• Robert Hossein et le film noir

    Les critiques cinématographiques se plaignent très souvent que la France à quelques exceptions près n’ait pas produit des films noirs originaux, abandonnant le terrain aux Américains. Mais à y regarder de près, c’est assez faux. Jean-Pierre Melville est la gloire de ce cinéma noir à la française, il n’est pourtant pas isolé. D’autres cinéastes français ont produits des films noirs intéressants, Pierre Chenal, Julien Duvivier encore René Clément.

    Robert Hossein est un de ceux-là. Quoi qu’il ait dénigré lui-même l’ensemble de sa carrière, son œuvre est bien plus intéressante qu’on ne le dit. Il a finalement assez peu tourné en tant que réalisateur et la quasi-totalité de ses films, contrairement à ses pièces de théâtre, appartiennent à l’univers du film noir. On pourrait presque dire qu’il est le cinéaste français qui a le plus œuvré pour le film noir et en renouveler le style. Sur une quinzaine de réalisations, onze ressortent ce genre. Très souvent auteur complet de ses films qu’il interprète aussi, sa carrière a démarré avec sa collaboration avec Frédéric Dard. Ses réalisations, notamment Toi le venin et Les scélérats sont parmi les meilleures qu’on a faites des romans noirs du père de San-Antonio. C’est Le vampire de Düsseldorf qui sera considéré, à juste titre, comme son chef-d’œuvre en tant que cinéaste. Mais après ce succès public et critique, il faut reconnaître que son inspiration de cinéaste s’est tarie. Lassé du milieu cinématographique et des critiques régulières qu’il y a essuyées, il a préféré revenir à ses anciennes amours, le théâtre, où il connut, loin des fastes et des facilités du cinéma, après un passage remarqué à la tête de la troupe du théâtre de Reims, un véritable triomphe en innovant avec de grosses productions, mais aussi avec des petites pièces souvent écrites par Dard. Personnellement j’ai regretté qu’Hossein délaisse, encore si jeune, le cinéma pour le théâtre. Très souvent ses films étaient un peu bâclés, mais aussi ils étaient bourrés d’idées de mise en scène. 

    Dans l’ensemble la critique n’a pas été tendre avec ses films, particulièrement les tenants de la Nouvelle Vague. Au fond ce qu’on lui reprochait c’est d’être un parfait autodidacte. Mais La mort d’un tueur a bénéficié non seulement d’un bon accueil du public, mais aussi d’une critique plutôt élogieuse.  En 1964, Robert met en scène deux films, La mort d’un tueur et Les yeux cernés, tout en jouant dans les films d’autres réalisateurs. Ces deux films sont tournés très vite, avec des scénarios assez simples. Et tous les deux mettent en scène Marie-France Pisier avec qui il vit alors.

     

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    La mort d’un tueur raconte l’histoire de Pierre Massa.il vient de sortir de prison où il purgeait une peine de cinq années de détention pour un hold-up qui a mal tourné. Il retrouve ses amis, Tony et Albert. Tous les trois se lancent à la recherche de Luciano que Pierre accuse de l’avoir vendu à la police, et de Maria, la sœur de Pierre qui est partie vivre avec Luciano. Mais les choses ne sont pas très claires, et il semble plutôt que Pierre soit jaloux de Luciano. Les hommes du milieu décident alors d’un duel au révolver qui doit régler la querelle.

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    La trame est simple. La mise en scène utilise le flash-back pour rappeler les raisons qui ont amené Pierre en prison et aussi les raisons de sa querelle avec Luciano. L’intérêt du film va reposer sur la mise en scène. Il y a beaucoup d’idées. D’abord cette façon qu’on les trois truands de parcourir au pas de charge les rues de la vieille ville de Nice. La démarche d’Hossein est très travaillée, la fuite des trois truands à travers les ruelles sombres est un étrange ballet. Il y a une utilisation du décor qui est remarquable, des maisons presque vides et pauvres, la mère de Pierre cousant dans un décor de misère qui contraste avec les riches fêtards qui fréquentent la plage et les boîtes de nuit. Des maisons délabrées, des quartiers en ruine sous un soleil de plomb, renforce la tragédie.

    Il y a ensuite le double rôle joué par Marie-France Pisier, celui de sa sœur et celui de son amante, celle finira par le trahir malgré les liens du sang. On retiendra encore les scènes érotiques qui se passent dans une sorte de château où des vieux bourgeois viennent s’émoustiller en regardant des spectacles de strip-tease. La musique, comme toujours écrite par le père de Robert Hossein, est tout à fait remarquable, soulignant la frénésie comme la mélancolie de Pierre Massa qui se remémore les jours heureux, la fête foraine et la découverte de ce qu’il pense être la trahison de Luciano.

    La mise en scène est rapide, va à l’essentiel, et en cela elle est éminemment moderne. Comme toujours Hossein use avec intelligence des extérieurs, ce qu’il avait su si bien faire dès avant la Nouvelle Vague, donnant une forme de réalisme à un scénario qui par ailleurs ne l’est guère.

    Le reste est plus banal, le déroulement du hold-up, le duel final, ressortent des codes du film noir, comme le juge de paix du milieu devant qui tout le monde s’incline, ou encore l’issue finale où les truands cherchent délibérément à affronter la mort. Le choix des acteurs est aussi intéressant, Robert Dalban et Jean Léfèvre, ici utilisé à contre-emploi, Marie France Pisier et Simon Andreu.

     

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    Un des aspects frappants de La mort d’un tueur est l’économie de paroles, c’est d’ailleurs une attitude qui convient parfaitement aux acteurs. Les truands sont plutôt mutiques, et leur vie s’exprime plus par leurs actes que par leur réflexion. Cette façon d’opposer des hommes qui marchent dans la ville aux bavardages l’apparente à la cinématographie de Melville, notamment au Deuxième souffle qui sera tourné à Marseille quelques temps après, tout comme la façon d’utiliser les chapeaux, les armes et plus généralement la mythologie des truands, notamment l’utilisation des masques pour le hold-up et la fin tragique des trois bandits.

     

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    « sournois en CD audioMamouth rodéo trash, Sylvie Cohen, 2011 »
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