• The boss, Byron Haskin, 1956

     The boss, Byron Haskin, 1956

    C’est un film noir tardif et assez peu connu. Il est vrai que Byron Haskin n’a pas la réputation d’être un grand réalisateur, mais il a fait pourtant le très bon I walk alone avec Burt Lancaster, Kirk Douglas et Lizabeth Scott[1], et le non moins intéressant Too late for tears toujours avec Lizabeth Scott[2]. C’est pourtant un film qui vaut le détour par l’originalité de son scénario. C’était d’abord un photographe, et c’est sans doute ce qui explique que le plus souvent le cadre est très bien fait. Cependant, ayant été formé à l’école du muet, sa mise en scène est trop souvent statique. The boss possède l’intérêt d’avoir été écrit par Dalton Trumbo qui signa le scénario du nom de Ben Perry car à cette époque il était encore blacklisté. Et rien que pour cela ce film vaut le détour, on y reconnaîtra les obsessions de Trumbo notamment dans sa critique du capitalisme débridé et corrupteur. Film noir tardif, The boss s’inscrit dans ce segment particulier des films noirs qui dénoncent la corruption organisée par les politiciens eux-mêmes. 

    The boss, Byron Haskin, 1956 

    Lorry Reed veut bien renoncer à son mariage avec Matt 

    Matt Brady revient de la Première Guerre mondiale couvert de gloire et de médaille. Accueilli comme un héros par les citoyens de la ville, son frère Tim, bien plus âgé que lui, et qui règne sur la ville, veut qu’il lui succède. Et tout le monde s’attend à ce qu’il épouse Elsie. Mais rien ne se passe comme prévu : non seulement Matt se dispute avec son frère mais, complètement ivre, il épouse Lorry Reed, une fille de basse extraction. Il renonce à Elsie sur laquelle son ami Bob avait lui aussi des vues. Mais comme son frère décède, Matt va devoir lui succéder. Uniquement préoccupé d’engranger de l’argent, il passe outre les règles du jeu et développe une corruption endémique dans la ville, se vendant même à la pègre locale. Il n’arrive pas à s’attacher à Lorry Reed, et pour tout dire, il ne s’intéresse guère aux filles. Mais évidemment il s’est fait des ennemis dont le procureur Stanley Millard qui a juré de l’envoyer en prison, entre autres choses parce qu’il considère que Matt a dépouillé son frère de son entreprise de cimenterie. Les choses vont commencer à aller mal lorsque la bourse explose lors du fameux vendredi noir. Pour se refaire, il se rapproche un peu plus de Johnny Mazia. Mais celui-ci multiplie les fautes. La police met la main sur un membre de l’équipe de Johnny Mazia. Comme il est susceptible de parler, il faut l’éliminer. Les fédéraux commencent à se mettre en branle. Mais Johnny Mazia a la lumineuse idée d’enlever Bob Herrick, l’ami de toujours de Matt. Celui-ci va tenter de le délivrer des griffes des gangsters. Mais la police est sur les dents et intervient : dans la foulée, Matt tue Johnny Mazia. Cependant, Stanley Millard arrive à trainer Matt devant les tribunaux, et c’est contre toute attente Bob Herrick qui le trahit. Cependant Lorry Reed va payer la caution destinée à faire sortir Matt de prison, mais désespérant d’être un jour aimée par Matt, elle le quitte. Il reste seul, vieux, dépouillé de son argent et de son pouvoir, et probablement ira -t-il en prison, la dernière scène semblant figurer la porte d’un pénitencier. 

    The boss, Byron Haskin, 1956 

    Johnny Mazia a décidé d’éliminer un témoin potentiel 

    Ce n’est pas un film de série B, mais c’est bel et bien un film à petit budget, cette faiblesse est compensée par un scénario très prenant, d’une grande densité thématique. A tel point que le thème de la corruption d’une ville par des politiciens véreux devient finalement assez secondaire. C’est donc un homme, Matt Brady, qui revient de la guerre et qui rapidement découvre l’aigreur de la reconversion. C’est peu de dire qu’il fait tout de travers. C’est un caractère violent et emporté qui ne trouve finalement un peu de paix que dans cette sombre maniaquerie de faire de l’argent et encore de l’argent. Il ne se rend même pas compte qu’il est ridicule quand il offre une parure en diamants à Lorry alors que celle-ci attend plutôt un peu d’attention de sa part. il est donc seul et enfermé dans un système : croyant profiter des autres, c’est lui qui apparait comme la proie de la cupidité aussi bien de Johnny Mazia que de son « ami » Bob qui non seulement prend sa place auprès d’Elsie, mais qui en plus le trahi froidement pour éviter d’aller en taule. Evidemment s’il joue ce jeu-là, c’est aussi parce qu’il prend la place de son frère qui, sous ses airs d’homme honnête n’était pas moins véreux que Matt. Chaque fois que Matt se rend compte qu’il fait fausse route, notamment avec Lorry, il n’arrive pas à réagir, et quand il comprend l’enjeu, il est beaucoup trop tard. De même il ne comprendra pas pourquoi Bob le trahit alors que lui-même s’est défoncé pour le tirer d’affaire et faire sa fortune. Cette affaire d’amitié trahie donne à l’ensemble une tonalité plutôt aigre. 

    The boss, Byron Haskin, 1956 

    Matt est prêt à tout pour sauver la peau de Bob 

    Si la réalisation est enlevée, bien rythmée, elle manque pourtant de souplesse et de fluidité. La caméra reste trop statique. Mais dans l’ensemble Byron Haskin arrive à très bien exploiter les décors intéressants, notamment ceux de la cimenterie. Il y a des scènes assez étonnantes, quand Matt prend l’allure d’un parrain et reçoit à son bureau des gens qui lui font allégeance. Il est à peu près certain que c’est de là que Coppola a tiré la scène fameuse où on voit Marlon Brando écouter les doléances d’un croquemort, et qu’il lui dit qu’il va satisfaire à ses désirs et qu’il le lui rappellera un jour, s’il a besoin de lui. Les scènes d’action sont très réussies, notamment celle qui se passe à la gare quand Johnny Mazia et sa bande interviennent contre la police, ou encore quand Matt pourchasse ce même Johnny à travers les escaliers de la cimenterie. La bagarre du début dans le bar où se fête le retour de Matt est moins intéressante, plus convenue. La dernière confrontation entre Matt et Lorry, destinée à montrer tout ce que Matt a perdu au fil des années qui se sont écoulées est également très émouvante. Une des originalités du film est d’étaler l’histoire sur plusieurs décennies, elle couvre l’entre deux guerres. Et donc on verra nécessairement Matt vieillir. Faire vieillir les personnages au cinéma est souvent plutôt difficile, mais ici ça passe très bien, du moins pour les personnages masculins. Si le début est un peu pompeux et convenu, ça s’anime rapidement, dès lors que Matt est débarrassé de la tutelle de son frère. Comme c’est sensé se passer entre les deux guerres, il y a pas mal d’anachronismes dans les costumes, les voitures et les objets en général.

     The boss, Byron Haskin, 1956 

    Dans la cimenterie Matt poursuit Johnny 

    L’interprétation est de second ordre. Le rôle de Matt est tenu par John Payne, acteur le plus souvent raide et monolithique, mais ici il est plutôt convaincant et trouve un de ses meilleurs rôles, jouant les durs tout en montrant ses faiblesses. Il est excellent avec ses cheveux blancs quand il ne maîtrise plus rien et qu’il ne comprend pas pourquoi Bob l’a trahi – nous non plus d’ailleurs – mais c’est une autre histoire. William Bishop dans le rôle de Bob, l’avocat qui ne se mouille jamais, est aussi pas mal. C’est un acteur qu’on a peu vu au cinéma et qui a fait l’essentiel de sa courte carrière à la télévision. Rhys Williams est le chafouin procureur Millard. Il est un habitué de ce genre de rôle et manifeste ici une grande pugnacité. Les femmes sont moins à l’honneur. Gloria McGhee incarne très bien Lorry Reed, mais son rôle est assez peu développé. Cette actrice est très peu connue, entre autres, parce qu’elle aussi, comme William Bishop, est décédée assez jeune. Doe Avedon interprète Elsie, mais elle fait juste un peu de décoration, quoiqu’on ne lui en demande pas plus. Roy Roberts dans le rôle de Tim, le frère aîné de Matt, en fait des tonnes.

     The boss, Byron Haskin, 1956 

    Bob va mentir pour faire tomber Matt 

    C’est donc une très bonne surprise que The boss. Il tient parfaitement la route. Malheureusement il n’existe pas sur le marché, en France et aux Etats-Unis une très bonne copie que ce film mériterait pourtant. Je crois que ce film n’est jamais sorti sur les écrans français. Sans être un chef d’œuvre du genre, ce film noir tardif, vaut vraiment le détour.

     The boss, Byron Haskin, 1956

    Matt reste seul, dépouillé de son pouvoir



    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/byron-haskin-l-homme-aux-abois-i-walk-alone-1948-a114844674 

    [2] http://alexandreclement.eklablog.com/la-tigresse-too-late-for-tears-byron-haskin-1949-a130582622 

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