• Sicario, Denis Villeneuve, 2015

    Sicario, Denis Villeneuve, 2015 

    Kate Macer, agent du FBI est choisie pour accompagner une expédition contre un cartel de la drogue. Cette expédition apparait rapidement comme à la limite de la légalité. Dirigée par Matt Graver au statut assez flou, le louche Alejandro les accompagne. L’équipe mêle des vétérans de l’armée, des policiers ordinaires. Ils vont monter des opérations au Mexique où ils enlèveront dans des conditions rocambolesques un membre du cartel de Juarez pour le faire parler. Le but est d’atteindre Diaz, de remonter jusqu’à lui. Mais Alejandro a aussi comme but de venger sa famille quoi a été assassinée dans des conditions atroces. Il parviendra à ses fins, en utilisant le chantage et la violence, mais laissera Kate complètement désemparée, ayant perdu ses dernières illusions sur la noblesse de son métier.

     Sicario, Denis Villeneuve, 2015

    Le FBI investit une maison où elle croit trouver des otages 

    C’est un sujet qui commence à être beaucoup traité. Probablement parce que les conséquences du trafic de drogue entre les Etats-Unis et le Mexique sont incontrôlables et inquiète les citoyens. Ce ne sont plus de simples opérations de police à laquelle on assiste, mais de véritables actes de guerre où tous les coups sont permis. Du reste ce sont des anciens de la guerre en Irak qui participent aux coups durs. Un tel sujet se prête à la débauche de violence, et on est assez bien servi de ce côté. On verra ainsi des corps mutilés et pendus, exposés pour que la population comprenne qu’elle doit d’abord s’occuper de ses affaires et moins de celles de la drogue et de son trafic. Si l’argument est assez simple, le scénario est par contre assez compliqué. En effet l’histoire n’est pas traitée de façon linéaire, mais elle s’éparpille volontairement entre Kate, Alejandro et Matt Graver. Cela permet de cacher pendant un long moment à Kate les véritables objectifs de l’opération. C’est suffisamment embrouillé pour tenir le spectateur en haleine, mais pas assez pour lui faire lâcher l’histoire. Certainement que l’aspect le plus faible est la naïveté de Kate qui est toujours prise en défaut et qui l’amène à avoir des réactions pour le coup inappropriées. Le personnage de son adjoint Reggie n’est pas très utile et ralentit plutôt l’action. 

    Sicario, Denis Villeneuve, 2015

    L’équipe américaine appuyée par la police mexicaine va kidnapper un narco-trafiquant à Juarez 

    Mais ces petits défauts du scénario qui sont sensés donner un peu d’humanité à une histoire qui en manque pas mal, sont très largement compensés par une mise en scène nerveuse qui ne laisse pas trop de temps pour les interrogations. Les scènes de haute tenue sont nombreuses, à commencer par l’opération qui est menée à l’intérieur de la ville de Juarez. Certes il y a une débauche de moyens, mais cela ne suffirait pas à donner du rythme : le cortège pris dans les embouteillages et  qui risque de se faire canarder à tout moment évolue dans une atmosphère étouffante. Mais il y a des scène plus calmes comme cette rafle des Mexicains qui veulent immigrer aux Etats-Unis et dont Alejandro va servir pour découvrir l’entrée du tunnel, ou encore ces scènes entre le policier mexicain corrompu et son fils. Tout cela sonne juste et évite les excès de sentiment. Même quand les scènes sont spectaculaires comme l’investigation du tunnel, elles sonnent d’abord justes. On a une dose de réalisme suffisante et la manière dont est filmé le Mexique comparativement aux Etats-Unis renforce l’aspect dominateur de ce pays qui finalement ne fait pas grand-chose pour aider son voisin du Sud à s’en sortir aussi bien en se développant qu’en luttant efficacement contre la puissance des cartels. On a en effet plus l’impression d’une action au coup par coup que d’une stratégie bien pensée et menée sur le long terme.

    Sicario, Denis Villeneuve, 2015 

    Le soir Kate regarde Juarez s’emflammer 

    L’interprétation est à la hauteur. Emily Blunt est parfaite dans le rôle de Kate, une femme qui se cherche et qui s’applique à suivre les procédures pour se donner une armature, mais qui ne parvient tout de même pas à maîtriser la situation dans laquelle elle s’est embarquée. Benicio Del Toro est impeccable dans le rôle d’un vengeur un peu neurasthénique qui ne brûle que pour sa vengeance. Et puis il y a Josh Brolin qui est aussi très bien dans le rôle d’un chef de bande un peu cynioque, mais au service de la loi. Mais n’allez pas croire que Villeneuve sait filmer que de l’action. Il lui arrive de s’attarder sur les visage et de donner un peu d’incertitude à des personnages qui en apparence doivent toujours masquer leurs manques. Dans l’ensemble la direction d’acteur est bonne.

     Sicario, Denis Villeneuve, 2015

    L’équipe se dirige vers le tunnel 

    Ce n’est pas le chef-d’œuvre annoncé à Cannes à grands coups de trompettes, on s’en doutait un peu, mais dans le désert cinématographique présent, c’est un excellent polar. C’est saignant et désenchanté juste ce qu’il faut. 

    Sicario, Denis Villeneuve, 2015

    Kate s’égare dans le tunnelAlejandro s’en va vers sa destinée 

    Sicario, Denis Villeneuve, 2015 

    Alejandro s'en va vers sa destinée

    « Je suis un fugitif, They made me a fugitive, Alberto Cavalcanti, 1947Adieu ma belle, Murder my sweet, Edward Dmytryk, 1944 »
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  • Commentaires

    1
    Yves
    Lundi 4 Janvier 2016 à 14:49

    Bonjour!

    (avis aux lecteurs: lisez plutôt ceci après avoir vu le film)

    Entièrement d'accord avec vous sur l'appréciation du film et la remarque concernant "la naïveté de Kate (...) toujours prise en défaut et qui l’amène à avoir des réactions pour le coup inappropriées." Ca peut s'expliquer par le rôle réel que les protagonistes veulent lui faire jouer mais ses hésitations n'ont pas beaucoup de sens après la première opération. Du coup, notre femme d'action paraît incompréhensiblement nunuche. Les qualités du film permettent de ne pas trop s'appesantir sur cette faiblesse.

    Concernant le personnage de son adjoint Reggie,  on ne voit pas très bien l'utilité du personnage à moins d'imaginer pourquoi Kate a été sélectionnée et pas lui: il est noir. On peut y voir du racisme de la part du chef de la bande dont tous les mercenaires sont blancs (si je me rappelle bien) mais ce serait trop simple. Je crois plutôt que sa couleur poserait un problème de discrétion pour une opération illégale au Mexique. Son cas est donc réglé aux yeux du chef qui l'ignorera superbement tout au long du film, non par racisme mais parce qu'il ne lui est d'aucune utilité et donc qu'il est toujours de trop, quel que soit la situation. On peut continuer à extrapoler sur le fait qu'un homme serait peut-être plus imprévisible à manipuler.

    Tout cela n'est pas exprimé mais les non-dits font partie des richesses d'un film (notamment). Bien sûr, ça aurait pu l'être mais on peut comprendre qu'un réalisateur n'a pas envie de s'avancer sur ce terrain parce qu'il est épineux et que ce n'est pas le sujet de son film.

    Justifier la présence d'un protagoniste par un non-dit paraît tiré par les cheveux, sauf à anticiper les questions et réponses des spectateurs. Une telle stratégie n'est pas sans intérêt pour un réalisateur.

    Quant à savoir si elle correspond à celle de Villeneuve...

     

    Bonne année et encore merci pour vos articles.

     

    2
    Mardi 5 Janvier 2016 à 12:19

    Bonjour, Merci pour votre commentaire. Les difficultés d'un tel scénario éclaté entre des protagonistes différentes est toujours de faire tenir la sauce. C'est sans doute pour ça que le personnage de Kate apparaît incomplet, c'est en quelque sorte la condition pour boucler l'histoire

     

    Bonne année à vous aussi

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