• The killer that stalked New York, Earl McEvoy, 1950

    The killer that stalked New York, Earl McEvoy, 1950 

    Réalisé consécutivement au succès de Panique dans la rue, The killer that Stalked New York traite un sujet similaire. Le point de départ est un fait divers réel qui a eu lieu en 1947, avec la découverte d’un début de contamination de la population newyorkaise par la variole. Une trafiquante de diamants, Sheila Bennet, qui revient de Cuba, est poursuivie par les agents du Trésor. Elle a hâte de rejoindre son mari qui entre temps a séduit sa jeune sœur. Mais elle ne ramène pas que des diamants, elle a été infectée par la variole. Elle est donc contagieuse et risque de contaminer toute la ville. Dès que les médecins perçoivent le danger, ils vont tout mettre en œuvre pour l’arrêter, ne se doutant pas cependant qu’elle est aussi recherchée par le Trésor. La crise prenant de l’ampleur, le maire décide de faire vacciner tout le monde afin de parer au plus pressé. Tous les services municipaux sont réquisitionnés et on assiste au déploiement d’un combat collectif par-delà les égoïsmes des uns et des autres, et par-delà la réticence des chefs d’entreprise. Cependant Sheila découvre la trahison de son louche mari. La confrontation avec sa jeune sœur va amener celle-ci au suicide. Dès lors Sheila qui a la variole et qui s’affaiblit d’heure en heure, n’a plus qu’un but, se venger de son conjoint. Elle va le rattraper alors qu’il vient de tuer le vieux Moss qui ne voulait plus acheter les diamants.

     The killer that stalked New York, Earl McEvoy, 1950 

    Le groom de l’hôtel va aider Sheila à sortir sans se faire voir de la police 

    Ce film participe d’un véritable courant spécifiquement américain qui s’est développé au début des années cinquante. L’intrigue policière proprement dit sous-tend un sentiment plus profond de panique qui, au début des années cinquante s’est emparé de l’Amérique. On note que ces films noirs sur la contagion d’un mal qu’on ne peut pas voir, sont le complément presque logique de la menace communiste comme de la menace atomique, ils justifient donc l’entreprise obscure, et pas toujours comprise de la chasse aux sorcières, ils sont une forme abâtardie de la lutte contre les « rouges » qui visent à corrompre la quiétude de la vie américaine. Dans Split second[1] qui date de 1953, Dick Powell rapprochait la crainte de l’explosion atomique de criminels aigris et revanchards. En 1959 on retrouvera ce thème dans City of fear  de Irving Lerner, l’histoire d’un gangster qui vole des produits radioactifs. On voit donc que le mal insidieux est porté par les déviants et les marginaux qui se sont mis à l’écart de la logique collective. En même temps c’est un appel pour que la masse fasse confiance aux autorités et aussi qu’elle soit disciplinée et solidaire pour combattre l’ennemi commun.

     The killer that stalked New York, Earl McEvoy, 1950

     Rentrant chez elle, Sheila ne pense pas une minute à la trahison de sa sœur 

    En dehors de la thématique ambigüe particulière, le film présente la particularité d’avoir utilisé largement les décors réels du New York du début des années cinquante. C’est probablement cela qui en fait le prix, car Earl McEvoy utilise ces paysages urbains avec une étonnante facilité. Il ne fait guère preuve de complaisance et appuie assez sur la misère latente de la ville, que ce soit les populations fraichement immigrées, ou ce ramassis de clochards déphasés qui se retrouvent à l’asile de nuit. Cela permet de régler quelques belles séquences, dans la gare à l’arrivée de Sheila, ou dans le métro. Rien que pour cela, le film vaut le détour. De même la nuit urbaine est magnifiée avec ses enseignes au néon et ses ombres fuyantes. On note pour la petite histoire que la fin qui se déroule sur la bordure d’un immeuble au-dessus du vide, n’a pas été tournée à New York, mais à Los Angeles, certainement pour des raisons de commodité budgétaire. Mais cela n’a pas beaucoup d’importance.

     The killer that stalked New York, Earl McEvoy, 1950 

    Le dévoué docteur Wood pense avoir soigné la petite fille 

    C’est un petit film B, fauché, qui ne dure qu’une heure et quart, avec une distribution assez hétérogène. On y retrouve la très solide Evelyn Keyes qui se disputa avec le producteur du film à cause de la liaison qu’elle entretenait avec le fringant Kirk Douglas. Cela l’amena d’ailleurs à racheter son contrat et à devenir une actrice indépendante des studios. Certes son interprétation n’atteint pas la grâce de celle de The prowler, mais elle donne du corps à un personnage compliqué, animé par l’amour autant que par la vengeance. D’ailleurs les personnages féminins sont bien. La sœur de Sheila est interprétée par la trop rare Lola Albright et Dorothy Malone est Lorie, l’assistante dévouée du docteur Wood. Les premiers rôles masculins sont par contre insipides. Que ce soit le disgracieux Charles Korvin dans le rôle du sournois Matt ou William Bishop dans celui du docteur Wood, ils sont d’une raideur assez hallucinante. Les seconds rôles masculins sont bien mieux. Art Smith dans le rôle de Moss a une présence remarquable. C’est un des piliers du film noir. Jim Backus interprète un propriétaire de cabaret concupiscent avec conviction, de même Richard Egan est très bon dans le rôle de l’agent du Trésor qui traque Sheila.

     The killer that stalked New York, Earl McEvoy, 1950 

    L’explication entre Sheila et Francie est violente 

    Il y a quelques petites scènes de la vie ordinaire assez vivantes, comme ce laitier qui veut gagner une médaille d’or en vendant du fromage. Il se fera engueuler copieusement par sa femme pour ses excès d’ambition ! Ou alors cette vieille logeuse grincheuse et moqueuse qui harcèle Sheila pour qu’elle lui paye les arriérés de loyer. On peut y ajouter aussi le facteur. Tous ces petits croquis donnent du corps à l’ensemble et font que le film ne reste qu’une enquête extraordinaire. Earl McEvoy donne ainsi une touche d’humanité finalement assez rare dans le film noir où les personnages sont le plus souvent appuyés sur une réalité sans âme d’une foule indistincte. On regrettera cependant que le film, dans sa volonté documentaire, soit un peu trop bavard pour nous vanter l’efficacité de la ville, de son maire et de ses services publics, pour conjurer la malédiction de la variole. La voix off sature parfois un peu les images et devient redondante. Mais ce sont des griefs assez mineurs. 

    The killer that stalked New York, Earl McEvoy, 1950 

    Sheila va se cacher chez son frère qui gère un asile de nuit 

    L’ensemble reste intéressant et attachant, avec une belle photographie de Joseph Biroc qui s’illustrera par la suite dans des collaborations avec Robert Parrish, Cry danger notamment[2], mais aussi avec Robert Aldrich. Earl McEvoy travaillera ensuite beaucoup pour la télévision, il ne fera en fin de compte que 3 longs métrages pour le cinéma. C’est encore un de ces réalisateurs qui auront donné sans trop y penser des lettres de noblesse au film noir, sans que l’histoire du cinéma ne retienne leur nom. 

    The killer that stalked New York, Earl McEvoy, 1950 

    Malade, Sheila a retrouvé Matt 

    The killer that stalked New York, Earl McEvoy, 1950 

    La police arrive, Matt essaie d’échapper à son destin

     

     


    [1] http://alexandreclement.eklablog.com/memes-les-assassins-tremblent-split-second-dick-powell-1953-a127346060

    [2] http://alexandreclement.eklablog.com/l-implacable-cry-danger-robert-parrish-1951-a127415570

    « Les sept mercenaires, The magnificent seven, Antoine Fuqua, 2016Le rodeur, The prowler, Joseph Losey, 1951 »
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