• Sean Connery et l’anarchisme au cinéma

    Comme on le sait, Sean Connery a commencé sa carrière de star en jouant James Bond. Cela l’a rendu célèbre, immensément célèbre, mais l’a amené à une carrière généralement médiocre. Il n’aimait pas le personnage raciste et réactionnaire de James Bond, bien qu’il s’en soit servi pour amasser une fortune considérable, et il a essayé de s’en défaire dès qu’il est devenu célèbre, répétant partout qu’il ne voulait pas qu’on l’identifie au célèbre agent. En dehors des jamesbonderies, Sean Connery a participé à quelques films très intéressants, comme Marnie d’Hitchcock par exemple ou L’homme qui voulut être roi de John Huston.

     

     Sean Connery a manqué une carrière à la Schwarzy... heureusement

     

    Sean Connery a manifesté très tôt des idées politiques anticonformistes. Partisan d’une indépendance pour l’Ecosse, son pays natal, il a contrebalancé le poids du réactionnaire James Bond, en soutenant, grâce à sa popularité, des films plus difficiles très marqués politiquement par des idées ouvertement anarchistes.  Trois films me semblent importants : The hill, The molly maguires et The great train robbery.

     

    La colline des hommes perdus (The hill), 1964

     

    Ce film de Sidney Lumet a reçu en son temps un excellent accueil critique, à défaut d’être un immense succès public, notamment à Cannes où il avait été présenté. C’est une sorte d’huis-clos, quasi théâtral, le scénario est d’ailleurs tiré d’une pièce, qui prend pour cible l’armée britannique raconte l’histoire d’un camp militaire disciplinaire destiné à faire marcher droit les têtes brûlées.

    La colline c’est une sorte de mythe de Sisyphe puisque les soldats doivent grimper en haut d’une colline pour y déverser des sacs de sable qui viendront en accroître peu à peu la hauteur. C’est autour de cette absurdité que vont s’affronter ceux qui détiennent le pouvoir, et ceux qui le subissent. Le règlement étant l’exutoire qui permet de développer des tendances sadiques.

    Filmé en noir et blanc, très dialogué, l’action est soutenue par une distribution d’acteurs britanniques venant massivement du théâtre : Ian Bannen, Michael Redgrave ou encore l’excellent Harry Andrews. La mise en scène, quoi qu’assez convenue et démonstrative, est efficace. C’est un film très britannique bien qu’il soit filmé par un américain qui retrouve là des thèmes habituels de sa propre thématique.

     

     

     

    Selon la loi du genre chaque personnage est un caractère spécifique sans trop de nuance, destiné à soutenir la forme parabolique du discours. Malgré ses limites évidentes dans ses emprunts à la technique théâtrale, c’est un très bon film, non seulement parce que les acteurs, Sean Connery en tête, sont très bons, mais parce que la réalisation de Sidney Lumet rend tout à fait compte de l’enfermement des individus.

     

    Traître sur commande (The molly maguires), 1970

     

    Des trois films commentés ici, c’est le plus importants. C’est du moins celui qui  m’avait le plus marqué à sa sortie. L’action se passe aux Etats-Unis dans les mines de charbon de Pennsylvanie au XIXème siècle. Les ouvriers irlandais, maltraités, forment une société secrète qui sabote l’exploitation pour essayer de faire entendre raison aux dirigeants. Les molly maguires sont cette société secrète d’inspiration anarchiste.

    Nous sommes dans l’univers de la lutte des classes aux Etats-Unis. De nombreux films américains ont été réalisés sur ce thème à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix. Cette volonté de revenir en arrière pour regarder les fondements du rêve américain s’appuyait aussi sur de nouvelles analyses de la Grande Dépression, comme le Bertha Boxcar de Scorsese  par exemple.

    On pourrait le lire dans un premier temps comme une justification d’actions terroristes servant à appuyer la lutte des classes. Et déjà souligner que, contrairement aux apparences, les Etats-Unis possèdent un passé révolutionnaire bien plus riche que ce qu’on croie généralement. La méticulosité des reconstitutions, le vérisme des détails, tout cela suffirait pour décrire les Molly Maguires comme un film admirable.

     

    Mais il y a plus. En effet, pour réprimer la révolte des ouvriers irlandais, les dirigeants de la mine vont faire appel à un agent secret qui va infiltrer les anarchistes. Pour cela il va se lier d’amitié avec leur leader et ensuite le trahir. Sous cet angle, le film devient une réflexion plus générale sur le mensonge, la trahison. C’est forcément un thème qui tient au cœur de Martin Ritt lui qui, comme son scénariste Walter Bernstein, a eu à souffrir de la chasse aux sorcières à l’époque de McCarthy. Il reviendra d’ailleurs sur ce thème dans un film aussi peu connu, Le prête-nom, avec Woody Allen.

    En quelque sorte, le film est l’exacte antithèse de l’ignoble film d’Elia Kazan, Sur les quais qui au contraire justifiait la délation et la trahison des idéaux de la jeunesse.  Car le film de Ritt a bien une morale évidente : malgré la défaite, c’est le leader anarchiste qui a gagné, car le traître devra vivre pour le restant de ses jours avec le fait qu’il a trahi celui qui était devenu son meilleur ami.

    Le film a été un échec retentissant à sa sortie. Je l’avait vu dans une salle absolument vide. C’est normal la complexité du sujet, l’amertume de la défaite finale des révolutionnaires, n’entraîne pas les foules. Et il est heureux qu’on le ressorte aujourd’hui en DVD, outre que cette ressortie s’accompagne d’une brassée de louanges pour son metteur en scène, le film est rétabli dans sa longueur initiale.

    The molly maguires me paraît incontournable à plusieurs titres :

    - d’abord il est la démonstration de la vitalité du cinéma américain des années soixante-dix. Avec le recul cette période est sûrement une des plus riches, même si elle se veut peu innovante sur le plan de la forme.

    - ensuite, c’est l’occasion de redécouvrir un réalisateur important, Martin Ritt, qui n’est malheureusement célèbre que pour son western avec Paul Newman, Hombre. Le succès de ce dernier film masquant les autres réussites de l’association entre Paul Newman et Martin Ritt. Sur les cinq films qu’ils ont réalisés ensemble, deux au moins sont excellent : Le plus sauvage d’entre tous et Les feux de l’été. Martin Ritt malgré son parti-pris de développer des sujets difficiles et plutôt morose, a connu quelques succès bienvenus dans sa carrière, outre Honbre, L’espion qui venait du froid et Norma Rae en font partie.

    - enfin il est la preuve indiscutable du talent de Sean Connery qui s’est malheureusement trop souvent gâché dans des blockbusters sans intérêt. Mais le reste de l’interprétation est tout aussi solide et Richard Harris est remarquable.

     

    La grande attaque du train d’or (The great train robbery), 1978

     

    Ce film a connu un meilleur sort que le précédent. Tiré du roman de Michael Crichton, qui a cette époque réalisait ses propres sujets à l’écran, il est bien plus léger et réjouissant. Edward Pierce, incarné par Sean Connery, est une sorte d’Arsène Lupin anglais qui cherche à mettre la main sur des lingots d’or qui sont destinés au financement de la guerre entre l’Angleterre et la France d’une part et la Russie d’autre part.

     

     

     

    Pour réussir son coup, Pierce va s’allier avec un autre voleur incarné par Donald Sutherland, car ils doivent voler les clés qui leur permettront d’ouvrir les coffres. Les morceaux de bravoure s’ensuivent parce qu’ils doivent réaliser ce hold-up en douceur, sans se faire remarquer, donc il leur faut voler les clés, les refaire, les remettre à leur place, etc.

    Bien que la réalité sociale et le propos anarchisant passe au second plan du récit, il n’en existe pas moins puisque nos héros sont antipatriotes et fortement opposés à la guerre. De même ils n’admettent guère de travailler comme des salariés ou encore vivre dans le cadre traditionnel de la famille et du mariage.

    Au total c’est un film plutôt bien fait, sans trop de génie, mais qui contient suffisamment de retournements de situations pour accrocher l’intérêt. Son Mais ce n’est pas un film inoubliable.

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