• The Marseille contract, The destructors, Robert Parrish, 1974

    The Marseille contract, The destructors, Robert Parrish, 1974 

    Robert Parrish avait assez peu d’estime pour ce film de commande. En effet c’est un produit fait de bric et de broc, qui recycle en abondance des idées scénaristiques ou cinématographiques piquées ailleurs. Le premier problème, rédhibitoire, est un scénario indigeste sans colonne vertébrale et sans rythme véritable.  Il y a tellement d’invraisemblances de toutes sortes qu’on ne peut en faire la liste à moins d’y passer la nuit. Le directeur de l’antenne française du Narcotic Bureau, Steve Ventura, assiste impuissant à l’impunité de Jacques Brizard, un grand parrain marseillais de la drogue qui a de plus fait tuer le mari de sa maîtresse. Il échappe de très peu aux tueurs que lui envoie Brizard. Le policier Briac, un peu cynique, va lui proposer d’engager un tueur à gages pour en finir avec Brizard. La manière est radicale ! Le hasard veut que le tueur à gages qu’il embauche soit en réalité un ancien ami à lui, John Deray ! Celui-ci va séduire la fille de Brizard pour pénétrer chez l’homme qu’il doit tuer. Mais il va se faire aussi engager par le trafiquant de drogue pour abattre une balance, et ensuite pour prendre livraison de 400 kilos de morphine base. Entre temps Ventura croie que Deray est mort, il descend à Marseille pour régler son compte à Brizard qui donne un bal de charité. Ça se corse si je puis dire quand Ventura et Deray qui se sont retrouvés vont assister à une transaction entre Brizard et le policier Briac ! Ça tourne à l’hécatombe, et si Deray décède, Ventura aura finalement la peau de Brizard.

     The Marseille contract, The destructors, Robert Parrish, 1974 

    Les tueurs de Brizard éliminent les témoins 

    Allons y d’abord pour les poncifs. L’action se déroule intégralement en France. Le personnage de Brizard est directement calqué sur celui d’Alain Charnier de French Connection. Un personnage riche, au-dessus de tout soupçon, avec des appuis parmi les hautes sphères du pouvoir. Les relations entre Briac et Ventura évoquent les luttes bien réelles qu’il y eut dans les années soixante-dix entre le Narcotic Bureau et la police française qui trainait un peu des pieds pour se lancer sérieusement dans la lutte contre le trafic d’héroïne, c’est en effet de Marseille qu’elle provenait puisque c’est là qu’on transformait la morphine base dans des laboratoires de fortune. On en rajoute un petit peu en suggérant que finalement la police française est entièrement corrompue ou faite d’un ramassis de fainéants. Le portrait du tueur est tout aussi nuancé, c’est un professionnel qui a quasiment pignon sur rue et qui règle toujours très bien les ultimes détails de ses crimes. On a donc droit à une morale singulière qui nous présente le métier de tueur à gages comme un métier parmi tant d’autres. La France est aussi présentée comme le pays de la bonne chère et du bon vin où les gens passent tellement de temps à réfléchir à ce qu’ils vont bouffer qu’on se demande encore comment ils ont le temps de faire autre chose ! On détaille les menus de gala, et la qualité des vins. On apprend ainsi que le Château d’Yquem, c’est comme qui dirait un nectar.

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    Briac va proposer un étrange marché à Ventura 

    Cependant au-delà de ces turpitudes scénaristiques, il y a la patte de Robert Parrish qui, s’il ne s’intéresse guère à son sujet, donne ici une belle leçon de cinéma. Lui aussi c’est un professionnel n’est-ce pas, et s’il fait un peu de transparences, elles sont plus travaillées que celle du malheureux Hitchcock. Quoique l’ensemble soit un peu mollasson et décousu, il y a quelques belles scènes. Lorsque Ventura est poursuivi par les sbires de Brizard dans la Gare d’Orsay, puis ensuite dans le train de banlieue par exemple, ou lorsque Parrish utilise le décor de la Vieille Charité pas encore rénovée pour filmer les échanges drogue contre pognon en saisissant en enfilade les arcades. On remarquera des emprunts plutôt nombreux au cinéma de Melville, le rendez-vous sous le métro aérien, la poursuite dans la gare, ou même la voiture – une DS noire bien entendu – qui avance lentement avec les tueurs à son bord, ou même le premier rendez-vous entre Ventura et Deray qui rappelle celui de L’armée des ombres où les résistants se retrouvent au Parc de la tête d’or.

    The Marseille contract, The destructors, Robert Parrish, 1974  

    Deray est le rendez-vous de Ventura 

    C’est que Parrish sait très bien filmer la profondeur de l’espace et lui rendre son caractère au plus près de sa vérité. La dernière scène voit le Vieux Port rendu à sa lumière de la fin de la nuit, par contraste avec tous ces films qui se passent à Marseille et qui en oublient cette particularité. La Vielle Charité est filmé avec ses enfilades d’arcades qui tombaient en ruine et qui à l’époque était un repère de clochards et de drogués. Mais Paris est tout autant bien servi, que ce soit avec la passerelle Debilly où se rencontrent Briac et Ventura, ou l’ambassade des Etats-Unis. Parrish est moins à l’aise avec les collines nues qu’il film probablement du côté de Cassis et qui rappellent Le deuxième souffle de Melville ! On verra aussi la place de Lenche, le quai du Port. La photo de Douglas Slocombe, l’oncle de l’écrivain Romain Slocombe, est excellente.

     The Marseille contract, The destructors, Robert Parrish, 1974 

    Brizard va embaucher Deray pour commettre un meurtre 

    La distribution internationale est faite de bric et de broc. Anthony Quinn est Ventura. Bien sûr il a de la personnalité, sa présence physique en impose. Mais il a du mal à incarner un flic athlétique et battant. D’autant que la scène d’ivresse n’aide pas à exprimer son talent. Michael Caine s’ennuie dans la peau du tueur Deray. Toujours à la limite de la plaisanterie, il ne se donne guère de mal. James Mason joue le français Brizard ! un rôle assez proche de celui qu’il incarnait dans The MacKintosch man, mais ici avec peu d’entrain ce bourgeois à double face. Il ne convainc guère. De nombreux acteurs français ont participé au tournage : Maurice Ronet qui avait déjà tourné avec Anthony Quinn dans Les centurions et qui là assez fade. Et puis Marcel Bozzufi, abonné aux rôles de gangsters de second ordre, en général corses, mais ici il est Calvet. D’ailleurs il n’y a pas un seul Corse dans cette équipe de gangsters ce qui est curieux tout de même pour un film qui traite du trafic de drogue à partir de Marseille et dans les années soixante-dix. Comme à son habitude il est très bien. D’autres acteurs français sont reconnaissables, comme par exemple le toujours très bon André Oumansky dans le rôle d’un policier plutôt désabusé, ou Catherine Rouvel qui incarne la maitresse de Brizard. La belle Alexandra Stewart, elle aussi, trop rare, est Rita la femme à la double vie, la maitresse de Ventura. Une curiosité tout de même, Pierre Salinger, grand journaliste international, mais aussi proche de John Kennedy et de Lyndon Johnson dont il s’occupa de la communication, qui se trouve ici à incarner le supérieur de Ventura

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    A la Vieille Charité un hélicoptère vient déposer 400 kg de drogue 

    Bien que le film ne dure qu’une heure trente, il y a des longueurs, à commencer par cette course en voiture entre la fille de Brizard qui possède une Porsche dernier cri, et l’Alfa Romeo Montréal de Deray. Elle provient évidemment de Bullitt qui, à l’époque, était la référence en la matière. Le manque de rythme est la conséquence de cette impossibilité d’approfondir les personnages. On commence à parler de l’histoire d’amour entre Ventura et Rita, puis on l’abandonne en cours de route, c’est un peu la même chose avec la relation entre Deray et Lucienne. On ne comprend pas si Deray a de réels sentiments pour Lucienne, ou s’il ne fait que s’en servir. La partie de poker qui semble être un détour obligé du polar de cette époque-là apparait aussi assez inutile.

     The Marseille contract, The destructors, Robert Parrish, 1974 

    Ventura a fini de régler ses comptes 

    Bien que le film soit raté, on retiendra la maitrise technique de Robert Parrish, et aussi le fait qu’à cette époque Anthony qui essayait de se renouveler tout en tournant en Europe, s’orienta vers le film noir, on le retrouve à l’affiche de Meurtres dans la 110ème rue et de Don Angelo est mort. A la suite de Marseille contrat, il va travailler avec Mauro Bolognini dans l’excellent L’Eredità Feramonti. A cette époque il vivait en Italie et s’adonnait à la peinture. 

    « Le paradis des mauvais garçons, Macao, Josef Von Sternberg, 1952.The Sugarland express, Steven Spielberg, 1974 »
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