• Syndicat du meurtre, P.J., John Guillermin, 1968

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    John Guillermin est surtout connu pour ses grands succès au box-office que sont King Kong, La tour infernale et Mort sur le Nil. Mais il a réalisé également trois films avec George Peppard qui sont très intéressants, Blue Max, un film très original sur la guerre de 14-18, et deux films noirs, House of Cards et P.J. ces deux dernier films tournés en 1968 s’inscrivaient dans le renouveau du film de détective qui avait été initié en 1966 par Harper de Stuart Rosemberg avec Paul Newman, tendance poursuivie par la paire Frank Sinatra-Gordon Douglas qui réalisèrent ensemble trois films en 1967-1968, Tony Rome, Lady in cement et The detective.

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    P.J. reçoit le paiement de ses petites combines 

    L’histoire est assez simple, dans la tradition, un détective un peu cynique, un peu mélancolique, est embauché par un milliardaire, William Orbison, comme garde du corps pour protéger sa maîtresse qui a reçu des menaces de mort. P.J. (pour Peter Joseph) va s’attacher à la protéger et également à comprendre qui veut la peau de la belle Maureen. Les fausses pistes sont nombreuses, et c’est lors d’un voyage touristique dans une île touristique qu’il va comprendre qu’il est l’enjeu d’un complot qui le dépasse. Mis sur la touche par Orbison, P.J. va cependant poursuivre son enquête, provoquant l’éclosion de la vérité.

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    Maureen craint qu’on ne veuille l’assassiner

     C’est un film qui a bien passé les années, probablement parce qu’il se cantonne dans la tradition chandlerienne, sans vouloir aller plus loin. Le scénario est solide et met en scène cette situation de lutte des classes entre un homme avide d’argent et plutôt avare et un autre à la fois plus généreux et moins intéressé par les basses réalités matérielles. Cependant, P.J. n’est pas tout à fait un chevalier blanc, il est aussi très cynique, utilisant pour gagner sa vie des petites combines un peu sordides tout de même. Evidemment c’est le milliardaire qui accumule toutes les tares de notre civilisation, non seulement il est cupide, mais en outre il est avare, torturant jour après jour son entourage, nul ne songeant trop à lui résister. Seul P.J. s’opposera à lui parce qu’il n’a rien à perdre et qu’avant tout il est un homme libre.

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    Entre Maureen et P.J. nait une certaine complicité 

    Le film est bâti sur le même modèle que House of cards, que la paire Peppard-Guillermin réalisera la même année. Dans House of cards, George Peppard sera cette fois confronté à un homme riche et criminel qui passe son temps dans des complots politiques plutôt scabreux. Dans le premier film il est opposé au massif Raymond Burr, dans le second à Orson Welles lui-même. C’est toujours le même jeu entre un homme riche et puissant et un homme libre et pauvre, dont la pauvreté est la seule garantie qu’il pourra conserver son intégrité.

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    Le milliardaire Orbison aime jouer de son pouvoir 

    C’est un film qui a une bonne réputation et que la critique a salué lors de sa sortie. Sa réussite repose, en dehors d’un scénario cohérent, sur le casting impeccable. D’abord George Peppard, acteur un peu oublié, mais qui a fait une carrière très importante dans les années soixante, alignant les films avec Vincente Minelli, Henry Hathaway ou Blake Edwards. On peut considérer qu’il s’est gâché un peu en s’entêtant à travailler pour la télévision. En tous les cas ici il est remarquable, à la fois séducteur et mélancolique, intègre et un peu corrompu aussi. Il est à noter que George Peppard a tourné au moins deux autres films noirs intéressants, difficiles à trouver aujourd’hui, Le témoin du troisième jour en 1965 et Pendulum en 1969, avec Jean Seberg. 

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    Waterpark est un policier perspicace

     A ses côté on trouve Raymond Burr, une figure du film noir des années cinquante. Son physique impressionnant lui permet presque de ne pas jouer. Habitué à jouer des pervers et des crapules, il reprend encore cette veine ici. Si ce n’est pas son meilleur rôle, il ne démérite pas. Gayle Hunnicutt joue la jeune femme cynique et femme fatale aussi. Elle n’a pas fait grand-chose, sauf qu’elle fit deux apparitions dans des personnages chandleriens, Marlowe, en 1969, film de Paul Bogart avec James Graner dans le rôle-titre, et Marlowe, la série télévisée avec Powers Boothe dans le rôle du célèbre détective. Elle est très bien. On retiendra encore Brok Peters dans le rôle de Waterpark, un acteur subtil qui a malheureusement été peu distribué.

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    Maureen a touché de l’argent

     Reste évidemment la question de la mise en scène. Guillermin n’a jamais été un très grand technicien. Mais ici le résultat est plutôt bon. Il y a des scènes plutôt réussies, comme cette approche du pont de Brooklyn pour retrouver la piste d’un employé d’Orbison qui s’est fait assassiner, ou alors la scène d’introduction où P.J. se fait passer à tabac, les hommes de main semblant oublier qu’il s’agit d’une mise en scène. D’ailleurs P.J. prend beaucoup de coups, comme dans cette scène où il est attiré dans une boîte bourrée d’homosexuels. Cette scène ressemble d’ailleurs à une du même genre dans The detective de Gordon Douglas. Ici elle n’est pas très convaincante, et on pourra y voir une des premières ébauches d’une banalisation de l’homosexualité dans les grandes villes.

    Sans aller à dire qu’il s’agit d’un chef-d’œuvre, on peut dire que le film est bon et passe plutôt bien les années. A noter encore que la bande son est signée Neal Hefti, une musique de jazz comme en trouvait alors vers cette époque dans les films noirs.

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    Elle décevra P.J.

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