• Sur l’appel des 451

     

    Le monde vient de publier un « appel des 451 » qui relaye d’ailleurs le document publié à l’adresse suivante http://les451.noblogs.org. Ce texte a été signée de 451 unes personnes. On y trouve les noms prestigieux de Giorgio Amgaben, Maurice Nadeau et biens d’autres. Auteurs, éditeurs, libraires, ils tentent de défendre « l’économie du livre » chancelante sous la poussée du développement du numérique. Ils ont donc créé un collectif et se proposent de lancer un chantier de réflexion sur la question en janvier 2013. Ce secteur étant menacé, il s’agit de défendre la nécessité du livre imprimé et de toute sa chaîne de diffusion. Des librairies ferment, le livre se vend mal et ceux qui le servent sont réduits à la précarité.

    Si on défend la lecture comme un « mode de vie » et non comme un commerce comme un autre, on ne peut qu’être interpelé par cet appel.

    Le texte de ce manifeste pose de nombreux problèmes. Si on considère l’usage du livre comme un processus de démocratisation, alors effectivement il y a de quoi s’inquiéter. En effet lire du numérique n’est pas la même chose que de lire du papier imprimé. Robert Barton dans son Apologie du livre, Gallimard, 2011, en a fait la démonstration, signalant entre autres que le livre numérique est bien plus fragile pour sa conservation que le livre imprimé. On se trouve face à un phénomène semblable à ce qui s’est passé pour la musique enregistrée : la disparition du vinyle a généré une perte de qualité, puis le secteur lui-même de la musique enregistrée sur CD s’est effondré. La musique n’a pas disparue pour autant, elle circule plus ou moins bien sur la toile dans une qualité très contestable. Il en sera probablement de même du livre demain.

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    L’idée de l’appel des 451 est que le nouveau système de production et de diffusion du livre dépend principalement des grands réseaux de distribution de type Amazon. Ils ne feront la promotion que des ouvrages qui auront une forte rentabilité, laissant les autres productions intellectuelles errer ici et là à la recherche d’un client. Ils pointent ainsi la difficulté de produire et de faire circuler des œuvres de qualité, des essais, des créations artistiques. La production littéraire étant de plus en plus remplacée par une production de romans de gare genre Musso, Lévy, Begbeider ou autres Houellebecq. L’auteur est devenu un professionnel massivement par le biais de la littérature populaire, la majorité des écrivains, même de qualité n’ayant pas la possibilité de vivre de leur plume

    Cet appel a engendré un débat et une réponse très critique sur Internet d’un blogueur, Rémi Mathis à l’adresse suivante http://alatoisondor.wordpress.com. Celui-ci argumente en deux points : tout d’abord il rappelle que le secteur du livre n’est devenu un secteur économique que sur la base de la diffusion de produits médiocres. On ne peut qu’approuver ce premier point, les libraires auraient tous fermé depuis longtemps s’ils n’avaient voulu ne vendre que des produits de qualité. Ensuite il prétend que sur la toile il y a aussi de la qualité et de la créativité. Cet argument n’est pas bon parce que lire de l’imprimé n’a pas la même fonction que lire sur un écran d’ordinateur ou d’une liseuse.

    En réalité le point le plus important est le suivant : la diffusion de l’écrit par la voie de sa numérisation est tout simplement un recul de la démocratie parce qu’en effet cela accélère le clivage entre ceux qui continueront de lire de l’imprimé et les autres, cantonnant les intellectuels dans une posture élitaire, aplatissant le reste de la production vers une standardisation par le bas : une écriture simple et faible visant la compréhension immédiate et sans recul.  Mais cela va de pair avec l’évolution de l’enseignement puisque pour des raisons nombreuses et variées, les élèves abandonnent la lecture à peu près au moment de leur entrée au collège – alors que des efforts importants ont été faits pour inciter les élèves du primaires à la lecture.

    Cependant, il est peu probable que le codex disparaisse tout à fait, même si la grande majorité des librairies doivent fermer leurs portes. Ces raisons sont d’abord économiques : le prix de production des livres a considérablement chuté, et n’importe qui peut aujourd’hui imprimer un texte pour une somme modique, un roman coûte à l’impression entre 1 et 2 €, tout dépend du tirage. La seconde raison est que depuis quelques années se mettent en place des circuits de distribution courts – un peu à la manière de ce que prône l’agriculture biologique. Que ce soit par le biais des salons du livre, des associations, et bien sûr par l’intermédiaire d’Internet, même si c’est difficile, un livre peut se frayer un chemin. La seule différence est que sa visibilité sera réduite. Mais c’est déjà le cas, les grands médias ne relaient que les productions de choc, les rentrées littéraires, les ouvrages censés être marquants.

    Le dernier point sur lequel il faut méditer est le suivant, si les métiers du livre ne sont plus rentables cela veut dire que leur production et leur diffusion ne pourront se faire que bénévolement. Ecrire ne rapportera plus rien, ou à peine de quoi couvrir les frais. Cela n’est pas un drame, à condition qu’on trouve le chemin pour les faire connaître.

     

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