• Robert Aldrich, L’ultimatum des trois mercenaires, Twilight's Last Gleaming, 1978

    Robert Aldrich, L’ultimatum des trois mercenaires, Twilight's Last Gleaming, 1978

    Robert Aldrich aujourd’hui un peu oublié a été un réalisateur phare de la montée en puissance des cinéastes indépendants par opposition aux studios hollywoodiens. Tout n’est pas bon dans son œuvre, mais elle compte suffisamment de sommets pour qu’on y revienne régulièrement. Robert Aldrich est ici au crépuscule de sa carrière. Pourtant il disait que malgré l’échec commercial aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe, c’était là son film préféré. 

      Robert Aldrich, L’ultimatum des trois mercenaires, Twilight's Last Gleaming, 1978

    A l’origine il s’agit d’un roman de Walter Wager qui a signé aussi sous le nom de John Tiger et qui est à l’origine de la série Die hard. Egalement son roman Telefon a été porté à l’écran par Don Siegel sous le titre d’Un espion de trop avec Charles Bronson. C’est en quelque sorte un spécialiste du polar musclé qui se balade dans les méandres sulfureux de la politique et de ses conséquences sur la vie des personnes ordinaires. On n’est jamais bien loin de la théorie du complot. La théorie du complot apparait dans la littérature et dans le cinéma dans les années soixante-dix, à partir du moment où la thématique de la Guerre froide qui fait du rouge le danger principal contre les Etats-Unis, ne fait plus recette dans l’opinion, consécutivement d’ailleurs à la désastreuse gestion de la Guerre du Vietnam. Dans les années soixante-dix, les militaires sont décrédibilisés, et l’opinion publique est remontée contre les politiciens. Cependant, la présidence calamiteuse de James Carter va précipiter les Américains dans les bras de Ronald Reagan, chantre de la guerre à outrance contre les Russes. Mais il faut dire que vers cette époque les idées de gauche commencent à refluer aux Etats-Unis et sont peu à peu remplacer par ce qui sera le fer de lance de la révolution conservatrice, avec toutes les conséquences qu’on sait.

    Robert Aldrich, L’ultimatum des trois mercenaires, Twilight's Last Gleaming, 1978 

    Willis est fasciné par les installations du silo 3 

    C’est ici l’histoire d’anciens militaires qui se sont évadés et qui, sous la direction du général Laurence Dell, vont s’emparer d’une base de lancement de missiles nucléaires pour faire chanter le président des Etats-Unis. Si le but des complices de Dell est l’argent et la liberté, celui de l’ancien général est tout autre, il veut que l’opinion publique soit avertie sur la canaillerie de la hiérarchie militaire qui a poursuivi une politique guerrière sans but, mais qui a coûté des millions de morts. Si dans un premier temps le président ne veut pas céder au chantage, il comprend que c’est Delle qui a raison et que de ne pas avoir averti le peuple des véritables buts de la guerre du Vietnam, est un véritable scandale, un déni de démocratie. Cependant les choses tourneront très mal, McKenzie fera tuer le président et les deux derniers évadés plutôt que de voir l’armée être mise en cause aux yeux de l’opinion. Entre temps on aura eu droit à la pénétration des évadés dans le silo, puis à l’encerclement du silo par les forces armées ainsi qu’à des tentatives de destruction de la position de Dell. 

    Robert Aldrich, L’ultimatum des trois mercenaires, Twilight's Last Gleaming, 1978

    Dell prend la maîtrise du poste de lancement 

    On voit que ce sujet brasse des thèmes nombreux, à commencer par cette peur du nucléaire qui était déjà présente dans Kiss me deadly. Mais aussi cette organisation parallèle de l’armée qui manipule l’opinion comme le président. Enfin, on assiste à la fin d’un idéaliste, le général Dell. La plus grande partie du film est confinée dans le bureau ovale de la Maison Blanche, ou au cœur du poste de lancement des missiles. Sans doute est-ce cela qui rend un peu le film bavard puisque tous les échanges entre Dell, McKenzie et Stevens le président, sont très didactiques et sont sensés nous édifier sur le plan politique. C’est probablement ça qui explique l’échec artistique autant que commercial. Certes on comprend bien que la canaillerie de l’armée aille jusqu’à tuer le président, après tout l’assassinat de John F. Kennedy est encore dans toutes les mémoires, et si on ne sait pas très précisément pourquoi Kennedy a été assassiné, on sait qu’il y a eu complot, et l’hypothèse qu’il ait été tué parce qu’il aurait été opposé à la guerre du Vietnam a été aussi avancée. Dans le film d’Aldrich le président apparaît bien naïf qui non seulement va vers la mort presque la fleur aux dents, mais en outre, il fait confiance en la parole du secrétaire d’Etat. Il y a aussi d’autres incongruités de ce type qui rendent l’histoire peu vraisemblable, la façon que Delle a de s’exposer physiquement en territoire découvert à la fin laisse pantois.

     Robert Aldrich, L’ultimatum des trois mercenaires, Twilight's Last Gleaming, 1978

    A la Maison Blanche on essaie de construire un plan 

    C’est le quatrième film que Burt Lancaster tournait sous la direction d’Aldrich, après Vera Cruz, Bronco Apache et Fureur apache. C’est sur son nom que le film a été construit. Il est ici manifestement vieillissant. Mais ce sont tous les acteurs qui portent la marque du temps. Richard Widmark a 63 ans, Joseph Cotten 72. Ce sont tous des noms glorieux qui sont à cette époque un peu marginalisés. Cependant la direction d’acteur est bonne, mais le plus remarquable est le toujours très excellent Charles Durning qui, dans le rôle du président qui prend conscience de l’étendue du désastre de la politique étrangère de son pays, éclipse tout le monde. Le trio qui pénétrera dans le silo est complété par Robert Young qui a l’époque jouait un peu partout, et par Paul Winfield dans le rôle de Willis Powell. Il n’y a pas de rôle pour une femme, c’est à peine si on distingue quelques silhouettes féminines dans la foule de militaire qui suit le dénouement de cette prise d’otage d’un genre particulier.

    Sur le plan plus technique, il n’y a pas grand-chose, si ce n’est l’usage du split screen qui avait eu tant de succès dans The Thomas Crow affair une dizaine d’années plus tôt. Les scènes d’action proprement dites sont bien menées et la traversée des couloirs du silo est assez impressionnante.

     Robert Aldrich, L’ultimatum des trois mercenaires, Twilight's Last Gleaming, 1978

    La réception du président est piégée 

    Ce n’est pas, et de loin, le meilleur d’Aldrich. On lui préférera tous les autres films qu’il a réalisés avec Burt Lancaster, notamment l’excellent Ulzana Raid. Les effets sont trop appuyés, le déroulement de l’histoire trop convenu. Il n’empêche, Aldrich restera un très réalisateur.

     Robert Aldrich, L’ultimatum des trois mercenaires, Twilight's Last Gleaming, 1978 

    Aldrich et Burt Lancaster sur le tournage

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