• Romain Slocombe, Première station avant l’abattoir, Le seuil, 2013

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    Voilà un roman bien plus compliqué qu’il n’y parait à commenter. C’est une histoire d’espionnage. Un anglais alcooliques, journaliste engagé très à gauche, menant aussi une vie de débauche est amené à espionner pour le compte du Guépéou, plus ou moins par conviction, et plus ou moins pour de l’argent. L’action se passe au moment de la conférence de Gênes, en 1922, quand les soviétiques se mirent à collaborer avec le monde occidental.  Descendant en train vers l’Italie, notre héros est amené avec l’aide d’un journaliste américain à tuer un agent du contre-espionnage français. A Gênes, on ne sait plus vraiment qui est qui, d’autant que se mêlent aussi bien les diverses fractions du parti bolchévique qui luttent pour le pouvoir ou pour leur survie, que des Russes blancs qui sont aussi manipulés par les services d’espionnage anglais. Les fascistes ne sont pas en reste dans les sombres magouilles.

    L’ensemble est bien documenté, et écrit dans une langue suffisamment traditionnelle pour que nous soit restitué un parfum d’époque. L’histoire tient assez bien la route et se lit facilement. Ce qui étonne par contre c’est le ton. Slocombe avait écrit un bref récit, Monsieur le commandant, qui avait connu en 2011 un gros succès. Mais cette fois le roman est bien plus gros, et cela engendre des ruptures de ton un peu problématiques. Au début on se croit dans un roman d’Éric Ambler, un des plus grands auteurs de romans d’espionnage, avec un ton un peu léger et ironique. Mais au fur et à mesure que l’ouvrage s’avance, le récit devient de plus en plus tragique. Ce changement de pied déroute un petit peu. Si le début est un peu sautillant et « rigolo », la fin est franchement dramatique. Ça manque un peu d’unité quoi

    Au-delà de l’écriture proprement dite, il y a aussi un point de vue politique qu’on ne saurait négliger. D’abord le titre, il rappelle – sans que l’on sache si cela est fait exprès – un autre titre de roman noir, Abattoir ensoleillé de Léo Malet. Et du reste la tonalité politique des deux romans est semblable : car Slocombe, s’il fait un effort pour comprendre l’enthousiasme qu’engendra la Révolution russe, défend un point de vue anarchiste. Il montre incidemment comment le parti bolchévique a confisqué la révolution en éliminant toute l’opposition, et en la vidant de son sens. Il y aussi des réflexions sur Staline et Mussolini qui ont comme point commun d’aimer d’abord l’argent et une capacité à se vendre à celui qui leur en donne le plus. L’idéal n’est pas de mise ici.

     

    En tous les cas si le héros n’est guère reluisant, le récit est attachant et le contexte très intéressant. C’est une manière aussi de nous rafraîchir la mémoire au moment où on commence à sentir les tensions monter.

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