• Stéphane Zagdanski, La mort dans l’œil, Maren Sell éditions, 2004

    zagdanski 

    Dans cet ouvrage, le prolifique Zagdanski ravive de manière bien arrogante une très vieille querelle : le cinéma n’est pas un art et encore moins un outil permettant de véhiculer des idées intéressantes. En s’appuyant sur des controverses encore plus anciennes qui remontent à la Grèce antique, il s’inscrit dans la critique de l’image. Des allusions curieuses sont ainsi faites dans un rapprochement avec la tradition monothéiste qui tend à défendre l’utilisation de l’image. C’est d’ailleurs un peu son idée : tout a été dit dans le Talmud.

    Cette prolifération des images est destinée à montrer une réalité morte qui ne peut être que statique. Elle emprisonne et isole les individus, produisant une forme de désocialisation  et d’acculturation qui entretient la passivité intellectuelle.

    Inévitablement il retombe sur Guy Debord, auteur auquel il a consacré par le passé un ouvrage plutôt médiocre et moqué, Debord ou la Diffraction du temps, Gallimard, 2008. Son interprétation est assez problématique. En effet, il ne prend pas en compte le fait que Debord ait réalisé un certain nombre de films et qu’à cet égard il se considérait lui-même comme cinéaste, c’est le seul titre qu’il voulait bien s’attribuer. Certes on peut qualifier l’œuvre cinématographique de Debord comme de l’anti-cinéma,  mais c’est insuffisant puisque cela permet de continuer à justifier une pratique filmique contestable et n’explique en rien pourquoi l’image est le mal absolu.

    L’ouvrage, par ailleurs très scolaire dans ses références, part dans tous les sens. Plutôt aigre dans ses références, il développe entre autre une critique de Godard assez saugrenue. Car si Godard ne vaut pas grand-chose, notamment par sa volonté inconséquente de politiser le cinéma – passant du maoïsme échevelé de la fin des années soixante à un antisémitisme incongru au début du XXème siècle – il n’y a guère d’intérêt à la critiquer, d’autant que son public est de plus en plus confidentiel et vieillissant. On retrouve aussi une analyse d’Artaud qui tombe également à plat.

    Le point principal que ne comprend pas Zagdanski est que le cinéma, pour le meilleur et pour le pire, est le véhicule de la culture populaire. Et c’est cette culture populaire qui fait avancer le monde, même si c’est très souvent dans le mauvais sens. Se positionner à l’extérieur de la culture populaire c’est éviter de se poser la question de la transformation du monde, c’est rester volontairement du côté de l’élite et se condamner finalement à n’être rien.

    Le cinéma en réalité évolue comme la société : aujourd’hui, alors que dans le monde dominent de plus en plus des idées bourgeoises et réactionnaires, le cinéma est de plus en plus médiocre et éloigné  de ses fonctions critiques. Mais ce n’a pas été toujours cas, dans les années trente, mais aussi à la fin des années soixante, le cinéma américain retrouvait cette fonction subversive, accompagnant le développement des mouvements contestataires qui secouaient la société. La Commission des activités anti-américaines du sinistre McCarthy ne s’y était pas trompée. Elle s’était fixé pour but d’éradiquer toute forme contestataire du cinéma hollywoodien, ce fut en quelque sorte le premier étage de sa contre-révolution conservatrice qui aujourd’hui triomphe aussi bien dans l’économie, dans la politique et bien sûr dans les arts.

    L’ouvrage de Zagdanski est finalement doublement inutile. D’abord parce qu’il recycle des vieilles idées qui remontent à l’époque de l’apparition du cinéma, ensuite parce qu’il reste dans une conception élitaire de la culture qui a fait faillite depuis bien longtemps.

    « Tous peuvent me tuer, Henri Decoin, 1958Jenny, femme marquée, Shockproof, Douglas Sirk, 1949 »
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