• L’étrange Mr. Slade, Man in the Attic, Hugo Fregonese, 1953 

    Tout en s’inspirant du roman de Marie Belloc Lowndes, Fregonese va arriver à un résultat très différent des versions précédentes. Cette fois c’est Mr Slade qui est le centre de toutes les attentions, et l’histoire de la jalousie entre le locataire et le policier qui enquête sur les meurtres ignobles de Jack the ripper est à peine suggérée. Cette version est tournée en 1953. C’est-à-dire à une date où le cycle classique du film noir est en train de s’essouffler. 

    L’étrange Mr. Slade, Man in the Attic, Hugo Fregonese, 1953 

    Mr Slade est amoureux de la chanteuse Lilly 

    Alors que les meurtres paniquent complètement le quartier de Whitechapel, l’étrange Mr Slade vient louer une chambre et un grenier (attic en anglais) pour, dit-il faire, des expériences scientifiques. Malgré la méfiance de Mrs Harley, il va s’installer. Peu après il va faire la connaissance de la belle Lilly, meneuse de revue, et femme déterminée et libre. Il tombe sous son charme. Celle-ci est la nièce des époux Harley. Mais petit à petit les soupçons de plus en plus nombreux pèsent sur Slade qui sort souvent la nuit pour faire des expériences. D’autant que Lilly le surprend un soir en train de brûler son manteau. Warwick un policier autant obstiné qu’ambitieux commence à enquêter sur Slade, mais il découvre que celui-ci est bien un membre éminent de l’université et est très dévoué à la recherche. Warwick fouille la chambre de Slade pour récupérer des objets sur lesquels celui-ci aurait laissé des empreintes. Lilly se fâche avec lui pour cette intrusion de mauvais goût. Warwick est d’autant plus amer que l’examen des empreintes ne donnent strictement rien. L’affaire va pourtant se dénouer d’une manière inattendue. Slade ne supporte pas que Lilly dont il est très amoureux se produise dans des tenues légères qui excitent les hommes. Pris d’un accès de colère, il veut lui trancher la gorge, mais il y renonce parce qu’il l’aime. Il s’enfuit, on comprend qu’il était bien Jack the ripper, la police le poursuit, mais elle ne le rattrapera pas. Il disparaîtra à jamais dans les eaux troubles de la Tamise. 

    L’étrange Mr. Slade, Man in the Attic, Hugo Fregonese, 1953 

    Slade visite le musée noir de Scotland Yard 

    Le scénario est de Barré Lyndon, le même qui avait écrit celui de The lodger pour John Brahm en 1944, les deux films seront très proches dans leur principe. Barré Lyndon est un anglais, et naturellement il va mettre en avant le côté brumeux de Whitechapel et des bords de la Tamise. Et donc Man in the attic sera plus un remake du film de Brahm que ce celui d’Hitchcock, plus proche du roman de Marie Belloc Lowndes. Hugo Fregonese est un réalisateur argentin qui a fait une petite carrière à Hollywood. Il a tourné des westerns, avec Gary Cooper ou Robert Taylor, des films noirs, dont le très bon Seven tunders, film sur la résistance qui se passe à Marseille. Les cinéphiles, engeance assez mal définie cependant, ont surtout retenu Apache drums, western baroque. Il finira sa carrière en tournant des films de genre en Allemagne. Il n’a donc eu que très peu de succès, manifestement il avait du talent, mais sans doute n’a-t-il pas su gérer correctement sa carrière ou bien a-t-il été écarté de projets plus ambitieux. Man in the attic est une commande, la volonté de la 20th Century de refaire un succès avec un film à petit budget, sur un thème à priori passe partout. Par rapport aux deux versions précédentes adaptées de Marie Belloc Lowndes, les changements de point de vue sont très importants. Le suspense porte sur la personnalité de Slade, mais on va rapidement comprendre qu’il est Jack the ripper. Une partie du film passe à nous expliquer pourquoi Slade est devenu un tueur : c’est à cause de sa mère qui était une trainée et qui l’a abandonné, son père sombrant dans l’alcool. Slade va donc avoir des pulsions, des excitations qu’il n’arrive pas à contrôler. On remarque d’ailleurs que plus il se rapproche sentimentalement de Lilly et moins il n’a de contrôle sur lui-même. 

    L’étrange Mr. Slade, Man in the Attic, Hugo Fregonese, 1953 

    Les journaux qui relatent les meurtres de l’éventreur s’arrachent 

    L’autre point de vue est de s’intéresser à Lilly, femme de caractère, libérée, assumant son métier qui est tout de même de jouer sur la séduction en montrant plus ou moins ses avantages, ce qui peut paraître osé dans la société victorienne. Bien qu’elle semble attirée par Slade qui lui apparaît comme un homme spécial, elle joue tout de même avec Warwick, le policier très antipathique, jaloux de Slade qui veut à tout prix coincer ce dernier. A croire qu’elle veut se jeter dans la gueule du loup. Le propos du film est relativement limité, et ce qui va compter, c’est plutôt la mise en scène. Celle-ci est assez soignée. Certes on voit bien que c’est du studio, mais les angles de prise de vue, les travellings, les mouvements de caméra donnent un côté très propre à l’image. Le film louche plus du côté fantastique que du côté film noir. L’impuissance de la police, ou encore le rôle de la presse est à peine suggérée. Des scènes entières ont été piquées au film de John Brahm, comme celle où les policiers à cheval cernent l’immeuble où un meurtre a été commis. 

    L’étrange Mr. Slade, Man in the Attic, Hugo Fregonese, 1953 

    La police cerne le quartier où un nouveau meurtre a été commis 

    L’interprétation est dominée naturellement par Jack Palance qui trouve ici son premier grand premier rôle. Son physique très particulier le prédestine à des rôles effrayants. Mais c’est un très bon acteur. On peut s’en rendre compte encore ici. Il joue de sa haute taille et de son visage taillé à la serpe, mais il manifeste aussi très bien des sentiments partagés entre ses pulsions de mort et son amour pour Lilly. Il sait aussi être ironique quand il affronte son rivale l’inspecteur Warwick. Constance Smith, actrice irlandaise peu connue, est Lilly. Elle apporte pas mal d’énergie au rôle. Elle n’a jamais obtenu quant à elle des rôles très importants, elle a tourné surtout en Angleterre, faisant vers la fin de sa carrière quelques incursions dans en Italie dans le film de genre. Les deux acteurs qui interprètent les logeurs sont pas mal aussi. Notez que dans ce film Daisy est devenue la bonne, un peu craintive, un peu idiote. Warwick est joué par l’insipide Byron Palmer qui est un parfait inconnu d’abord parce qu’il fut surtout un acteur pour la télévision.

    L’étrange Mr. Slade, Man in the Attic, Hugo Fregonese, 1953  

    Slade brûle son manteau 

    L’ensemble laisse un sentiment mitigé. Si la mise en scène est efficace et Jack Palance très intéressant, le film manque d’un propos clairement affirmé. Hésitant en permanence entre l’esthétique du film noir et celle du film fantastique. Il ne parvient pas à convaincre. On peut le voir sans ennui, mais une fois que le visionnage est achevé, il n’en reste pas grand-chose. La belle photo de Leo Tover qui a tourné avec les plus grands, Jean Renoir, Raoul Walsh, etc., ne suffit pas pour sauver l’ensemble de la grisaille. 

    L’étrange Mr. Slade, Man in the Attic, Hugo Fregonese, 1953 

    Slade ne supporte pas que d’autres hommes admirent Lilly

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  •   Les cheveux d’or, The lodger, Alfred Hitchcock, 1927

    L’histoire de Jack l’étrangleur, tueur en série qui défraya la chronique à la fin du XIXème siècle, a été portée à l’écran un nombre incalculable de fois. Dans le quartier de Whitechapel de nombreux meurtres de prostituées, ou autre, sont commis. Le tueur éviscère ses victimes mais aussi présente la particularité d’envoyer des messages à la presse et à la police pour se faire de la publicité. L’identité de ce meurtrier n’a jamais été connue, et en outre, on ne sait pas combien de meurtres ont été commis par le même homme, il semblerait que seulement cinq de ces meurtres soient de la même personne, ils auraient eu lieu entre le mois d’aout et le mois de novembre 1888. Cette affaire connut une renommée internationale et a alimenté les soupçons les plus divers. Certains ont même avancé que si on n’avait pas trouvé le meurtrier, cela prouvait qu’on le cachait, ou qu’on ne voulait pas divulguer son nom. Il aurait été un membre de la famille royale, ou un aristocrate. D’autres ont avancé qu’il s’agissait forcément de quelqu’un qui maîtrisait l’art chirurgical, vu la manière dont les corps étaient découpés. Si on remet cette histoire dans son contexte, on voit qu’elle coïncide avec le développement d’une presse de masse, et aussi avec l’émergence d’un roman populaire de type anglais. Jack the ripper est une des pièces maitresses de la littérature populaire anglaise et de la littérature de détection, comme Sherlock Holmes ou Dr Jeckill et Mister Hyde.  

    Les cheveux d’or, The lodger, Alfred Hitchcock, 1927

    C’est cette histoire jamais résolue qui va être le support d’un roman à succès de Marie Belloc Lowndes, The lodger. Paru en 1913 en Algleterre sous forme de feuilleton, il sera un succès dans le monde entier, mais curieusement il ne sera traduit en français qu’en 1994. Un peu comme si les Français n’avaient pas le goût pour ce type d’histoire. Ce roman va faire l’objet de cinq adaptations cinématographiques :

    1. Les cheveux d'or  (The Lodger) d’Alfred Hitchcock (UK, 1926) avec Ivor Novello

    2. Meurtres, The Lodger, de Maurice Elvey (UK, 1932) avec à nouveau Ivor Novello

    3. Jack l'éventreur (The Lodger) de John Brahm (USA, 1944) avec Laird Cregar

    4. L'étrange monsieur Slade (Man in the Attic) de Hugo Fregonese (USA, 1953) avec Jack Palance

    5. Jack l'éventreur (The Lodger) de David Ondaatje (USA, 2009) avec Alfred Molina.

    Cette dernière version est modernisée, détachée de son contexte victorien, elle n’a aucun intérêt. Trois d’entre elles sont intéressantes a des titres divers : celle d’Hitchcock, celle de John Brahm, un des piliers du film noir de la période classique, et celle de Fregonese. Celle de Maurice Elvey a la particularité d’être un remake sonore du film d’Hitchcock toujours avec le même acteur, Ivor Novello, mais elle est plutôt mauvaise du point de vue cinématographique.

    Il y a bien sûr bien d’autres adaptation du thème de Jack l’éventreur, on en compte environ une trentaine, tantôt elles versent dans l’analyse psychologique du criminel, tantôt vers les difficultés de l’enquête proprement dite. Parfois elles innovent en avançant des hypothèses hardies sur l’identité de ce criminel en série. Loulou le chef d’œuvre de Pabst traite aussi de Jack the ripper puisque l’héroïne ira jusqu’à Londres pour se faire poignarder. Cet étrange tueur en série a permis aux théories du complot les plus folles de se développer, par exemple dans Murder by decree, film de Bob Clark qui date de 1979, inspiré d’un ouvrage de Stephen King, Sherlock Holmes et le docteur Watson vont découvrir que les crimes de Jack the ripper cache une machination qui mêle à la fois la famille royale, la franc-maçonnerie et le gouvernement ! Tous les délires sont permis. 

    Les cheveux d’or, The lodger, Alfred Hitchcock, 1927    

    La presse s’est emparée de l’affaire 

    En vérité notre sujet n’est pas l’histoire de Jack l’éventreur, ni même Alfred Hitchcock pour lequel, à quelques exceptions près, j’ai assez peu de goût, ni non plus les tueurs en série, mais John Brahm qui a apporté une contribution importante et novatrice au cycle du film noir classique, mais comme il a adapté lui aussi The lodger, nous allons faire un détour par quelques-unes de adaptions de ce roman. En même temps cela nous permettra de comprendre peut-être un peu mieux les racines du film noir dans ce qu’il peut avoir de gothique, et ce qu’il doit à l’image projetée de l’Angleterre à l’époque victorienne. 

    Les cheveux d’or, The lodger, Alfred Hitchcock, 1927    

    Mrs Bunting reçoit un curieux locataire 

    Jack the riper sévit à Londres dans le quartier de Whitchapel. Sept jeunes femmes aux boucles blondes ont été assassinées de la même manière, et chaque fois le tueur laisse un triangle dans lequel il signe the avenger. La panique gagne, une fille semble avoir aperçu le tueur, il serait grand et masquerait son visage avec une écharpe. Daisy Bunting qui est plus ou moins fiancée avec le policier Joe Chandler, est en même temps mannequin. Elle vit bien sagement chez ses parents qui louent des chambres dans leur maison. Un soir de brouillard arrive Jonathan Drew qui veut louer une chambre. D’emblée le personnage apparaît comme mystérieux. Mais tandis que Daisy est presqu’officiellement fiancée à Joe le policier chargé de trouver le tueur en série, elle se trouve attiré presqu’inexorablement par Jonathan qui semble avoir beaucoup de choses à cacher. Cette attirance est réciproque, on le voit rapidement au cours d’une partie d’échecs. Ce curieux locataire sort cependant la nuit sans faire de bruit, les Bunting commencent à avoir peur et Joe devient franchement jaloux. Rapidement il soupçonne Jonathan d’être le criminel en série, tandis qu’au contraire la belle Daisy ne peut pas croire une minute à sa culpabilité. Finalement sur de vagues intuitions, Joe fouille la chambre de Jonathan et découvre qu’il cache dans un sac un revolver, mais aussi un plan de la ville où il a répertorié tous les meurtres déjà exécutés. Jonathan explique qu’en réalité il enquête par lui-même parce que sa jeune sœur a été une des premières victimes de Jack the riper, et que la police reste impuissante. Joe ne veut rien savoir. Pris de panique, il s’enfuit, alors qu’il est menotté. Daisy tente de l’aider, mais la foule le poursuit, et il ne doit la vie qu’à Joe, le policier, qui entre temps à compris qu’il s’était trompé puisque le vrai tueur a été arrêté. Cela finira très bien et Daisy, fille modeste de basse extraction, elle se mariera avec Jonathan qui se révélera être un riche héritier.

    Les cheveux d’or, The lodger, Alfred Hitchcock, 1927     

    Daisy est intriguée 

    Il est extrêmement difficile de juger un tel film, 90 ans après sa sortie en salles. Nous n’avons plus beaucoup l’habitude du cinéma muet, de ses tics et de ses normes d’expression, même si on sait qu’il y a des films muets d’une toute autre tenue. Si on le commente et si on le revoit encore c’est essentiellement pour une forme de passion archéologique des racines du film noir. Le scénario est assez faiblard. Essentiellement parce qu’il ne sait pas choisir entre une comédie amère sur la tendance adultérine des femmes et le récit policier. Même chose pour ce qui concerne l’ambiance, on pense d’abord que le film se centrera sur le brouillard londonien si propice au crime et au mystère. En vérité peu de scènes ont ce caractère fantastique et l’essentiel de ce film bavard quoique muet se passe en vase clos. Curieusement Jack the riper est absent, il n’est même pas décoratif. Mais peu importe tout cela. Nous sommes en 1927, et plusieurs éléments propres au film noir classique apparaissent ici. D’abord l’importance de la presse et des journaux qui diffusent les nouvelles et qui affolent les populations. Pour Hitchcock c’est une manière de prouver sa modernité que de montrer des rotatives qui tournent très vite, ou des salles de journalistes besogneuses. Le développement d’une culture populaire est manifestement en marche. Si le thème général est le soupçon, tout le monde se méfie de tout le monde, ce film est parfaitement misogyne : non seulement les filles blondes en général sont insouciantes, mais on dirait qu’elles cherchent l’aventure. Daisy n’a aucun scrupule à changer de partenaire en un clin d’œil et elle fait confiance contre toute vraisemblance à Jonathan. C’est seulement une chance qu’elle ait eu raison ! ça n’a rien à voir avec une réflexion sérieuse et une conduite raisonnée. 

    Les cheveux d’or, The lodger, Alfred Hitchcock, 1927    

    Jonathan et Daisy sont séduits l’un par l’autre 

    Il y a aussi une forme expressionnisme qu’Hitchcock devait sans doute à ses visites aux studios allemands, du moins c’est ce qu’il dit dans ses entretiens avec Truffaut[1]. Le jeu des ombres est intéressant, notamment l’entrée de Jonathan chez les Bunting, apparaissant dans l’encadrement de la porte       avec son écharpe autour du cou. Ou encore cette manière de filmer les escaliers qui sera reprise ad libitum par tous les metteurs en scène du cycle classique du film noir, et par Hitchcock lui-même dans le bien nommé Suspicion. Evidemment à cette époque la caméra restait très statique et le sens du mouvement ne pouvait apparaître que dans le montage. On ne saurait donc reprocher à Hitchcock ce que les avancées de la technique ne lui permettaient pas. De même les séquences sont parfois bleutées, ou couleur sépia. Cela selon les lieux et les moments. Ce n’est pas du meilleur effet, mais c’était très fréquent et était censé faciliter la compréhension. La scène qui voit s’affronter Jonathan et Daisy lors d’une partie d’échecs aura une très longue postérité, on la retrouvera entre autres dans The Thomas Crown affair de Norman Jewison.

     

    Les cheveux d’or, The lodger, Alfred Hitchcock, 1927

    Jonathan ne peut cacher ses sentiments 

    Il est aussi très difficile de juger les prestations des acteurs. Le film était fait pour Ivor Novello, grande vedette du cinéma britannique. Bien qu’Anglais, il s’était donné un pseudonyme exotique. Il avait curieusement débuté sa carrière en France dans L’appel du sang. Homosexuel notoire, acteur de théâtre d’abord, il joue ici les jeunes premiers romantiques un peu rêveur.  Il est très expressif, assez peu outrancier pour un acteur du muet. Malkom Keen qui joue le flic Joe est moins intéressant, trop caricatural, et justement quand on compare le jeu des deux acteurs, on se rend compte que tous les acteurs du muet n’étaient pas forcément grimaciers. June joue la belle Daisy. Son vrai nom était June Tripp. Elle est très bien, mais elle abandonna rapidement le cinéma pour se marier avec un baron ! Il semblerait qu’elle ait par la suite mené une vie de bâton de chaise, divorçant, se remariant, etc. Devenant même citoyenne américaine ! C’est dire. J’aime bien aussi le couple Duning incarné par Mary Ault et Arthur Cherney. 

    Les cheveux d’or, The lodger, Alfred Hitchcock, 1927    

    Joe est persuadé que Jonathan est l’assassin 

    Hitchcock disait que c’était son premier vrai film. Nous n’y voyons pas grand-chose d’important. Les producteurs trouvaient le film mauvais et demandèrent de le remonter. Ce qui fut fait et finalement le film eut un succès conséquent qui permit d’en refaire un remake parlant en 1932, toujours avec Ivor Novello. Mais celui-ci avait bien vieilli entre temps, et il est bien moins intéressant, l’histoire étant complétée si je peux dire en faisant de l’assassin le frère jumeau du héros.

     

     


    [1] Truffaut/Hitchcock, edition definitive, Ramsay, 1984.

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  • Un homme est passé, Bad day at Black Rock, John Sturges, 1955

    John Sturges est toujours un réalisateur sous-estimé, et à mon avis sa filmographie est supérieure à bien des auteurs qu’on encense sans trop de raison aujourd’hui, que ce soit Hitchcock dont l’œuvre cinématographique a beaucoup vieilli ou le sinistre Clint Eastwood dont la maîtrise technique est vraiment faiblarde. Je ne suis pas le seul à dire cela, heureusement, aux Etats-Unis il y a une tendance à réhabiliter la filmographie de John Sturges. Il a travaillé au début de sa carrière dans le film noir[1]. Et puis il a rencontré un succès immense avec des westerns d’une grande précision, le plus souvent à travers une utilisation très subtile du cinémascope. Et donc si certains de ses westerns ont des allures de film noir, par exemple Last train from Gun Hill, certains de ses films noirs ont des allures de western[2]. C’est le cas ici. Le résultat de cette hybridation est excellent.  

    Un homme est passé, Bad day at Black Rock, John Sturges, 1955

    Le scénario est basé sur une histoire de Michael Niall, de son vrai nom Howard Breslin, celui-ci a écrit deux romans noirs, tous les deux traduits en français, l’un, Un homme est passé, à la série noire, et l’autre Fait comme un rat, aux Presses de la Cité.  

    Un homme est passé, Bad day at Black Rock, John Sturges, 1955 

    Le train arrive à Black Rock et va s’y arrêter pour la première fois en 4 ans 

    John McReedy débarque par le train à Black Rock, une petite ville minière perdue et pauvre qui semble à l’écart de la civilisation. Nous sommes en 1945, la guerre est finie. Il cherche à gagner Adobe Flat. Mais tout le monde semble se mettre en travers de son chemin. L’hôtel lui refuse une chambre, le shérif ne veut pas lui donner de renseignement sur un nommé Komoko. Seul Smith, qui semble régner sur la petite localité, lui indique que Komoko a été interné dans un camp au moment de Pearl Harbor. Obstiné, McReedy va se rendre à Adobe Flat et comprendre que la ferme de Komoko a été incendiée, et que probablement il a été aussi tué et enterré. Smith décide de l’éliminé, c’est d’abord Coley qui va tenter de lui faire avoir un accident de voiture, puis, il va le provoquer mais va recevoir une raclée terrible. Le docteur, puis le shérif vont essayer de se rebeller contre Smith. Celui-ci lui ôte son étoile, et nomme Hector à sa place. Entre temps McReedy va tenter d’envoyer un télégramme à la police, mais comme pour le téléphone, il est coupé du reste du pays. On apprend alors que McReedy était seulement venu à Black Rock pour remettre la médaille de son fils à Komoko, car non seulement celui-ci avait combattu courageusement en Italie, mais il avait aussi sauvé la vie de McReedy.  Pete, l’hôtelier, va basculer, il va tenter de sauver McReedy en demandant à sa sœur Liz de venir le chercher. Mais celle-ci trahit McReedy et le livre à Smith. Une fusillade s’ensuit dans laquelle Liz est tuée, McReedy sort vainqueur de ce duel et capture Smith. 

    Un homme est passé, Bad day at Black Rock, John Sturges, 1955 

    John McReedy débarque du train 

    On a retenu le thème du racisme anti-japonais, et on a vu ce film comme la première réhabilitation des américains d’origine japonaise qui avaient été très maltraités, bannis, déportés. Des dizaines de milliers de nippo-américains avaient été enfermés dans des camps, d’autres avaient été déportés. C’est le FBI du sinistre J. Edgar Hoover qui s’était chargé de cette monstrueuse besogne. Et je ne crois pas me tromper en avançant que ce film est le premier à avoir traité de ce sujet. Cela convient bien à Sturges qui a toujours mis en avant les idées antiracistes, sans les habillées d’un discours militant. On peut élargir cependant le propos au fait qu’après un long silence les démocrates d’Hollywood ostracisés par la Chasse aux Sorcières les listes noires, ceux-ci vont relever la tête. Sturges, Spencer Tracy, Robert Ryan, mais aussi Lee Marvin étaient des démocrates, des libéraux, très hostiles à la chappe de plomb idéologique qui s’était abattu sur l’Amérique. Mais il y a autre chose dans ce film, outre le thème récurrent westernien d’un homme seul contre tous et contre la lâcheté ambiante, c’est la bataille de la civilisation contre l’obscurantisme. Et la civilisation arrive comme souvent chez Sturges par le train ! Je pense qu’il est le réalisateur qui a le plus souvent filmé les trains, et que ceux-ci modifiaient toujours l’état des choses en injectant de la morale en reliant un coin paumé au reste de la société. Il reprendra ce thème dans le magnifique Last train from Gun Hill, mais aussi dans Gunfight at the OK corral, et encore plus tard dans Hour of the gun. C’est le progrès social et économique qui ici affronte l’immobilisme le plus rétrograde qui permet à un potentat local de régner sans partage sur la cité. Il y a également un autre thème qui est abordé, celui de la refondation d’un ordre nouveau et juste après la guerre. L’irruption d’un étranger vêtu de noir se pose comme un cas de conscience pour tous les individus qui ont laissé commettre un meurtre horrible. Et cela d’autant plus qu’il est handicapé, ayant perdu l’usage d’un bras à la guerre. Cet homme apparemment vieux et handicapé, va, par la rigueur morale de son comportement, en remontrer à des hommes solides et brutaux dans la force de l’âge. McReedy se trouve à mi-chemin entre le confesseur et l’ange exterminateur. Remarquez que, comme dans Violent Saturday, la femme qui a trahi, est châtiée et perd la vie. 

    Un homme est passé, Bad day at Black Rock, John Sturges, 1955 

    La petite ville de Black Rock semble avoir été oubliée par la civilisation 

    Sur le plan cinématographique, le film frise la perfection. En effet Sturges arrive à tenir le spectateur en haleine pendant près d’une heure sans qu’il ne se passe quelque chose : il joue sur la peur insidieuse, la menace latente que constitue cette situation où la ville manifeste son hostilité à l’étranger. Remarquez que le film se passe sur une seule journée, il y a donc une unité de temps et de lieu qui donne de la force et du rythme à l’ensemble. L’utilisation des paysages désolés et arides est soutenue par le cinémascope donc Sturges fut un des maîtres dans le maniement. Certes il est secondé parfaitement par William C. Mellor, le directeur de la photographie, mais l’usage du format est tellement semblable à ce que Sturges fera dans ses autres westerns qu’il est impossible de ne pas lui en attribuer la paternité. On remarque l’usage des longues diagonales, les mouvements de grue, et la rapidité des déplacements de la caméra. La démonstration de la maitrise de Sturges est évidente dans la scène assez compliquée dans laquelle McReedy va donner une raclée à Coley. Sturges change de point de vue en permanence, il passe du gros plan au plan général, en passant par le plan américain, sans garder la caméra statique. Egalement les angles de prise de vue ne sont jamais les mêmes. Rien que pour cette scène le film vaut le déplacement. 

    Un homme est passé, Bad day at Black Rock, John Sturges, 1955 

    Smith tente de savoir ce que McReedy cherche 

    L’interprétation est très « haut de gamme ». C’est Spencer Tracy qui domine l’ensemble, présent de bout en bout, il impose son autorité. Malgré sa petite taille, ses cheveux blancs et son âge, il tient la dragée haute à tous les voyous à la solde de Smith. C’est un acteur un peu oublié, mais qui était extrêmement célèbre, un des piliers de la MGM. Sa longue carrière a été jalonnée de succès que ce soit dans le drame, la comédie et même le film d’aventures. Il trouve là un de ses meilleurs rôles. Il devait être très satisfait puisqu’il tournera aussi The old man and the sea sous la direction de Sturges. Il y a ensuite Robert Ryan, pilier du film noir, il est ici encore très bon, mais un peu en retrait tout de même. Plus remarquables sont les deux bad boys, Coley et Hector, interprétés respectivement par Ernest Borgnine et Lee Marvin. Ils étaient déjà présents dans Violent Saturday, tourné la même année[3]. On trouve encore Walter Brennan dans le rôle du vieux docteur moralisateur. Le seul personnage féminin est joué par Anne Francis qui a fait une toute petite carrière et qui ici n’a pas grand-chose à faire, seulement à trahir McReedy et son frère pour finir par se faire descendre bêtement par son amant. 

    Un homme est passé, Bad day at Black Rock, John Sturges, 1955 

    Smith et sa clique pensent que le mieux est de supprimer McReedy 

    Le film a connu un très bon succès, un succès mondial même, la critique l’a encensé, et il est toujours très apprécié pour sa modernité prémonitoire aussi bien que la rigueur de sa mise en scène. C’était bien la grande force de Sturges, de construire des drames populaires auxquels le public était très réceptif et en même temps d’offrir une réflexion profonde sur la société et son histoire. 

    Un homme est passé, Bad day at Black Rock, John Sturges, 1955 

    Coley tente de provoquer McReedy 

    Un homme est passé, Bad day at Black Rock, John Sturges, 1955 

    Smith a nommé Hector shérif 

    Un homme est passé, Bad day at Black Rock, John Sturges, 1955 

    Sturges sur le tournage avec Robert Ryan et Spencer Tracy

     

     


    [2] Sturges aura pourtant une fin de carrière un peu pénible. A partir du milieu des années soixante, il semble de moins en moins adapté aux évolutions des studios. Voir Glenn Lovell, Escape Artist, the life and films of John Sturges, University of Wisconsin Press, 2008.

    [3] http://alexandreclement.eklablog.com/les-inconnus-dans-la-ville-violent-saturday-richard-fleischer-1955-a130454586

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  •  Les inconnus dans la ville, Violent Saturday, Richard Fleischer, 1955

    C’est un film qui a une place particulière dans l’histoire du film noir. En effet il inaugure aussi bien une nouvelle manière de tourner qu’une rupture avec l’individualisme sous-jacent du film noir classique. Vers le milieu des années cinquante la crise du cinéma hollywoodien s’accélère. La télévision détourne le public des salles de cinéma, mais également le fait que les logements soient de meilleure qualité incite les populations à rester chez elles. Et donc, il est une nécessité absolue de relancer le cinéma en distinguant bien les films de télévision et les films de cinéma. D’où l’usage plus abondant de la couleur et de l’écran large, particulièrement du cinémascope qui va permettre de saisir la poésie singulière des paysages à mi-chemin entre la ville et la campagne. Ces modifications techniques vont induire une transformation du film noir en profondeur. Non seulement les décors naturels vont jouer un rôle plus important qu’auparavant, mais le récit va être plus choral, plus éclaté, il va mieux saisir la collectivité dans ce qu’elle est, dans ce qui l’unit. Cette exaltation du collectif face à l’individualisme n’est-il pas aussi une manière de s’éloigner de l’oppression de la chasse aux sorcières qui a stérilisé particulièrement le film noir ? En même temps il s’agit de l’intrusion du mal dans une petite ville qui semblait jusqu’ici à l’abri et comme un idéal face à la turpitude de la grande ville. Le film noir franchit ici un palier, ce n’est plus seulement la grande ville qui produit le crime, mais aussi le crime qui vient détruire ce rêve américain un peu factice. Cette thématique va être développée en 1955 au moins dans trois films : I died a thousand times, film dont nous avons rendu compte déjà[1], dans Violent Saturday, et dans Bad day at Black Rock de John Sturges. Notez que les trois films sont produits par trois studios différents, mais leurs similitudes qui pourtant ne s’appuie pas sur des équipes similaires, ni sur des histoires semblables sont telles qu’elles interrogent sur l’émergence d’un sous-genre nouveau. Il y a un autre point commun entre les trois films : c’est Lee Marvin, toujours dans le rôle du bad boy à cette époque, que ce soit dans les western ou dans les films noirs ! Il tourne beaucoup, six films en 1955[2]. Mais il faudra attendre 1964 et le succès inattendu de The killers, version Don Siegel, pour qu’on lui donne sa chance dans des premiers rôles. En tous les cas la participation de Lee Marvin à ces trois films indique qu’on va s’orienter vers une forme de violence plus radicale et plus réaliste.  

    Les inconnus dans la ville, Violent Saturday, Richard Fleischer, 1955

    Bradenville est une petite ville minière, besogneuse et tranquille, organisée autour de l’exploitation du cuivre. Martin est l’ingénieur en chef qui a toute la confiance du vieux Fairchild. Celui-ci devant s’absenter, il lui demande de veiller sur son fils qui boit plus que de raison à cause de sa femme qui le trompe sans vergogne. Tout le monde a ses petits soucis, Martin doit s’occuper de son fils qui voudrait tant que son père qui n’a pas été mobilisé sur le front soit un héros. Elsie Braden est sommée de payer ses découverts par le directeur de la banque, mais celui-ci est amoureux fou de la belle Linda, une infirmière qui, elle, n’a d’yeux que pour Boyd Fairchild. Mais tous ces soucis sont peu de choses face à la menace qui se prépare. En effet, Trois gangsters arrivent en ville pour commettre un hold-up. Ils vont calculer leur coup d’une manière précise, et ils prévoient de se replier vers une ferme occupée par une famille d’Amishs qui n’ont pas le téléphone. Entre temps le couple  Fairchild a décidé de se rabibocher. Harper vole la voiture de Martin, il le fait prisonnier, le ficelle et l’enferme avec toute la famille d’Amishs dans la grange. Le hold-up se passe assez mal, Dill blesse le directeur de la banque qui a voulu se saisir d’une arme, et tue Emily Fairchild. Mais ils arrivent à emporter beaucoup d’argent. La bande se replie vers la ferme. Cependant Martin a pu se défaire de ses liens et il a délivré les Amishes, il a tué aussi leur gardien. Si bien qu’il peut recevoir comme il se doit les trois autres gangsters. Il en tuera deux, le dernier sera abattu par Stadt d’un coup de fourche dans le dos. 

    Les inconnus dans la ville, Violent Saturday, Richard Fleischer, 1955 

    Le vieux Fairchild demande à Martin de veiller sur son fils 

    Ce qui donne son caractère à ce film, c’est l’important qu’il accorde à la petite ville. L’action proprement dite commence seulement au bout d’une heure. Autrement dit, le personnage principal est une petite ville minière, bien proprette, avec ses petits travers. Du coup l’intrusion des gangsters qui sèment la panique, est un révélateur des limites de ce modèle un peu niais, un peu assoupi. En effet, les protagonistes de cette histoire croient que leurs soucis sont importants, jusqu’au moment où les gangsters passent à l’action. Nous sommes dans une petite ville de Pennsylvanie qui existe bel et bien. Cette ville a la particularité d’accueillir dans ses marges une communautés d’Amishs. Cette communauté un peu archaïque qui refuse le progrès pour le meilleur et pour le pire va être confrontée à la dureté du monde extérieur. Dieu n’étant pas là pour la protéger, il faudra bien que Stadt transgresse ses principes et se serve d’une fourche pour occire le terrible Dill. La bande de Harper est décrite aussi d’une manière non manichéenne. Certes ils sont peut-être mauvais, mais ils sont humains avant tout, et ils ont aussi leurs petits problèmes, Dill est obsédé par un rhume chronique qui lui aurait été léguée par une femme avec qui il était marié. Et puis, ils ont peur. Ils essaieront de négocier avec Martin pour se tirer du traquenard dans lequel ils se sont fourrés. 

    Les inconnus dans la ville, Violent Saturday, Richard Fleischer, 1955 

    Harper, Chapman et Dill peaufinent le hold-up 

    La réalisation est impeccable, le rythme enlevé. D’abord il y a une utilisation très efficace du cinémascope. Les mouvements de caméra donnent une profondeur de champ exceptionnelle, même pour les scènes qui se passent dans des lieux clos, le bar, ou la grande maison vide de Fairchild. Mais les décors naturels sont parfaitement utilisés, que ce soit le train qui traverse la vaste plaine, ou les travaux que l’entreprise minière a mis en chantier à coups de dynamite, avec des engins monstrueux qui représentent une modernité destructrice. Le hold-up donne une scène mémorable, la sortie précipitée de la banque dans la rue en pente. La minutie de la préparation, le personnage un peu falot de Chapman, inscrit une partie du film du côté de Asphalt Jungle ou de The killing. Sauf évidemment que l’ensemble du récit ne se centre par sur les gangsters.  On peut regretter certaines lourdeurs dans les scènes intimistes entre les époux Fairchild, ou entre Fairchild et Linda. De même le fait que Emily Fairchild soit punie de ses péchés d’adultère comme par une justice immanente, n’est pas d’une grande subtilité. Mais ça ne dure pas suffisamment pour que cela gêne. Après tout nous sommes dans une petite ville puritaine et conformiste. 

    Les inconnus dans la ville, Violent Saturday, Richard Fleischer, 1955 

    Chapman est parti chercher une planque 

    Film choral, aucun acteur ne ressort vraiment. La tête d’affiche est Victor Mature qui a été une grande vedette dans les années quarante et cinquante. En 1955 il était un peu sur la pente déclinante et ne tournera plus grand-chose à part ce film, et The last frontier, le très bon western d’Anthony Mann. Ici son rôle est mineur, on ne le voit pas pendant les deux tiers du film, et sans doute que Lee Marvin est plus remarquable que lui. Mais enfin, il n’est pas mal du tout, quoique toujours un peu crispé comme cela a été son habitude. C’est un acteur un peu oublié aujourd’hui, pourtant il a fait une très belle carrière avec quelques chefs-d’œuvre dans le film noir. Richard Eagan joue les ivrognes mélancoliques, toujours coiffé impeccablement. Il ne crève pas l’écran, mais il tient son rôle. Les gangsters sont plus remarquables. D’abord le chef de la bande, incarné par Stephen McNally qui n’a pas eu souvent les premiers rôles dans des films de catégorie A. Mais c’est un très bon acteur, solide et intéressant. La révélation du film c’est, on l’a laissé entendre, Lee Marvin. Certes il joue les méchants, mais pas tant que ça finalement, et sa prestation est remarquable. On trouve encore Ernest Borgnine dans le rôle du vertueux Amish. Il donne du corps, c’est le cas de le dire, à sa courte apparition. Je passe sur la prestation très moyenne de Tommy Noonan qui joue les timides énamourés. C’est le moins intéressant et pour tout dire le rôle le plus caricatural. Les personnages féminins sont plus partagés, si Virginia Leith est éclatante dans le rôle de l’infirmière Linda – malheureusement elle se laissera absorber par la télévision – Margaret Hayes dans le rôle de la femme adultère paraît à contre-emploi. Elle n’a pas le physique qui faut pour cela, et d’ailleurs on se demande bien pourquoi son mari semble très amoureux d’elle. Sylvie Sydney joue le rôle d’Elsie Braden, sans doute une descendante de la famille qui a fondé la ville, mais qui se retrouve déclassée. Son jeu semble caricatural.

    Les inconnus dans la ville, Violent Saturday, Richard Fleischer, 1955  

    Les trois gangsters sont dans la place 

    Certes tout n’est pas parfait, notamment la façon dont Martin se défait de ses liens est un peu légère, manque d’élaboration. Mais c’est un film qui se moque de l’usure du temps et qui se revoit encore très bien aujourd’hui. 

    Les inconnus dans la ville, Violent Saturday, Richard Fleischer, 1955 

    Martin cherche à se défaire de ses liens 

    Les inconnus dans la ville, Violent Saturday, Richard Fleischer, 1955 

    Stadt sauve Martin d’une mort certaine 

    Les inconnus dans la ville, Violent Saturday, Richard Fleischer, 1955 

    Richard Eagan et Lee Marvin sur les lieux du tournage signente des autographes

     

     


    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/la-peur-au-ventre-i-died-a-thousand-times-stuart-heisler-1955-a114844888

    [2] La thèse du biographe de Lee Marvin considère qu’il a révolutionné l’ensemble du cinéma. Il n’a pas tort. Cf. Dwayne Epstein, Lee Marvin: Point blank, Schaffner Press, Inc., 2014.

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  • L’assassin sans visage, Follow me quietly, Richard Fleischer, 1949 

    Ce petit film noir de série B possède le doubler intérêt d’avoir été un des premiers films réalisés par Richard Fleischer et d’être basé sur une histoire d’Anthony Mann. C’est en effet dans ce genre que les deux jeunes metteurs en scène ont fait leurs premières armes. Ce n’est pas un grand film, le sujet est des plus minces, les personnages s’oublient assez vite. Il dure à peine une heure. Mais il est agréable à regarder et possède d’intéressantes qualités cinématographiques. Il fait partie de toute une série de films tournés par la RKO quand le studio, fort mal dirigé par ce jobastre d’Howard Hugues, battait de l’aile et qu’il fallait le renflouer à tout prix en tournant à la chaîne des petits films noirs. 

    L’assassin sans visage, Follow me quietly, Richard Fleischer, 1949 

    Un meurtre a été commis, la journaliste est sur les lieux 

    Harry Grant traque un tueur en série qui s’appelle le juge et qui envoie des petits mots à la police pour la narguer, ces petits mots sont réalisés à l’aide de lettres sans doute découpées dans des journaux. Le tueur a déjà fait sept victimes, il les étrangle par derrière les jours de pluie. Ann Gorman est journaliste et essaie de suivre Harry dans son enquête pour obtenir un scoop, mais celui-ci la repousse. Cependant sa hiérarchie lui intime d’avoir un peu des idées neuves pour faire avancer l’enquête. A bout de nerf, il va, à partir des informations que le tueur dont on n’a jamais vue le visage, a laissées, fabriquer un mannequin au lieu d’un traditionnel portrait-robot, sans succès. Une nouvelle victime a été trouvée, mais un journal qui raconte des histoires criminelles réelles, a été laissé sur place. C’est à partir de cet indice qu’Harry va remonter la piste et aboutir à Charlie Roy qui est identifié par une libraire à la vue du mannequin. Harry et son fidèle Collins vont tendre un piège à ce tueur en série qui par ailleurs à l’air d’un citoyen tout à fait ordinaire. Charlie Roy évente le piège et s’enfuit, les policiers le poursuivent, celui-ci arrive à se réfugier dans une usine immense et qui semble inoccupée. Après avoir vidé son chargeur, Charlie Roy se laisse alpaguer, mais une fuite d’eau réveille ses vieilles phobies et le rende tellement violent que dans la bagarre finale, il mourra. 

    L’assassin sans visage, Follow me quietly, Richard Fleischer, 1949

    Ann Gorman attend Harry Grant dans une taverne 

    L’histoire, sans doute un peu bâclée recycle les vieux poncifs sur les journalistes et les policiers. Film de divertissement, il ne se pose jamais la question de savoir ce qui a fait de Charlie Roy un tueur en série. On sait seulement qu’une forte pluie le traumatise et le rend violent. L’ensemble des personnages est simple, sans trop de dimension. Certes, Harry, le flic bourru, est un peu obsessionnel, mais sans plus. Et il se révèlera plus que timide, maladroit, face aux avances à peine voilées de la belle Ann Gorman. C’est sans doute cet aspect qui apparaît ici assez novateur : la journaliste semble bien plus émancipée que le flic qui pourtant en a vu des vertes et des pas mûres. Mais ce n’est pas l’histoire en elle-même qui va étonner le spectateur. 

    L’assassin sans visage, Follow me quietly, Richard Fleischer, 1949 

    Qui correspond au portrait-robot ? 

    Les qualités cinématographiques de ce film sont étonnantes, compte tenu du budget minuscule qu’on lui a alloué. Le rythme est vif, les diagonales de l’image sont bien tirées, et les noirs et blancs ont une patine remarquable. C’est la fluidité de la mise en scène qui fait qu’on peut encore revoir sans ennui ce film presque septuagénaire. Les angles de prise de vue sont très inventifs, que ce soit dans la scène de la taverne, ou dans la fuite éperdue de Charlie Roy. Si probablement cette dernière scène s’est inspirée de The naked city, elle a aussi été un modèle pour le magnifique film de Robert Wise, Odds against tomorrow. La belle photo de Robert de Grasse aide évidemment beaucoup. Notez qu’au générique on trouve le nom d’Alfred S. D’Agostino comme directeur artistique. Et en effet on retrouve une atmosphère semblable à celle qui existe dans les autres films noirs auxquels il a participé, avec quelques chefs-d’œuvre comme Out of the past de Jacques Tourneur qui date de 1947, ou The spiral staircase de Robert Siodmak de 1946. Il travaillait sur les décors et sur les accessoires, et plus généralement il donnait un style lisse et sulfureux aux films noirs auxquels il a collaboré. Je me rends compte que, sans savoir ce qu’il faisait vraiment sur ces films, ils représentent une unité formelle assez nette. Il était aussi sur le tournage de Notorious d’Hitchcock en 1946. 

    L’assassin sans visage, Follow me quietly, Richard Fleischer, 1949 

    Harry pense qu’il parle à un mannequin 

    Qui dit petit budget, dit évidemment vedettes de seconde catégorie. William Lundigan qui incarne Harry Grant possède le charisme d’une huitre malade. Il ressemble un peu à Denis O’Keefe. Il a en réalité rarement joué des premiers rôles au cinéma. Légèrement décoratif à cause de sa grande taille et de son allure athlétique, il est raide et peu expressif. Mais comme c’est un film d’action, ma foi, on n’y fait guère attention. Plus intéressante est Dorothy Patrick qui amène un peu de vie en jouant les journalistes dynamiques. Mais elle semble souvent sourire à contre-temps. Elle non plus n’a pas fait une grande carrière au cinéma, elle s’est rapidement dirigée vers la télévision. Et puis elle n’avait pas un physique extraordinaire, question glamour, on repassera. A côté d’eux, il y a des vétérans du film noir, Jeff Corey dans le rôle de Collins, mais il n’a pas beaucoup de choses à faire. Et puis Charles D. Brown dans le rôle du chef de la police Mulvaney qui incite Harry à se bouger pour retrouver le criminel. Il est toujours excellent. C’est une silhouette d’habitude, on l’a vu avec Bogart dans The big sleep, ou dans The Killers au côté de Burt Lancaster et d’Ava Gardner. Il est malheureusement décédé en 1948, et donc sa carrière s’est achevé brutalement. Donnons aussi un accessit à Edwin Max dans le rôle du serial killer. Il le mérite tant il a l’air complètement à la masse, égaré dans un monde qui ne le comprend pas. 

    L’assassin sans visage, Follow me quietly, Richard Fleischer, 1949 

    Un journal d’histoires criminelles donne une piste

    On dit que ce film a beaucoup fait pour la renommée de Richard Fleischer et que c’est ainsi qu’il s’est fait connaître comme un metteur en scène précis et adroit, sachant tenir un budget. Curieusement alors qu’on se rend bien compte que l’intrigue est des plus minces, que les personnages sont un peu ternes, on le suit passionnément. N’est-ce pas la preuve de l’efficacité de la méthode Fleischer ? 

    L’assassin sans visage, Follow me quietly, Richard Fleischer, 1949 

    Charlie Roy tente de fuir à l’intérieur de l’usine

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