• San-Antonio, Morpion Circus, 1983

    San-Antonio, Morpion Circus, 1983 

    Ce qui a assuré, au moins en partie, le succès des San-Antonio, c’est cette capacité à saisir l’air du temps. Cela veut dire beaucoup : d’une part que le style même de Frédéric Dard s’est modifié tout au long de sa très longue carrière, mais aussi qu’il a su saisir les transformations de la France. C’est ainsi par exemple qu’il passera d’une position plutôt apolitique et quelque peu conformiste, à un militantisme anti-raciste visant principalement Le Pen et le Front National. Et cela malgré tout en se définissant toujours et d’abord comme Français. On sait combien il regardait l’étranger – et particulièrement les Anglais – comme quelque chose d’assez peu compréhensible. Un colloque à Belfast va être consacré ces jours-ci à cette question des rapports entre San-Antonio et le monde hors des frontières de la France. 

     San-Antonio, Morpion Circus, 1983

    Morpion Circus a été écrit en 1983, on est encore à une époque où on pense que la Gauche – celle de François Mitterrand – doit avoir une politique différente de celle de la Droite. Pour cette raison, le Vieux a été viré et, affront suprême, remplacé par Bérurier. On voit le basculement : Achille est une sorte d’aristocrate égaré au service de la France, Bérurier un homme du peuple des plus grossiers. Dans la première partie de l’ouvrage, Frédéric Dard s’amuse de cette opposition, et c’est extrêmement drôle. A la fois parce que le Vieux va s’inscrire au Parti communiste – condamnant une Gauche rose qui hésite entre le blanc et le rouge – pour donner des gages au nouveau pouvoir, mais aussi parce qu’il met en scène les errements du comportement humain. Le commissaire San-Antonio n’est pas épargné parce que dans un premier temps il s’aplatit comme une carpette devant ses deux chefs – le Vieux et Bérurier – qu’il finira par remettre à sa place dans un sursaut de dignité.

    Cette transformation d’Achille en militant communiste est le pendant de l’arrivée au pouvoir d’un rustre – Bérurier – qui représente les classes inférieures. Non seulement il en dit long sur l’importance du changement en 1981, mais en outre il marque une évolution chez Frédéric Dard. Celui-ci est assez septique, comme si l’ordre ancien retrouverait forcément tôt ou tard sa place, mais en même temps attiré par ce bouleversement. Depuis de l’eau a passé sous les ponts et il est difficile de voir chez « les socialistes » l’initiation d’un quelconque bouleversement.

     

    Pour le reste l’histoire est assez embrouillée. San-Antonio recherche un diamant français qui aurait disparu depuis une vingtaine d’années dans une transaction douteuse mettant en scène un émir d’un pays pétrolier, les services d’espionnage anglais et bien sûr ceux de la France. Ça donne lieu à des déplacements entre le Royaume Uni, le Maroc et Genève, voyages au cours desquels l’exotisme des situations est mis en avant. 

    « Le cran d’arrêt, The turning point, William Dieterle, 1954Le traqué, Gunman in the streets, Frank Tuttle, 1950 »
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