcock avait été l’année précédente un échec  commercial et critique, Hombre avait été un triomphe. Cool hand Luke aurait plus lui valoir d’ailleurs l’Oscar du meilleur premier rôle. Mais bien qu’il fut nominé, la statuette lui échappa au profit de Rod Steiger pour son rôle de cabotin dans In the Heat of the Night. George Kennedy par contre obtint l’Oscar du meilleur second rôle. Il est aussi excellent, maîtrisant parfaitement tous les aspects de son personnage, à la fois brutal et naïf. S’il était déjà connu comme un solide second rôle, avec Cool hand Luke, il changea de dimension. Jo Van Fleet n’avait qu’un tout petit rôle, celui d’Arletta la mère de Luke auquel elle donne beaucoup d’émotion. Ce film a beaucoup de grâce et tous les acteurs sont très bons, donnons tout de même un coup de chapeau à l’excellent Strother Martin qui apporte juste ce qu’il faut de cruauté imbécile au rôle du Captain, il se fera encore plus remarqué par la suite chez Peckinpah. . On reconnaitra aussi les silhouettes des très bons Dennis Hopper et Harry Dean Stanton. Notez qu’il n’ a pas de rôle de femme : Arletta est juste une mère souffrante, et cette jeune femme au gros seins qui nettoie sa voiture en excitant les bagnards, est plus une image qu’une réalité.

    Luke la main froide, Cool hand Luke, Stuart Rosenberg, 1967  

    A sa deuxième évasion, il va être durement puni 

    Curieusement négligé en France par la critique à sa sortie qui trouvait Cool hand Luke trop simple, c’est un film décisif dans le re nouveau d’Hollywood à la fin des années soixante, il accompagne directement la montée des idées libertaires aux Etats-Unis. On ne peut pas se rendre compte aujourd’hui de l’importance de la critique féroce de la religion qu’il sous-tend. Il y a bien sûr aussi cet idéal de liberté : quelles que soient ses fautes, un être humain à vocation à s’évader dès lors qu’il se trouve enfermé. Depuis sa sortie ce film a fait son chemin, il est devenu une telle référence qu’il a été adapté aussi pour le théâtre, ce qui peut paraître curieux, parce que prendre la place de Paul Newman dans ce rôle paraît périlleux, tant celui-ci l’habite avec grâce. Paul Newman s’est très bien entendu avec Stuart Rosenberg, ils feront encore trois films ensemble. WUSA qui fut un échec cuisant[3], le curieux Pocket money, et puis une nouvelle aventure du détective Harper, The drowning pool.  

     Luke la main froide, Cool hand Luke, Stuart Rosenberg, 1967 

    Luke mime la soumission pour mieux préparer une nouvelle évasion 

    Les années passent, et Luke reste dans nos cœurs. On peut voir et revoir ce film autant de fois qu’on le veut, il n’a pas pris une ride. On a la chance maintenant de le trouver en Blu ray, ce qui permet d’apprécier un peu plus peut être la qualité des images. Mais on est tellement pris par l’histoire qu’évidemment on n’a pas beaucoup de temps pour admirer la beauté des paysages ! Et ce qui ne gâche rien, la musique est excellente. 

    Luke la main froide, Cool hand Luke, Stuart Rosenberg, 1967 

    Dans l’église désaffectée, Luke s’adresse directement à Dieu

     

     


    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/l-arnaqueur-the-hustler-1961-a114844798

    [2] http://alexandreclement.eklablog.com/crime-societe-anonyme-murder-inc-stuart-rosenberg-1960-a114844704

    [3] Ce film est assez difficile à trouver aujourd’hui. Il vaut pourtant le détour.

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  • Psychose, Psycho, Alfred Hitchcock, 1960

    C’est un des films les plus célèbres d’Hitchcock. Mais ce n’est généralement pas le film préféré des fans de ce réalisateur. La renommée de Psycho est portée d’abord par les amateurs de Gore et de films sur les serial killer, qui aiment bien le côté folie ordinaire qui règne sur cette histoire et qui aiment à se faire peur avec un peu tout et un peu rien. Moins consensuel que North by Northwest, il a d’ailleurs bénéficié d’un budget moins conséquent, et d’acteurs moins prestigieux. Le budget de Psycho a été de 800 000 $ contre 3 millions $ pour North by Northwest. Son rendement s’est construit au fil du temps, par exemple en France North by Northwest avait fait 4 millions d’entrées, et Psycho seulement 2 millions. Pourtant au fil des décennies, Psycho aura généré 50 millions de $ de recettes contre 30 pour North by Northwest.  

    Psychose, Psycho, Alfred Hitchcock, 1960

    Marion Crane est une jeune femme qui travaille péniblement dans une agence immobilière de Phoenix pour un petit salaire. Elle a une liaison compliquée avec Sam Loomis, un commerçant du coin qui tarde à se décider de l’épouser pour des raisons financières. Un vendredi après midi, alors que son patron est en train d’effectuer une transaction importante, elle décide de voler sur un coup de tête les 40 000 $  qu’elle doit remettre à la banque. Elle s’enfuit avec l’argent, quelques vêtements et sa voiture. Après quelques péripéties, un agent de police la trouve louche, elle change de voirure, elle atterrit par temps de pluie au Motel Bates complètement désert. Elle y est accueillie par Norman Bates qui prétend vivire ici tout seul avec sa mère. Il se montre aimable, quoiqu’un peu tatillon et lui propose de lui faire à manger. Marion réfléchit et pense qu’elle a fait une grosse bétise en prenant l’argent, elle voudrait repartir pour Phoenix. Elle décide de passer la nuit à l’hôtel et de retourner ensuite. Mais tandis qu’elle prend sa douche, elle est assassinée par une femme mystérieuse à grands coups de couteau. Norman vient peu après nettoyer la scène du crime et embarquer tout ce qui appartient à Marion, il met également el cadavre dans la voiture, et va perdre le tout dans les marais pas très loin du motel. Mais cette disparition va susciter l’inquiétude. Le patron de Marion lance un détective à ses trousses, promettant de ne pas porter plainte si elle rend l’argent. Et puis c’est la sœur de Marion, Lila, qui va annoncer la disparition à Sam en lui demandant ce qu’il est advenu de sa sœur. Arbogast, le détective va les interroger. Puis il prend la décision de visiter tous les motels alentour, jusqu’au moment où il va tomber sur celui de Norman Bates. Il se rend compte que marion est bien passée par là. Mais l’interrogatoire de Norman tourne court. Arbogast téléphone à Lila pour lui dire ce qu’il a trouvé et lui annoncer qu’il va tenter d’interroger la mère de Norman. Mais justement en y allant, il se fait à son tour assassiner. Ne le voyant pas revenir, Lila et Sam vont partir à leur tour sur les lieux du crime. Ils vont interroger Norman qui leur parait très louche, puis ensuite le shérif qui leur annonce que la mère de Norman est morte. Voulant pénétrer à tout prix dans la maison, alors même que Sam fait la conversation à Norman, Lila va trouver une maison vide. Entre temps Norman va se débarrasser de Sam, et revenir à toute allure vers la maison. Lila tente de se cacher, mais pour cela elle va descendree à la cave où elle va découvrir un cadavre embaumé. Celui de la mère de Norman. Alors que celui-ci tente de la tuer, Sam arrive et la sauve du pire. Norman est arrêté. On apprendra que c’est lui qui a tué sa propre mère et l’amant de celle-ci et que cela est lié à sa propre enfance. 

    Psychose, Psycho, Alfred Hitchcock, 1960 

    Marion Crane se fait poignarder sous le douche 

    Le scénario est basé sur le solide roman à succès de Robert Bloch[1]. Lui-même s’étant inspiré plus ou moins vaguement de l’affaire Ed Gein qui en 1945 avait défrayé la chronique par les atrocités que celui-ci avait commises. Si on retrouve des traces des thématiques privilégiées par Hitchcock, le sujet en lui-même est plutôt atypique. D’abord parce que cette histoire se passe au milieu d’une population ordinaire. Je ne suis pas sûr de ne pas me tromper, mais il me semble bien que c’est le seul film dans lequel Hitchcock s’intéresse à des petites gens qui gagnent petitement leur vie. En règle générale, il s’intéresse plutôt à des gens qui ont des positions sociales élevées. Est-ce pour cela qu’il n’y a pas d’acteurs de premier plan ? Est-ce pour cela que le budget est relativement faible ? L’aspect glamour qu’on trouve dans tous les films d’Hitchcock, du moins après la guerre, est soigneusement gommé. Mais quel est véritablement le sujet du film ? Le portrait d’un homme qui a sombré dans la folie ? Ou celui d’une femme, Marion Crane, qui a succombé à l’attirance pour l’argent. En tous les cas, on va retrouver quelques obsessions hitchcockiennes, d’abord cette domination d’une mère sur son fils – même si elle n’est pas présente. Et du reste les femmes sont toujours autant dangereuses, la mère de Norman l’a poursuivi au-delà de la mort en s’emparant de son esprit. Mais l’imprévisible Marion amène le danger aussi bien pour Norman que pour sa sœur et son amant. Norman Bates, à cause de sa mère, refuse son propre désir pour les femmes qu’il punit de la mort. On apprendra en effet qu’il n’a pas tué seulement la pauvre Marion, et Arbogast mais également deux jeunes filles innocentes. Comme à chaque fois, Hitchcock flirte avec le thème de l’homosexualité, sans l’aborder vraiment[2]. Hitchcock qui n’en manquait pas une, méprisait ouvertement l’ouvrage de Robert Bloch, disant qu’il n’avait retenu de l’histoire que la scène de la douche[3], il supposait que son sujet n’avait aucune importance et que seuls comptaient les exercices de formes qu’il pouvait en tirer. Il semblait même vouloir dire que son film était un film expérimental, qu’il l’avait tourné avec les moyens et les techniques d’une équipe de télévision. Mais certainement le fait que ce soit à l’origine un roman de Robert Bloch y est pour beaucoup dans la pérennisation du succès du film. En effet Bloch est un romancier populaire très respecté qui a été un auteur prolifique dans la science-fiction, le fantastique ou le roman noir. Il est une icône de la culture de la marge. 

    Psychose, Psycho, Alfred Hitchcock, 1960 

    Arbogast interroge Sam et Lila 

    La réalisation est plutôt soignée. Tout le monde a retenu la scène du meurtre sous la douche. Le bavard Hitchcock s’en montrait très fier, suggérant qu’il avait démontré avec elle comment on pouvait manipuler l’émotion des spectateurs par l’image. Mais la réalité semble un peu plus compliquée. En effet elle aurait été réalisée à partir des story board de Saül Bass que celui a montré plusieurs fois[4] ! Cette scène des plus admirées par les hitchcockiens ne serait finalement pas de lui ! Passons. Bien qu’on puisse lui reconnaître une certaine efficacité, elle n’est pourtant pas déterminante pour l’ensemble. Il y a aussi la scène du meurtre d’Arbogast dans l’escalier. Hitchcock nous dit qu’il était malade, et que c’est Saül Bass qui l’a remplacé ! Mais le résultat était trop mauvais, toujours selon Hitchcock, et il fallut la retourner. Personnellement je trouve cette scène plate et mal filmée. La manière dont tombe Arbogast est empruntée et peu crédible, il tombe avant même que le poignard ne le frappe, et filmer la scène d’en haut, n’apporte pas grand-chose, si ce n’est la confusion. Mais cela n’enlève rien à l’ensemble qui est plutôt bien rythmé. Tourné en écran large, avec une belle image de John L. Russel. Peu habitué de l’univers hitchcockien, il avait pourtant une certaine expérience du film noir. La caméra est suffisamment mobile pour trouver des mouvements d’appareil intéressants quand Hitchcock ne cherche pas à épater son public. Bien sûr il y a des transparences assez négligées, comme la conduite en voiture sous la pluie, ou même la sortie de Phoenix par Sam et Lila. Mais cette négligence est apparemment la marque de fabrique d’Hitchcock. Les histoires d’opposition entre la verticalité de la maison et l’horizontalité du motel qui plaisaient tant à Truffaut et à Hitchcock ne me semble pas non plus ajouter quelque chose d’important au récit. On peut trouver que la mise en scène est propre dans son ensemble, mais elle n’est pas forcément très originale et remarquable. Les scènes où l’on voit le flic suivre en voiture Marion sont redondantes. 

    Psychose, Psycho, Alfred Hitchcock, 1960 

    Norman Bates voit le détective arriver 

    L’interprétation est intéressante. Janet Leigh est remarquable, star sur le déclin, ce sera son dernier rôle important. C’est elle qui occupe tout le devant de la scène pendant presque la moitié du film – elle ne meurt pas au tiers du film comme on le dit souvent. C’est son personnage de voleuse qui culpabilise qui donne un aspect film noir à Psycho. Anthony Perkins est excellent. Il change de personnalité au fil du dialogue : séduisant quand on abonde dans son sens, méchant dès qu’on le contrarie.  Contrairement à ce qu’on dit ce n’était pas son premier rôle important. Il avait déjà joué dans des grosses productions, sous la direction de William Wyler, de Robert Mulligan ou d’Anthony Mann. Mais ce rôle le marquera tellement qu’il l’exploitera jusqu’à la corde dans des suites médiocres, des improbables retours, Psycho2, Psycho3 qu’il mettra en scène lui-même, et même encore Psycho 4. Il a donc fait de Norman Bates un personnage à part dans le film d’épouvante, une franchise particulière qu’il a détournée à son profit ! Martin Balsam est Arbogast, le détective, soupçonneux et bon enfant, méthodique. Il est aussi très bon, mais Martin Balsam est toujours très bon. Et puis il y a l’insipide John Gavin dans le rôle de Sam. Ce n’est pas tellement un acteur, mais plutôt une gravure de mode, un porte costume. Vera Miles n’est pas mal dans le rôle de la sœur angoissée. On prend du plaisir à retrouver John McIntire dans le rôle du shérif, même s’il ne sert à rien pour faire progresser l’histoire. Le très bon Simon Oakland boucle le film en jouant le docteur Richmond qui explique dans une scène peu crédible des histoires de dédoublement de la personnalité. On retrouve les tendances hitchcockiennes à faire de la psychanalyse de comptoir, un peu comme dans Spellbound. Donnons une mention particulière à la prestation de la propre fille d’Hitchcock, Patricia, qui joue le rôle de la copine de bureau de Marion. 

    Psychose, Psycho, Alfred Hitchcock, 1960 

    Arbogast veut interroger la mère de Norman 

    Sans être un film désagréable à regarder, l’ensemble laisse une impression de vide, d’un manque d’épaisseur des personnages, même celui de Norman, sauf peut-être celui de Marion. Sans doute les petites astuces d’Hitchcock qui doivent faire peur ne fonctionnent pas vraiment dès lors qu’on connait déjà l’histoire, et donc cela plombe un peu les visions ultérieures de l’œuvre. Le personnage de Ed Gein n’a pas seulement inspiré celui de Norman Bates, mais également celui de The Texas Chain Saw Massacre, le film de Tobe Hooper en 1974, et peut être aussi The silence of the lambs, de Jonathan Demme en 1991. Ces deux derniers films sont une exploration de la logique particulière du tueur en série, et eux aussi ont eu énormément de succès au point d’en susciter des suites et des remakes. Comme Psycho, ils appartiennent à cette sous-culture qui s’attarde sur ces personnages de déviants extraordinaires. 

    Psychose, Psycho, Alfred Hitchcock, 1960 

    Sam et Lila vont à la recherche de Marion et d’Arbogast 

    A sa sortie, le film eut des critiques assez mitigées, surtout aux Etats-Unis. Les entrées par contre furent bonnes, bien qu’au départ de moitié inférieures à North by Northwest. L’enthousiasme ne vint qu’après, avec le temps. Mais près de soixante ans après, c’est le film d’Hitchcock qui a rapporté le plus d’argent, et la critique d’aujourd’hui n’ose même plus dire quelque chose d’un petit peu négatif, d’émettre quelque réserve. Ce film a été encensé par la Nouvelle Vague, Chabrol et Truffaut en tête. Ce qui n’empêcha pas ces ceux hypocrites de cracher sur le cinéma de papa trop emprunté et conditionné par le tournage en studio. Or ce que ces deux cuistres critiquaient chez Autant-Lara, Clément et quelques autres, c’est justement ce qu’ils ne savaient pas faire eux-mêmes, ce qu’ils n’ont jamais su faire, mais aussi c’est ce qu’ils admiraient tant chez Hitchcock. En 1998 Gus Van Sant, cinéaste de second ordre, fit un remake du film. En couleurs, il s’était appliqué à refaire tous les plans à la manière d’Hitchcock. On se demande quel peut être l’intérêt d’un tel projet aussi saugrenu. Ce fut évidemment un bide noir très mérité. 

    Psychose, Psycho, Alfred Hitchcock, 1960 

    Lila croit avoir vu quelqu’un dans la maison 

    Psychose, Psycho, Alfred Hitchcock, 1960 

    Ed Gein qui inspira le personnage de Norman Bates, et à gauche sa maison 

    Psychose, Psycho, Alfred Hitchcock, 1960 

     

     


    [1] Il existe en français deux versions de cette œuvre, l’une est le roman proprement dit, l’autre la novellisation du film d’Hitchcock.

    [2] Hitchcock emploiera souvent des acteurs homosexuels, Cary Grant, Anthony Perkins, John Gavin.

    [3] François Truffaut, Le cinéma selon Hitchcock, Robert Laffont, 1966.

    [4] http://www.ulyces.co/news/saul-bass-secrets-scene-de-la-douche-de-psychose/

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